L'idée d'un policier qui s'est improvisé clochard

La Sécurité publique de Saguenay compte maintenant six... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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La Sécurité publique de Saguenay compte maintenant six policiers et un sergent à vélo qui patrouillent la ville.

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Le capitaine Denis Turcotte s'est déguisé en clochard et s'est assis sur des bancs dans différents lieux stratégiques à Saguenay afin d'observer les habitudes des criminels, à l'été 2011. C'est ce qui a donné naissance aux policiers à vélo tel qu'on les connaît aujourd'hui.

« Je voulais voir si les problématiques étaient vraies ou non. Mon costume était bon, parce que les policiers venaient et il y en a qui ne me reconnaissaient même pas ! J'ai tout étudié pour savoir à quels endroits le crime se passait. J'ai fait une carte. J'ai aussi répertorié les plaintes. Sur ma carte, on pouvait voir là où il y avait de la drogue qui se passait, là où on avait beaucoup de plaintes pour ci ou pour ça, etc. », explique-t-il. 

À ce moment, il y avait deux policiers à vélo sur le territoire de Saguenay en entier, ainsi que 13 étudiants en techniques policières embauchés pour intervenir surtout dans les parcs. « J'ai constaté que les étudiants étaient en conflit de rôle et de responsabilités. Il y en a qui pensaient qu'ils pouvaient faire des saisies de drogue ! Ça ne fonctionnait pas et ça prenait de vrais policiers. »

Muni de sa carte et de bons arguments acquis au fil de ses soirées de sans-abri, le capitaine Turcotte a mis sur pied une section de six policiers, en plus d'un sergent, qui patrouillent la ville dans son entièreté depuis l'été 2012. « Ils sont excessivement performants, constate le capitaine. Juste en juin, ils ont arrêté trois personnes avec les facultés affaiblies au volant. Ils sont rapides, efficaces. C'est une section qui a beaucoup d'avenir. »

L'hiver aussi ?

Le capitaine Turcotte aimerait maintenant que les policiers à vélo travaillent également l'hiver, un projet qu'il espère possible à « moyen terme ».

« Par exemple, ils pourraient avoir de gros pneus hivernaux pour Jonquière en neige, pour les Hivernades ou pour la pêche blanche. Je ne dis pas qu'ils devraient travailler à -30 degrés Celcius, mais à -10, pour des événements, ce serait pensable. »

95% des infractions par des adultes

Environ 95 % des infractions constatées par les policiers à vélo de la Sécurité publique de Saguenay bon an mal an sont commises par des adultes, et non par des mineurs.

« C'est comme ça depuis le début de la section : il y a plein de bons jeunes qui se comportent bien. Ils causent par contre un sentiment d'insécurité en se rassemblant et en flânant dans les espaces publics avec une allure un peu plus, disons, relâchée », constate le capitaine Denis Turcotte, de la SPS.

Les policiers à vélo ont procédé à 39 arrestations en juin, dont environ 70 % concernaient la possession ou la consommation de stupéfiants ou encore la possession d'objets de consommation.

« On dirait que les gens se disent que puisque ça va être légalisé, ils n'ont plus besoin de se cacher. Ça ne deviendra pas plus légal de prendre de la drogue devant des enfants dans un parc ! », rappelle le capitaine Turcotte.

Basse-ville de Chicoutimi

La majeure partie des arrestations est faite dans la basse-ville de Chicoutimi, sur la rue Price, à la Zone portuaire et à proximité du terminus. Environ 70 % des arrestations au criminel des policiers à vélo sont faites à Chicoutimi, contre 20 % pour Jonquière et 10 % pour La Baie. « Même dans les activités quotidiennes normales, Chicoutimi mobilise beaucoup les policiers. C'est là où se trouvent les grandes artères. »

En tout, ils sont six agents et un sergent, Stéphane Pellerin, à patrouiller à vélo. « Parfois, ils prennent les autobus de la Société de transport du Saguenay pour passer d'un secteur à l'autre. Il est déjà arrivé qu'ils fassent une arrestation pour de la drogue en sortant de l'autobus. Les gens ne s'attendent pas à voir des policiers sortir d'un autobus ! »

C'est justement cette approche « anonyme et silencieuse », comme le remarque le capitaine Turcotte, qui fait la force des policiers à vélo.

« Les gens se font prendre en flagrant délit. On parle d'actes à connotation sexuelle, de drogues, de cellulaires au volant, etc. On va dans les sentiers, dans les parcs. On va dans des endroits où les gens ne nous attendent pas nécessairement. »

Denis Turcotte et son équipe possèdent l'horaire de toutes les festivités prévues durant l'été. De Jonquière en musique au Festival des vins en passant par les Grandes veillées, l'horaire des policiers est modelé sur celui des festivaliers. Seulement en juin, les agents de la paix ont parcouru 1550 km à vélo.

« On travaille sur le sentiment de sécurité de la population. C'est niaiseux à dire, mais les gens peuvent toucher aux policiers à vélo, ils peuvent entrer en contact. Les policiers ne sont pas derrière les vitres fermées de leur voiture. Ça aide à démystifier le travail du policier. »

«Rapides et dangeureux»

Devoir remiser son véhicule en raison de vitres teintées ? Rare, mais possible.

La brigade de deux agents que le capitaine Denis Turcotte nomme « Rapides et dangereux » a le mandat d'intervenir auprès des conducteurs qui voudraient justement imiter un peu trop les comédiens de la série de films du même nom.

« La vitre doit laisser passer 70 % de la lumière, souligne le capitaine Turcotte. L'infraction est de 100 $ plus les frais, donc 169 $. Un avis de vérification chez un mandataire peut être donné au conducteur et s'il ne se conforme pas dans le temps octroyé, il écopera d'une contravention de 300 $ (480 $ avec les frais) et pourrait même perdre le droit de rouler avec son véhicule puisque ne pas se conformer correspond à une entrave au Code de la Sécurité routière. C'est excessivement rare que ça arrive, mais c'est important que les gens sachent que ça peut aller jusque-là. »

Denis Turcotte invoque deux raisons qui font en sorte que les propriétaires de voitures modifiées doivent être mis à l'amende : la sécurité et l'équité. « Souvent, on procède, sans s'en rendre compte, par contact visuel. Le piéton va faire un contact visuel avec le conducteur pour s'assurer d'être vu. Le conducteur va regarder le cycliste, etc. Lorsque la vitre est teintée, c'est très dur à faire. Il y a aussi l'aspect équité. Les gens derrière les vitres teintées peuvent texter ou parler au cellulaire en toute impunité, et ce, même si ce comportement est extrêmement dangereux. »

Les Rapides et dangereux, ceux de la SPS et non de la série de films, ont reçu une formation de huit heures sur les vitres teintées et autant sur les véhicules modifiés.




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