Pauvre démocratie

Bertrand Tremblay
Le Quotidien

C'est donc le bon peuple qui dénouera la crise étudiante. La majorité silencieuse plus discrète que jamais dans les médias sociaux tranchera donc la question à la prochaine élection générale, probablement quelque part en automne.

Elle pourrait toutefois être convoquée au plus fort de l'été. Mais les possibilités sont minces. On peut avancer cette seule certitude : l'affrontement entre les associations étudiantes et le gouvernement mobilisera les esprits encore longtemps. Il est vrai que la commission Charbonneau aura commencé à bouger, inspirant les plus grandes craintes aux parlementaires. Même ceux qui siègent dans l'opposition, car elle en ratissera large et remontera au dernier gouvernement péquiste.

Deux erreurs coûteuses

Jean Charest aurait bien voulu en arriver à un arrangement pour éviter le concert des casseroles. Mais deux erreurs majeures ont ravivé l'ardeur des opposants et effrité dangereusement l'avantage qu'il détenait auprès de l'opinion publique. Même s'il s'adressait à une cour d'admirateurs composée de gens d'affaires et de partisans qui salivent aux promesses du Plan Nord, le premier ministre aurait dû éviter la simple allusion à la crise.

Sa blague que les médias nationaux ont cueillie comme un fruit savoureux devint, dans la perception populaire, une inqualifiable manifestation de mépris à l'endroit des jeunes. « À ceux qui frappaient à la porte ce matin, avait-il glissé dans un sourire, en ce vendredi 30 avril dans la grande salle du Palais des Congrès, on pourrait leur offrir un emploi... dans le nord, autant que possible. »

Loi inapplicable

Puis, dans un mouvement de colère après l'entente signée puis rejetée du samedi 5 mai dernier, le premier ministre commit une deuxième erreur en menaçant les récalcitrants avec la loi 78 qui est dénoncée chez nous et ailleurs sur la planète comme une atteinte aux droits fondamentaux. D'une sévérité extrême, elle paraît inapplicable. D'ailleurs, les casseurs et autres têtes brûlées la violent allègrement. Même des juristes en toge ont participé à une marche de protestation contre cette loi.

À l'Assemblée nationale, seule la CAQ de François Legault approuve la hausse des droits de scolarité. Reléguée à l'arrière par les principaux acteurs de la crise, la nouvelle formation ne présente toutefois pas encore à l'électorat la solution à l'impasse.

Quant aux péquistes, ils ont dangereusement flirté avec Québec solidaire. Devenue la favorite de l'électorat pour son courage et sa détermination, Pauline Marois a choisi son camp en affichant le carré rouge jusque dans l'enceinte de l'Assemblée nationale. Ses déclarations passées pourraient avoir un effet boomerang et la hanter dans une campagne électorale.

Des âmes charitables lui rappelleront sans doute les confidences faites en 2007 aux étudiants en journalisme de l'Université Laval. L'Exemplaire, leur hebdomadaire, rapportait notamment : « Si elle devenait première ministre, la chef du PQ continuerait sur la voie actuelle des libéraux en matière d'éducation, soit l'augmentation des frais de scolarité. Chacun doit pouvoir faire sa part. L'accessibilité est possible par le programme d'aide financière aux études. Cela dit, si je dis oui au dégel actuel, il faut se préoccuper des frais afférents. Il faut absolument fixer un plafond... »

Personne n'avait prévu que la hausse des droits de scolarité aurait occupé le centre de l'actualité aussi longtemps avant d'attirer l'attention du monde entier comme les soulèvements dans les pays totalitaires. La raison de cette frénésie incontrôlable, c'est le mouvement d'entraînement que provoquent les médias sociaux. Informations non vérifiées y circulent sans contrôle. Une pensée unique s'impose. Gare à ceux qui veulent corriger ces excès. Gilbert Rozon, le fondateur du festival Juste pour rire, l'a appris à ses dépens quand il a approuvé la hausse des droits de scolarité et s'est moqué du caractère fasciste que la rue attribue à la loi 78.

Notre démocratie est vraiment en péril pendant que la majorité silencieuse affiche la plus entière indifférence.

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