Ces gens ordinaires et respectueux m'enseignent des valeurs fondamentales qui m'invitent à me reconnaître en eux. Comme eux, je me sens exclu des débats qui ne rejoignent plus notre réalité quotidienne. Ces débats épuisent les cerveaux en manque de démonstration alors que les dialogues que j'entretiens nourrissent un plein d'énergie qui donne le goût de vivre malgré les revers.
Les débats expliquent le système de santé idéal, les dialogues encouragent les personnes malades qui ne demandent qu'à guérir. Les débats se font autour de l'économie alors que les dialogues s'instruisent des gens qui se demandent comment boucler leur fin de mois. Une nouvelle pauvreté échappe aux batteurs de tambours des débats publics. Des parents ont de plus en plus recours aux comptoirs alimentaires pour que leur enfant ait son téléphone intelligent afin d'éviter le rejet de ses pairs!
Le discours politique est tellement loin de la réalité des gens ordinaires que je me demande si on ne revient pas au modèle d'une Église ancienne qu'on accusait tenir son peuple dans l'ignorance. Comme maire d'une ville où il fait bon vivre, Jean Tremblay n'aurait peut-être pas dû faire cette dernière sortie qui a scandalisé des penseurs sensibles. Il a néanmoins exprimé ce que plusieurs pensent.
J'ai hâte et j'ai aussi peur des débats sur la charte de la laïcité. On y parlera du crucifix comme de tous les symboles religieux au-delà de leur origine, mais on ne dira rien des sacres dans le vocabulaire québécois qui font référence au culte.
On veut vendre l'idée que cela fait partie de la culture québécoise. Je n'en crois rien! On peut faire un débat sur les signes religieux visibles, mais s'ensuivra-t-il une loi contre l'abus de langage? Peu importe les libertés d'expression, je doute que si on faisait référence au sens sacré des valeurs musulmanes ou juives dans notre langage au quotidien que cela passerait inaperçu. Dernièrement, j'accompagnais des jeunes qui demandaient la confirmation. Quand j'ai expliqué les objets que j'utilise pour le culte divin, un jeune me dit: «Quoi! Vous avez fait une religion avec notre manière de parler!» On répond quoi à de telles remarques!
Les débats sur la laïcité risquent de n'être qu'un discours vide tant on minimise la crise spirituelle et ses conséquences de plus en plus perceptibles. Cette pauvreté spirituelle se traduit par une langue de bois intellectualisée décrochée du mal de vivre collectif dans notre société. C'est d'une grande tristesse quand on constate que les gens sollicités en cette période électorale seront mis aux oubliettes jusqu'aux prochaines élections. Je repose ma question.
Pourquoi faut-il un gouvernement quand on ne sait plus se parler tant on est occupé à se texter? J'en perds mon latin mais cela ne veut plus rien dire aujourd'hui! Quand un carré rouge est plus symbolique qu'un crucifix, c'est le temps de se poser des questions. Qu'en pensez-vous? Ceci n'est pas un débat mais une quête de dialogue essentielle à la vie en société.
Daniel LeClair, prêtre, La Baie