En prison pour avoir fraudé des aînés

Sylvie Petitpas a pris soin d'amener un sac... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Sylvie Petitpas a pris soin d'amener un sac avec ses effets personnels à son retour au palais de justice lundi après-midi, sachant qu'elle prendrait le chemin de la détention.

Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque

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Sylvie Petitpas, qui a fraudé un couple d'octogénaires pour plus de 51 000 $ avec son conjoint, reçoit une peine de 17 mois de détention.

Après quelques heures de réflexion, le juge Jean Hudon, de la Cour du Québec, a rendu la sentence dans le dossier de la femme de 37 ans. Petitpas avait plaidé coupable à une fraude de plus de 5000 $, à une supposition de personne et à un mauvais entreposage d'une arme à feu. 

L'accusée et son conjoint, Jonathan Bergeron, ont fait la belle vie entre le 20 juin et le 12 août 2015 aux frais de personnes âgées, Maurice Lavoie et Pâquerette Desgagné. 

Bouteilles de champagne, bijoux, voiture, repas au restaurant, chambre d'hôtel et tournées dans les bars ont marqué ces sept semaines de bon temps pour le couple de fraudeurs.

En imposant la peine, le magistrat s'est rangé derrière la suggestion de Me Sabrina Tremblay, de la Couronne, qui réclamait entre 15 et 18 mois de détention, alors que Me Jean-Roger Brodeur, en défense, estimait que 11 mois de prison, soit la moitié de la sentence imposée à son conjoint, seraient suffisants. 

« Cette fraude a été faite uniquement pour des besoins de luxe. Ce n'était même pas pour nourrir les enfants. L'accusée a une responsabilité entière, car elle en a profité pleinement. Elle n'était pas que la passagère dans la voiture, elle est devenue partie prenante et a eu une participation active », a noté le juge Hudon.

« Elle a dit se sentir victime, mais les seules victimes, ce sont les personnes flouées, qui n'ont rien à se reprocher sauf de leur avoir fait confiance », a soutenu le magistrat. 

Petitpas se trouvera sous probation durant deux ans à sa sortie de prison et ne pourra communiquer avec la victime sa famille.

200 transactions

Au cours de la période de la fraude, le duo Petitpas-Bergeron s'est payé du bon temps, multipliant les achats de divers biens pour son plaisir. « Le couple a réalisé plus de 200 transactions par carte de débit, a fait 11 demandes d'augmentation de crédit et fait des achats à une dizaine de reprises dans des bijouteries. Ils ont joué aux machines à sous. Ils ont acheté une auto et Mme Petitpas a payé l'immatriculation et la taxe de vente avec la carte de guichet », a résumé Me Sabrina Tremblay.

« La fraude s'élève à 51 660 $. Lorsque la victime s'est aperçue que quelque chose n'allait pas, il ne lui restait que 303 $ dans son compte. Ce sont les économies d'une vie qui y sont passées. Cet argent était le reliquat de la vente de la maison », a poursuivi la procureure de la Couronne.

Me Tremblay précise que l'accusée se sent, selon le rapport présentenciel, comme une victime dans cette affaire, qu'elle s'est fait prendre par son conjoint. 

« Pourtant, elle a participé à ce jeu. Elle a utilisé la carte de guichet pour se choisir des bijoux. Elle en a profité. Elle s'est même fait passer pour la victime, notamment pour demander des augmentations de crédit. Le seul facteur atténuant, c'est le plaidoyer de culpabilité enregistré 18 mois après », a précisé Me Tremblay.

En défense, Me Brodeur a fait comprendre à sa cliente que sa défense d'être une victime ne tenait pas la route, même si c'est son conjoint qui a été le maître d'oeuvre de cette aventure.

« Elle semble avoir compris. Dans la vie, un jeune ne comprend pas, un adolescent ne comprend rien, mais un adulte doit commencer à comprendre. C'est le cas de ma cliente », a lancé Me Brodeur.

« Elle a participé à tout ça, mais il faut se demander si les victimes ne se doutaient pas de quelque chose, s'ils savent des choses que nous ne saurons jamais », a-t-il ajouté.

Sur ce point, le juge Hudon a répliqué rapidement sur le fait que c'est le propre d'une fraude et des fraudeurs que les victimes ne s'en rendent pas compte. Me Tremblay a voulu être claire que les victimes n'ont absolument pas de responsabilité dans cette affaire.

Me Brodeur ne cache pas que sa cliente a choisi comme son conjoint le chemin de la facilité sans se poser de questions.

« Mais là, elle sait qu'elle s'en va en vacances aux frais de l'État. Ce sera un congé forcé, mais elle doit y voir du positif », a conclu Me Jean-Roger Brodeur.

La victime peut enfin tourner la page

Pâquerette Desgagné, la victime des fraudeurs Jonathan Bergeron et Sylvie Petitpas, est soulagée de voir les deux individus derrière les barreaux et surtout de pouvoir tourner la page sur cette désagréable séquence de sa vie.

« Je suis vraiment soulagée que ce soit terminé. C'est un grand jour. Il fallait que ça en finisse. Je veux remercier tout le monde qui a participé à ce travail. Je sais que c'était des problèmes, mais cela nous a permis de rencontrer de bonnes personnes sur notre route. Ça s'est fait plus rapidement que je pensais », a mentionné Mme Desgagné, émue à sa sortie de la salle d'audience.

« Ce fut éprouvant. Il fallait le vivre pour savoir comment c'était. Ce n'était pas facile. Aujourd'hui, je peux dire que la boucle est faite. Une chance que j'ai eu mes enfants qui étaient toujours là pour m'aider », a ajouté la victime qui a perdu son mari dans les derniers mois, Maurice Lavoie.

Les deux octogénaires ont connu Jonathan Bergeron à la Saint-Vincent de Paul. Le couple s'est lié d'amitié avec le fraudeur et lui a fait confiance. 

Même lors de l'arrestation et devant la preuve accumulée contre Bergeron et Petitpas, le couple de personnes âgées ne pouvait croire que Bergeron leur avait fait ça.

Si elle était satisfaite de la peine imposée à l'homme, elle l'est tout autant pour sa conjointe. « Je ne voulais pas qu'il soit le seul à écoper de tout ça. Elle était complice », dit l'octogénaire.

Malgré tout ça, la perte est énorme pour la dame. « C'est une fin de vie détruite. Avoir 1000 $ ou 2000 $ pour les bijoux, ça ne changera pas grand-chose », a ajouté sa fille, Céline Lavoie, qui mentionne qu'environ 500 $ ont été récoltés en dons.




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