Une moufette, un chien qui traverse, et sa vie s'envole. Son cerveau le sait, mais pas son poignet, pas ses entrailles. Le vent qui le fouette, l'air qui emplit ses poumons, le besoin de tester des réflexes essentiels à sa survie, le sentiment de contrôler sa vie totalement, tout cela balaie les prudences élémentaires, la raison. Je leur répète, qu'en moto ou à vélo, même quand tu as raison, c'est toi qui meurs. Ils le savent, mais, fondamentalement, ils restent des gamins en quête d'adrénaline !
Histoires
Dans la région, on a titré récemment avec deux histoires à faire frémir toute mère : un jeune homme exhibait l'autre jour son dos tuméfié, après avoir fait un « flat » en sautant d'une hauteur de 75 pieds à un endroit clôturé où la baignade est prohibée. Poumon décollé, rescapé de justesse. Un autre a chuté de 30 pieds en se promenant en zone interdite sur la crête de ruines dans le bois près de Chute-à-Caron.
Le lendemain, on parlait de trois idiots, eux aussi jeunes, mais adultes, s'amusant au « car surfing » à Sherbrooke. Cri du coeur d'un ado de mon entourage : « C'est out ! C'est du couch surfing'' qui est in maintenant ». Je me tiens la tête à deux mains ! Chaque été, au moins une dizaine de téméraires meurent par bêtise. Chaque été, des centaines survivent miraculeusement à leurs propres sottises. Qui de nous, qui avons survécu à notre jeunesse, n'a pas une histoire honteuse de témérité dangereuse ?
J'en suis. J'ai toujours conduit à une vitesse inavouable avec brusquerie, à la limite du dérapage. Et je ne vous raconte pas tout ! Jusqu'à la naissance de mon fils. Quelle hormone cérébrale a alors pris le dessus pour me faire acheter une fourgonnette automatique pépère et respecter (presque) les limites de vitesse ?
Déjà au primaire, il y a quelques décades, le principal de l'école nous réunissait en fin d'année: « Certains d'entre vous vont mourir cet été, par imprudence. Regardez-vous. Lesquels ? » Ni la menace, ni le spectre de la mort ne réfrénaient les folies. Je ne crois pas qu'il y en ait plus de nos jours qu'autrefois. Sauf que maintenant, ils se filment, ils s'exhibent, ils se mettent en scène sur « YouTube ». Les extravagances se documentent, on les voit défier le destin. On idolâtre l'extrême, devenu adjectif à la mode qui fait vendre des t-shirts, des casquettes, des événements. De tout temps, les humains, surtout les hommes, cherchent l'adrénaline.
Chimie
Cette hormone naturelle se déclenche sous un stress : elle contracte les vaisseaux sanguins, fait accélérer le rythme cardiaque, monter la pression, dilater les bronches et les pupilles, aiguise les sens. Pour nous aider à affronter le risque, elle met sur le qui-vive tout notre organisme, nous procurant un sentiment de plénitude exaltante.
Cela fait partie de la nature humaine. Nous sommes le résultat de réactions chimiques internes qui supplantent souvent toute logique ou raisonnement. Surtout dans la jeunesse, quand le lobe frontal où siègent la peur et sa jumelle la prudence, n'a pas fini de se développer. Chez les garçons, cela arrive encore plus tard. Mais bien des filles vous confesseront aussi des témérités honteuses.
Alors, bien sûr, les accidents tragiques dus aux imprudences estivales doivent être pris au sérieux, examinés. Bien sûr, il faut décanter les responsabilités, réfléchir. Mais on ne peut pas par des lois, des règlements, des amendes, des clôtures, des barrières, protéger tous les imbéciles contre eux-mêmes. Et nous avons tous déjà été imbéciles.