Garneau ne baisse pas les bras

Richard Garneau, grand patron de Produits forestiers Résolu,... (Le Quotidien, Louis Potvin)

Agrandir

Richard Garneau, grand patron de Produits forestiers Résolu, a accueilli Le Quotidien dans sa résidence de Saint-Prime.

Le Quotidien, Louis Potvin

Louis Potvin
Le Quotidien

(SAINT-PRIME) Richard Garneau, le grand patron de Produits forestiers Résolu, ne baisse pas les bras et souhaite continuer à négocier avec le ministre des Ressources naturelles Clément Gignac pour le renouvellement du bail de la centrale Jim-Gray, même si l'échéance est dépassée. Il espère que les élus de la région vont faire pression pour faire plier le ministre. En cas d'échec, Garneau n'écarte pas d'aller devant les tribunaux.

«Nous ne sommes pas là encore. Il va falloir que les maires posent des questions eux aussi, car ça va les toucher. Il faut continuer le dialogue, car c'est sérieux pour les communautés, c'est toute la région qui est concernée. Il faut que les gens saisissent les enjeux et les conséquences des gestes posés», a déclaré Richard Garneau lors d'une entrevue accordée au Quotidien le lendemain de la décision du ministre de reprendre possession de la centrale hydroélectrique Jim-Gray.

Le numéro 1 de Résolu a été rencontré, à sa maison de campagne située à Saint-Prime, pour un long échange. Il tenait à nous rencontrer afin d'expliquer le portrait de la situation de Résolu dans la région et des conséquences que pourraient engendrer la perte des privilèges hydro-électrique et l'incertitude entourant l'approvisionnement forestier. Ce que demande la compagnie semble simple: elle veut connaître le bois qu'elle aura à couper dans le futur pour déterminer les investissements qu'elle pourra faire.

Sans émettre de menace, Richard Garneau laisse sous-entendre que la compagnie pourrait délaisser la région. «On va continuer à opérer sans faire de gros investissements et tenter de tirer notre épingle du jeu», a-t-il indiqué d'un ton calme.

L'homme garde la tête froide face à l'éventualité de perdre les privilèges hydro-électriques. «Le ministre le dit dans votre article (du Quotidien) que le paysage avait été grandement modifié depuis l'adoption de cette loi. Il faut donc qu'il tienne compte de l'augmentation du coût de la fibre et de la réduction des marchés dans le papier pour faire son analyse. La demande pour les différents papiers que nous produisons est passée de 24 millions de tonnes à 14 millions de 2000 à 2009, c'est près de 10 millions de moins», illustre-t-il.

Richard Garneau a donc discuté à plusieurs reprises avec le ministre Gignac pour lui faire part de la position de la compagnie. Il a convenu de l'importance des droits hydroélectriques pour réduire les coûts liés à la fibre. Ces coûts représentent 45 % du montant nécessaire pour produire du papier. La fibre coûte en moyenne de 172 $ la tonne au Québec comparativement à 88 $ aux États-Unis et 131 $ en Ontario. «Il ne semble pas saisir la réalité de l'industrie forestière. C'est vrai qu'on a un avantage avec le barrage, je suis bien d'accord avec lui, mais il faut tenir compte du désavantage du prix de la fibre. C'est deux fois plus cher qu'aux États-Unis et là on va en avoir moins (du bois), ça veut dire qu'elle va coûter combien la fibre dans le futur?», questionne-t-il.

«Mon conseil d'administration voit cette différence, ils vont me demander pourquoi je veux investir au Québec avec toutes ces incertitudes sur l'approvisionnement et la disparition des privilèges du barrage», mentionne-t-il.

Et ces incertitudes se retrouvent du côté des coupures du Forestier en chef, de la protection de 50 % du Plan Nord, de la protection pour le caribou forestier et bien d'autres aspects comme la forêt de proximité.

«Je ne peux pas aller rencontrer des banquiers et dire que je ne sais pas combien j'ai de bois. Ce sont des investissements sur 20 ans et pas sur trois ans. Il faut connaître au moins une estimation sur la fibre disponible. Il faut être prudent. On ne peut pas investir sans savoir combien il va rester de bois. Est-ce que vous investiriez votre propre argent? C'est la question que je pose à tout le monde et ils me répondent non.»

Investissement

La compagnie aurait rempli les promesses d'investissement de 390 M$ en valeur de 1998 pour l'ancien bail à la fin 2005. Une condition respectée et signifiée dans une lettre de 2006 que Richard Garneau a montrée au Quotidien. Puis de 2006 à 2010, la compagnie aurait investi 76,7 M$ dans Hydro-Saguenay et aux usines d'Alma et Kénogami. Aussi, pour la même période, c'est plus de 68 M$ qui ont été injectés dans le fonctionnement des scieries et en forêt.

Richard Garneau se demande d'ailleurs pourquoi le ministre refuse de renouveler le bail alors que la compagnie a rempli les conditions et s'engage à respecter celle venant à échéance en 2022 tel que stipulé dans le contrat sous l'article 6. «Nous avons tout intérêt à le faire, sinon il y a des pénalités importantes. Pour l'instant, nous pouvons investir un certain montant, mais il faut penser à rembourser notre dette et combler le déficit du fonds de pension des retraités. Il ne faut pas oublier que nous sortons d'une restructuration», fait-il valoir.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer