Au-delà du débat sur la présence du crucifix à l'Assemblée nationale, ce qui m'a dérangé c'est qu'on puisse prétendre qu'une personne soit exclue du débat simplement en raison de ses origines. Si je suis la logique de Tremblay, peu importe la qualité de ses arguments, peu importe comment elle s'est intégrée à la société, si elle n'est pas une «Canadienne-française» de souche, elle n'a pas le droit de parler. Jean Tremblay n'est pas à sa première démonstration d'intolérance, cela ne m'a pas surpris. Mais je croyais qu'une intervention de la sorte méritait d'être dénoncée de toutes parts. Ce qui m'a révolté, c'est la complaisance avec laquelle ces propos ont été accueillis de la part des candidats libéraux Carol Néron et Serge Simard et par la suite la timidité avec laquelle Jean Charest a dénoncé les propos en question. Pourtant, l'immigration est bien présente en région, il y a de plus en plus de gens au Saguenay qui viennent de tous les continents s'établir ici, travailler, éduquer leurs enfants. Ils seront peut-être un jour vos voisins ou vos collègues. «Ces gens-là» ne doivent pas être muselés, ils ont des choses à dire, ils ont le droit d'être écoutés, ils ont le droit de participer à nos débats de société.
Jérôme Guy
Alma
Je suis étudiante en psychologie et sociologie à l'Université de Montréal. Originaire du Saguenay, j'ai dû quitter notre région pour aller étudier à l'extérieur. J'ai été outrée de constater qu'en 2012, des gens jouissant d'une visibilité se permettent d'émettre des opinions aussi lourdes de préjugés et d'incitations à la dévalorisation des autres cultures. La religion est la chose la plus personnelle et intime qui soit. Elle n'a pas à être publique et encore moins à être imposée à tous. Catholique, baptisée et très croyante, je fais ma prière tous les soirs depuis l'âge de trois ans. Je peux affirmer que j'ai une foi inébranlable en Dieu et ce n'est pas l'ajout ou le retrait d'un quelconque symbole religieux sur la place publique qui pourra ébranler mes croyances. Je fais toutefois partie de la génération arc-en-ciel qui perçoit la diversité culturelle comme une richesse et non comme une menace à ma culture d'origine. Il ne s'agit pas là d'une guerre de culture ou de religion ni d'une opposition entre minorité et majorité. Il s'agit plutôt d'un but commun à atteindre, soit de vivre en harmonie tous ensemble dans le respect mutuel. Même en étant catholique je pense qu'il est tout à fait inapproprié qu'en 2012, il y ait toujours un crucifix à l'Assemblée nationale et je suis convaincue qu'une majorité de ma génération partage mon avis.
Sophie Dumont
Montréal
Vous dites ne pas être capable de prononcer le nom de la candidate du Parti québécois dans la circonscription de Trois-Rivières, Djemila Benhabib? L'imposture est évidente, personne n'est dupe. Il ne s'agit pas ici que de prier Dieu. Si vous y croyez, il est normal de souscrire à sa parole. Feu le père d'un de mes amis, était très croyant. Il ne faisait pas que prier. Pour lui Dieu n'était pas qu'un dogme, c'était le chemin par lequel il pouvait devenir meilleur. Il avait la ferme détermination d'appliquer au quotidien la parole Dieu. Loin d'être mou, il inspirait le respect. Cela ne l'empêchait pas d'être accueillant et respectueux de l'autre. J'ai appris de lui la tolérance. La religion n'est pas une loi mais une philosophie. Je ne suis pas contre la protection du patrimoine culturel. Certes notre culture teinte notre perception, mais il faut garder notre esprit ouvert et éveillé. Cela n'empêche en rien d'avoir l'esprit critique. Fermer la porte n'affiche que notre peur et notre incompréhension. Les portes finissent toujours par être ouvertes.
Raymond Falardeau
Djemila Benhabib a fait preuve de hauteur et de sagesse en évitant de répondre au vitriol raciste et xénophobe du maire de Saguenay, Jean Tremblay. Sinon, c'eut été s'abaisser comme ces femmes contraintes de le faire devant la Charia. Pour ceux que cela intéresse, lisez son excellent volume «Ma vie à contre-Coran», vous allez constater que la madame en a vu d'autres et des bien pires! Notre premier magistrat a déclaré solennellement lors du dernier conseil municipal qu'il n'avait pas l'intention de s'immiscer dans la présente campagne électorale. À moins que... selon ses propres dires. M'est avis qu'il a manqué une excellente occasion de ne pas le faire lorsqu'il a décidé de s'en prendre à la personne même de Djemila Benhadib. En agissant de la sorte, c'est l'image de toute une population qu'il a ternie.
Madame Benhabib doit absolument savoir que je me dissocie de cette gaffe monumentale venant de mon maire. Si un jour cela lui tente de venir nous visiter, qu'elle en profite, en même temps, pour confronter publiquement ces idées avec celles de notre maire.
À la façon dont elle a déjà regardé droit dans les yeux le président Algérien Boutafika pour lui dire ce qu'il refusait d'entendre, je pense que le maire Tremblay aurait toutes les raisons de bafouiller son nom en s'y frottant. Cette femme a fait preuve de courage, il y a quelques années, lorsqu'en conférence de presse, elle interpella le dirigeant d'Alger venu parler des avancées de son gouvernement en matière de démocratie, alors que la femme algérienne est là-bas soumise aux diktats des intégristes. Est-il besoin de rappeler que, même au Québec, les femmes musulmanes courent un grand danger chaque fois que l'une d'elles dénonce l'intégrisme islamique?
Marcel Lapointe
Jonquière