Des «assassins»

Bertrand Tremblay
Le Quotidien

«Chaque fleur, chaque arbre que l'on tue...» Après Richard Desjardins et ses disciples poètes écologistes, c'est maintenant Luc Plamondon qui assimile les forestiers à des «assassins». Le plus célèbre parolier québécois, producteur de spectacles à diffusion mondiale comme Starmania et Notre-Dame de Paris, éloignera à son tour les jeunes diplômés de l'exploitation forestière avec son poème intitulé «Ne tuons pas la beauté du monde» que la délicieuse voix d'Isabelle Boulay chante sur une musique de Christian St Toch.

Les 21 étaient-ils des «assassins» ?

Desjardins et Plamondon culpabilisent ainsi les courageux travailleurs de la forêt. La perception est si mauvaise que les écoles spécialisées ne parviennent plus à recruter les candidats dont l'économie aura pourtant besoin pour assurer la relève. Car si l'industrie forestière est présentement mal en point, elle retrouvera sa prospérité au terme de la mutation que l'informatique et la chute de la construction domiciliaire aux États-Unis lui font subir depuis près d'une décennie.

Quand les 14 pionniers, membres de la Société des 21, ont défié le monopole de La Baie d'Hudson et le gouvernement fédéral en s'installant, avec leur famille, à la baie des Ha! Ha! , en juin 1838, ils venaient construire une nouvelle région. Ils ont trimé dur pour arracher à la forêt l'espace nécessaire à la colonisation. Les Desjardins et Plamondon de ce monde leur intenteront-ils un procès posthume pour outrager leur mémoire? Les accuseront-ils d'avoir «assassiné» des milliers de résineux pour fonder les communautés de Chicoutimi-Saguenay tout comme, une décennie plus tard, les 44 compagnons du Curé Hébert l'ont fait au Lac-Saint-Jean?

Ces nobles forestiers

Il est temps de redonner toute leur noblesse aux métiers de la forêt. Si des multinationales ont commis des abus dans le passé en utilisant sans discernement une machinerie mal adaptée à une coupe sélective, la situation est bien différente aujourd'hui. En 1972, Robert Bourassa, le plus jeune premier ministre de l'histoire politique québécois, entreprit la grande réforme de l'exploitation forestière.

Il régionalisa d'abord l'organisation du ministère des Terres et Forêts avant de procéder à une véritable nationalisation de la ressource. Tous les gouvernements, libéraux comme péquistes, qui se sont succédé par la suite ont adopté une série de mesures préparatoires complétées par les audiences et le rapport de la Commission Coulombe. L'État a finalement fait son lit en adoptant la loi 57 sur l'aménagement durable du territoire forestier.

Tout ce débat déclenché par l'Erreur boréale de Richard Desjardins et mondialisé par les coups de force médiatiques de Greenpeace a semé faussement dans l'esprit de la nouvelle génération l'image d'une destruction systématique par des exploiteurs cupides de la deuxième plus précieuse ressource du SaguenayLac-Saint-Jean après l'eau douce.

Comme un jardin

Mais deux réalités inquiétantes pour notre économie s'imposent: pour satisfaire les écologistes et les disciples de Richard Desjardins, Québec a soustrait 20% de la forêt boréale à l'exploitation industrielle et les universitaires fuient le génie forestier. Or il sera impossible d'effectuer le virage économiquement très prometteur vers la diversification des produits avec une innovation soutenue sans la participation de cerveaux bien formés, d'ingénieurs motivés, armés des connaissances nécessaires.

La crise forestière a coûté jusqu'à maintenant 3200 emplois au SaguenayLac-Saint-Jean. Un tribut excessif. Pour les récupérer, l'entrepreneurship régional doit lancer dans l'exploitation forestière la même opération qui génère présentement plus de 2000 emplois dans l'industrie de l'aluminium.

Ce n'est possible cependant qu'avec l'encadrement d'une mentalité positive. La plus grave conséquence de l'Erreur boréale fut de détourner les jeunes des professions forestières. Pour réparer les torts causés par ses exagérations et ses images-chocs, Richard Desjardins devrait, selon plusieurs professeurs des sciences biologiques comme Yves Bergeron de l'UQAM, revaloriser le travail en forêt auprès des jeunes et des Montréalais.

Leur expliquer qu'il est préférable d'exploiter la forêt parvenue à maturité que de l'abandonner au feu, aux parasites et à la vieillesse. Elle est comme un immense potager qui se renouvelle constamment. Ce n'est pas «tuer la beauté du monde» que de cueillir ses fruits. C'est plutôt rendre hommage à la nature.

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