Se préparer!

François Saint-Gelais
Le Quotidien

L'arrestation de six personnes, au centre-ville de Chicoutimi, dimanche soir, dont trois présumément affiliées à des gangs de rue, ravive les inquiétudes au sujet des activités, au SaguenayLac-Saint-Jean, de membres en règle de ces bandes criminalisées qui essaiment à partir des grands centres. Certes, il ne faut pas s'affoler et conclure, à partir de cet événement, que les gangs de rue sont bien implantés dans la région et y font désormais régner leur loi! Toutefois, il ne faut pas non plus se voiler la figure. Le «Royaume» n'échappe plus aux tentacules de ces groupes, particulièrement actifs, selon les spécialistes, dans la prostitution.

À cet égard, l'arrestation effectuée dimanche soir à proximité du terminus principal de la Société de transport du Saguenay, et qui a permis, fait notable, la saisie d'armes à feu, doit, pour les autorités et les élus de la région, constituer un signal d'alarme et un appel à une vigilance redoublée.

Présence

Probablement davantage pour des motifs stratégiques et opérationnels, les responsables de la Sécurité publique de Saguenay (SPS), tout comme leurs collègues régionaux de la Sûreté du Québec, ont toujours été avares de commentaires et de détails concernant la présence des gangs de rue au SaguenayLac-Saint-Jean. Sans nier que des membres de ces groupes criminalisés effectuent des virées exploratoires dans la région, les autorités ont toujours cherché à se faire rassurantes, affirmant que ces organisations n'y avaient pas de base permanente. C'est probablement toujours le cas, d'où l'importance accrue de confronter rapidement le phénomène.

Il y a quelques mois, à la faveur d'une entrevue accordée au Progrès-Dimanche, la députée bloquiste Maria Mourani, criminologue et sociologue reconnue comme l'une des plus grandes spécialistes des gangs de rue au pays, a soutenu que si ces bandes sont d'abord implantées et actives à Montréal, celles-ci tentent toutes de prendre du terrain et de s'assurer des assises dans le reste du Québec via des opérations de prospection. À ce titre, affirmait alors cette dernière, les régions comme le SaguenayLac-Saint-Jean sont dorénavant considérées comme des pépinières de recrutement, notamment pour alimenter les différentes filières de prostitution dans la métropole. Le son de cloche est similaire de la part des intervenants actifs dans le milieu communautaire et social local.

Les opérations policières d'envergure effectuées contre les groupes de motards dans la région comme dans le reste du Québec ont également créé certains vides dans les filières habituelles de la drogue, un facteur susceptible d'inciter les gangs de rue à s'implanter durablement au SaguenayLac-Saint-Jean et à générer des conflits violents.

Prévoir

Selon toute vraisemblance, donc, la région a donc le temps, le luxe, de prévenir plutôt que d'être obligée de réagir à la présence de ces groupes criminalisés. La différence est de taille, comme l'a justement bien fait ressortir Mme Mourani à la faveur d'une entrevue accordée lundi au Quotidien. Si ce n'est déjà fait, la Sécurité publique de Saguenay, la Sûreté du Québec et même le détachement régional de la Gendarmerie royale du Canada ont intérêt à s'asseoir, à partager l'information et à définir rapidement une stratégie cohérente destinée à contrer l'expansion du phénomène des gangs de rue au SaguenayLac-Saint-Jean.

Ce processus de réflexion devrait évidemment inclure les organismes de travail communautaire de la région, les autorités scolaires, puisque de nombreuses victimes de ces criminels sont d'âge mineur, et les élus concernés par le problème. En agissant ainsi, sur de multiples fronts, il serait sans doute possible de limiter au maximum les activités de ces groupes sur le territoire régional et d'éviter une foule de problèmes. D'autant plus dans une région tissée aussi serrée, où les gangs de rue en provenance de l'extérieur, avec leurs signes distinctifs très visibles propres à chaque groupe, ne peuvent passer inaperçus...

Saguenay ne sera jamais Toronto ou Montréal, mais il suffit de penser à l'ampleur des dommages et de la violence engendrée par les gangs de rue dans ces métropoles pour se convaincre des dégâts souvent irréparables engendrés par ce phénomène, et donc de l'importance de prévenir et de prendre la question au sérieux avant que la situation ne dégénère vraiment.

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