Michel Saint-Gelais affirme que la région n'est pas un bon terreau pour former des gangs de rue. «Sans être racistes, la plupart des citoyens de Saguenay sont des Québécois de race blanche, ils n'ont pas besoin de se créer des groupes pour développer des sentiments d'appartenance», stipule le coordonnateur de travail de rue de Chicoutimi.
Mme Mourani croit plutôt qu'il s'agit d'une question de contexte social. «Les gangs de rue, ce n'est pas une histoire raciale. Les jeunes prennent la couleur du territoire d'où ils proviennent. Par exemple, au Salvador, il y a uniquement des MS13, une organisation terriblement dangereuse et violente. Il n'y pas d'immigration dans ce pays, mais il y a quand même des gangs de rues. Ce n'est pas une question de sentiments d'appartenance, mais de contexte difficile comme la pauvreté et une accessibilité facile aux armes», explique Mme Mourani.
Dans le cas de Saguenay, si des groupes se forment, ils découleront de l'initiative de membres de gangs provenant de l'extérieur. «Bien sûr, ce sont des groupes des grands centres qui seront à la base des gangs de rue qui pourraient se construire ici. Ils formeront des jeunes et repartiront chez eux, pour contrôler les opérations de l'extérieur», spécifie la députée bloquiste d'Ahuntsic.
Les groupes qui cherchent à étendre leurs tentacules à Saguenay et dans les régions du Québec sont bien établis, selon Maria Mourani. La dame parle notamment des KrazzBrizz et des C.D.P (Crack Down Posse), du consortium des Crips, et les Bo-gars et les Bad-Boys, de celui des Bloods.
Prévenir au lieu de guérir
Selon la députée bloquiste d'Ahuntsic et auteure des deux livres reliés au phénomène de gangs de rue, La face cachée des gangs de rue et Gangs de rue inc., il faut réagir tout de suite aux tentatives d'incursions des membres de gangs de rue provenant de l'extérieur. «Les gangs parlent beaucoup entre eux. S'ils apprennent qu'il y a un bon filon dans une ville, ils vont tenter d'établir des ''succursales''. C'est ce qui s'est passé à Québec. Les policiers et les citoyens ont marginalisé le phénomène et aujourd'hui, la ville de Québec est minée par ses groupes criminels», explique la dame.
Mme Mourani explique que le phénomène, lorsqu'il est établi, est presque impossible à enrayer. «Lorsque les gangs s'incrustent dans un milieu, ils sont très difficiles à déloger et quand la police arrive à le faire, il se crée un vide. La nature a horreur du vide, et elle le comble souvent par quelque chose de pire», illustre la sociologue et criminologue de formation.
De son côté, Michel Saint-Gelais croit que l'implantation de véritables gangs de rue risque d'arriver tôt ou tard.» Il y a une hausse chaque été, mais il s'agit uniquement de repérage encore. Pour l'instant, le centre-ville de Chicoutimi reste sécuritaire, mais le phénomène risque de prendre de l'ampleur au cours des prochaines années», précise M. Saint-Gelais.
Été comme hiver
Les organisations policières de Saguenay parlent surtout d'activités estivales pour les gangs de rue qui visitent la région. Mme Mourani explique que les groupes se déplacent été comme hiver. «L'été, ils sont plus visibles, car c'est là que se font les règlements de compte. Les gens sont dehors sur les terrasses dans les bars et se promènent dans les rues. L'hiver, ils sont tout aussi actifs, mais ils le font à l'intérieur des bâtiments plus isolés», ajoute Mme Mourani.