Menaçant fiasco

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François St-Gelais
Le Quotidien

Quels impacts aura, pour l'économie du SaguenayLac-Saint-Jean, le fiasco du dossier des «F-35» ? La question se posait depuis un bon moment déjà. Elle se pose avec encore plus d'acuité depuis le mois dernier, alors que le gouvernement fédéral a confirmé qu'il prévoyait reprendre à zéro son processus de réflexion concernant l'achat des appareils devant remplacer, autour de 2020, la flotte vieillissante des CF-18 canadiens.

Pour la région, le dossier peut sembler bien lointain. Pourtant, il est vital. Pour certains, les avions de chasse stationnés à la 3e Escadre de Bagotville ne servent qu'à faire du bruit, de temps en temps, dans le ciel régional, et la base militaire baieriveraine, un endroit à visiter aux deux ans, dans le cadre d'un sympathique spectacle aérien.

Moteur

Or, la 3e Escadre et ses militaires constituent un moteur économique important. En mai dernier, une étude dévoilée par la Chambre de commerce de Saguenay a évalué à quelque 150 M$ par année la présence de la base aérienne. L'analyse réalisée par l'organisme a souligné que les installations fédérales employaient près de 1200 militaires réguliers, en plus de 200 réservistes et de 245 employés civils. Le rapport a aussi démontré que les contrats de services, d'entretien et de construction de la base ont généré des retombées équivalentes à 4,7% du produit intérieur brut du SaguenayLac-Saint-Jean. C'est énorme. Sans compter tous les impacts sociaux et culturels positifs engendrés par la présence, dans la région, des militaires et de leurs familles, en provenance de partout au pays, qui découvrent le SaguenayLac-Saint-Jean.

Évidemment, toutes ces retombées dépendent de la présence d'avions de chasse à la 3e Escadre. Et, plus on compte d'appareils détachés à Bagotville, plus la base accueille de militaires et d'employés civils et plus elle rayonne et assure sa position à l'échelle canadienne, voire au sein des pays membres de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN). La base militaire baieriveraine reçoit, en effet, régulièrement des militaires des pays alliés.

C'est à ce niveau que les voltes-faces, les incertitudes et les tergiversations du fédéral laissent planer l'inquiétude pour Bagotville. Et également pour Cold Lake, où sont stationnés les autres avions de chasse canadiens.

Techniquement, les CF-18 arriveront, selon les spécialistes, au terme de leur vie utile autour de 2020. Le métal, la structure même des avions, sera à bout d'âge. À cet égard, la dernière opération militaire dans le ciel libyen a accéléré le processus de vieillissement des appareils. Initialement, les premiers F-35 devaient commencer leur intégration dans les forces aériennes canadiennes à compter de l'an prochain. Vraisemblablement, ce ne sera plus le cas, peu importe quel avion est finalement désigné par le ministère de la Défense pour succéder au CF-18.

Compte tenu de l'évolution du dossier «F-35», Ottawa devait sans doute revoir l'ensemble du dossier. Les coûts ont explosé. Et, le manque de transparence et de communication du gouvernement Harper l'avait rendu intenable, indéfendable dans l'opinion publique. Mais, d'une perspective régionale, les impacts de ce revirement tardif pourraient être importants.

En effet, y aura-t-il une période où seulement une poignée de vieux CF-18 demeureront à Bagotville en attendant leurs remplaçants? Y aura-t-il une période, alors, où très peu de militaires resteront affectés à la 3e Escadre? Selon l'appareil de remplacement choisi, et ce pourrait encore être le F-35, combien d'avions seront acquis et combien seront expédiés ici? Selon quel calendrier? Le ministre de la Défense avait confirmé que des F-35 seraient déployés à Bagotville, mais cette assurance tiendra-t-elle toujours? Et si l'arrivée d'un nouvel avion, peut-être alors qu'un nouveau gouvernement est élu, signifiait l'implantation d'une nouvelle stratégie militaire? N'oublions pas qu'à une certaine époque, des avions de chasse étaient déployés à Saint-Hubert, près de Montréal.

Certes, la région est bien positionnée, stratégiquement et géographiquement, pour accueillir une basse d'avions de chasse. Certes, le ministère de la Défense continue les démarches afin de doter la 3e Escadre d'un escadron à déploiement rapide de quelque 600 militaires pour ajouter à ses capacités opérationnelles. Certes, il est possible que la transition entre l'utilisation des CF-18 et ses remplaçants se déroule sans heurt. Cela n'empêche pas de rester vigilant afin que la région ne perde pas, en cette période économique difficile, un des ses acquis majeurs.

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