Bébé retrouvé dans une poubelle: la mère coupable d'infanticide

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Me Marie-Ève Saint-Cyr et Me Xavier Jean-Gagnon, de l'Aide juridique, ont expliqué aux journalistes qu'ils souhaitaient ce règlement depuis le début des procédures.

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Marie-Pier Normand-Lejeune a plaidé coupable, mardi, au chef d'infanticide et écope une peine de quatre mois de prison, en plus des 30 mois qu'elle a déjà purgés de manière préventive et qui comptent pour 45 mois.

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Marie-Pier Normand-Lejeune

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Normand-Lejeune a lu une déclaration, à peine audible, devant la cour. Jusque-là impassible, la jeune femme a pleuré au moment de prendre la parole. « J'ai tellement réfléchi depuis deux ans. J'ai vraiment travaillé sur moi, a-t-elle dit, énumérant les formations qu'elle a suivies en prison. J'ai fait une grosse erreur qui me coûte cher. (...) Je souhaite du plus profond de mon coeur que tout se termine très bientôt. J'ai besoin de ma mère avec moi. Elle me manque vraiment beaucoup. C'est mon meilleur soutien à l'extérieur avec mon frère. (...) J'ai appris à gérer mes colères. » Jamais elle n'a mentionné le garçon à qui elle a donné naissance en février 2015, avant de lui enlever la vie.

Normand-Lejeune sera aussi soumise à une probation de trois ans. Elle était accusée du meurtre au second degré de son nouveau-né qui a été retrouvé dans une poubelle, en février 2015, à Métabetchouan-Lac-à-la-Croix. Ce chef est passible d'une détention à perpétuité. Elle faisait aussi face à des accusations d'outrage à un cadavre et de suppression de part, soit d'avoir fait disparaître le cadavre d'un enfant dans l'intention de le cacher. Tous ces chefs ont été retirés et l'accusée a plaidé coupable au chef moindre d'infanticide, mardi matin.

Un procès devant juge et jury devait débuter cette semaine, mais une entente entre la direction des poursuites criminelles et pénales et la défense est survenue.

Normand-Lejeune avait été jugée apte à subir son procès. En cour mardi, les avocats ont mentionné que l'accusée a un diagnostic en santé mentale (déficience intellectuelle).

Les faits

Marie-Pier Normand-Lejeune avait 22 ans, le 20 février 2015, lorsqu'elle a accouché dans son appartement à Métabetchouan. Elle avait omis de prendre ses anovulants pendant de longs mois, mais aurait recommencé 20 jours avant d'accoucher, sachant qu'elle était enceinte, mais ne le disant pas à son conjoint. Le matin du 19 février, elle a consommé la moitié d'un comprimé d'amphétamine. Elle a accouché dans la salle de bain de son appartement dans la nuit du 19 au 20 février 2015 d'un garçon de 3,4 kilogrammes, vivant et viable. Elle a coupé le cordon ombilical avec un rasoir et négligé d'offrir les soins nécessaires au bébé. Voyant qu'il ne pleurait pas, elle a jeté le bébé dans un sac de plastique. « Dans son état de confusion, elle l'a jeté à la poubelle. Quand elle a constaté que l'enfant était peut-être mort-né, ça faisait son affaire », a expliqué le procureur de la défense, Me Xavier Jean-Gagnon.

C'est le conjoint de Normand-Lejeune qui a mis le sac contenant le bébé à la poubelle à l'extérieur, en plein milieu de la nuit, alors qu'il faisait -35 degrés Celsius, ne sachant pas que sa conjointe venait d'accoucher. C'est aussi lui qui a appelé les secours, sa conjointe saignant abondamment. Devant les ambulanciers et les médecins, Normand-Lejeune a nié avoir accouché. Un bout du cordon ombilical était néanmoins toujours présent, tout comme le placenta, à son arrivée à l'hôpital d'Alma. Les policiers se sont alors rendus à la résidence de l'accusée et ont trouvé le poupon dans la poubelle à l'extérieur.

En janvier 2016, le conjoint de Normand-Lejeune s'est enlevé la vie. Il n'avait jamais été accusé. Mardi, la défense et la Couronne ont mentionné que Normand-Lejeune était sous l'emprise de son conjoint, qu'elle vivait isolée et subissait de la violence psychologique et parfois physique.

Le couple avait eu un bébé quelques années auparavant. L'enfant était déjà sous la protection du Directeur de la protection de la jeunesse et avait été retiré aux parents lorsque l'infanticide a été commis sur le deuxième enfant du couple.

La juge Manon Lavoie de la Cour supérieure a félicité les avocats en présence d'en être venu à une entente dans ce dossier. « Je suis très consciente du travail qui a été fait. (En s'adressant à l'accusée) Je tiens à vous souhaiter bonne chance. (...) Rien ne peut effacer l'horreur des événements que vous avez faits. (...) Je trouve que la suggestion commune est tout à fait raisonnable dans ce dossier. »

Me Marie-Ève Saint-Cyr et Me Xavier Jean-Gagnon, de l'Aide juridique, ont expliqué aux journalistes qu'ils souhaitaient ce règlement depuis le début des procédures. « Elle regrette sincèrement. Quand elle dit qu'elle paie cher les conséquences, elle ne parle pas seulement de la détention », ont-ils mentionné, lorsque questionnés quant au fait qu'il n'avait pas été question du nouveau-né dans la déclaration de l'accusée.

Pas d'endroit où habiter

Marie-Pier Normand-Lejeune n'a pour l'instant aucun endroit où habiter à sa sortie de prison.

« À l'époque (en février 2015), sa mère vivait dans une roulotte sur un terrain vacant, a expliqué l'avocate de la défense, Me Marie-Ève Saint-Cyr. Nous avions demandé à certaines ressources dans la région de l'accueillir, mais nous avions eu un refus catégorique. (...) Le quatre mois de détention qui lui reste pourra permettre de faire un plan de sortie complet. Elle est pour l'instant sans adresse. On suggère que l'endroit trouvé soit approuvé par la probation. La mère (de Normand-Lejeune) n'a pas d'endroit pour la recevoir. »

Tant la direction des poursuites criminelles et pénales que la défense ont mentionné que le suivi serait très important dans le cas de Normand-Lejeune.

Qu'est-ce qu'un infanticide ?

L'infanticide est l'article 233 du Code criminel. « Une personne du sexe féminin commet un infanticide lorsque, par un acte ou une omission volontaire, elle cause la mort de son enfant nouveau-né, si au moment de l'acte ou de l'omission elle n'est pas complètement remise d'avoir donné naissance à l'enfant et si, de ce fait ou par suite de la lactation consécutive à la naissance de l'enfant, son esprit est alors déséquilibré », peut-on lire dans le Code criminel.




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