Des souvenirs clairs pour Yves Martin, puis le noir total

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Yves Martin

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« Qu'est-ce qu'il fait là tabarnak ? Il s'est crissé dans moé. J'ai braqué vers la gauche pour l'éviter. »

Yves Martin a raconté pour la toute première fois ce qu'il dit avoir vécu le soir du 1er août 2015 lors de la collision mortelle du rang Saint-Paul à Laterrière. 

L'homme de 36 ans subit son procès devant le juge François Huot, de la Cour supérieure du Québec, et un jury de 12 personnes au Palais de justice de Chicoutimi. Il est accusé de conduite dangereuse, de conduite avec les facultés affaiblies et de conduite avec un taux supérieur à .08 causant la mort. 

S'il n'avait aucun souvenir de l'accident qui a causé la mort de Mathieu Perron, Vanessa Tremblay-Viger et leur fils Patrick dans les heures qui ont suivi, Yves Martin a indiqué ce dont il s'est souvenu dans les semaines subséquentes.

D'entrée de jeu, son avocat, Me Jean-Marc Fradette, l'a placé dans le feu de l'action de la fatidique journée.

« Dans le rang, j'ai dépassé une voiture, après que le conducteur se soit tassé sur le côté et j'ai ensuite dépassé un cycliste. Je suis revenu dans ma voie. »

« En arrivant près de chez M. Bouchard (lieu de l'accident), j'ai vu la petite Honda Civic. Elle était dans sa voie et j'étais dans ma voie. Et là, je ne sais pas pourquoi, il s'est crissé dans moé. Tout s'est fait très rapidement. Oui, je roulais vite, mais je ne peux dire à quelle vitesse, car je ne regardais pas », raconte Yves Martin, qui a admis un antécédent judiciaire de méfait public en 2005.

Ensuite, c'est le noir dans sa tête. On lui dit qu'il a eu un accident, qu'il y a des morts et que c'est de sa faute.

« Dans la cellule, j'ai tourné en rond. J'essayais de comprendre ce qui se passait. Je me demandais si j'étais dans un cauchemar », a indiqué Yves Martin, en ayant de bons mots pour l'enquêteuse Nancy Blackburn.

« Elle a été très gentille. C'est la première personne à qui je parlais après l'accident et j'essayais de comprendre ce qui se passait. »

« C'est la pire affaire de toute ma vie lorsque l'on vous dit ce qui s'est passé, mais que l'on ne s'en souvient pas », ajoute-t-il.

Yves Martin a reconnu conduire très rapidement dans le rang Saint-Paul, mais comme il le connaît comme le fond de sa poche, il sait où il doit ralentir et faire attention.

Quant à la reconstitution de l'expert, Pierre Girard, de la Sécurité publique de Saguenay, l'accusé n'est nullement en accord avec les conclusions.

« Ce n'est pas comme ça que c'est arrivé. J'étais dans ma voie et l'autre voiture est sortie dans ma face. C'est impossible, c'est impossible (que ça se soit passé comme le dit l'expert) », a ajouté Yves Martin.

Concernant les textos avec François Gonthier, il confirme que c'est lui que l'on traite de cave et que c'est leur façon de se parler.

Quant au fait qu'il a écrit à son ex-conjointe, Catherine Cloutier, qu'il se faisait un feu et qu'il était seul, il a avoué que c'était faux. 

« Oui, j'ai fait un petit mensonge, car je tentais de la reconquérir étant donné qu'elle m'avait laissé parce que mes amis étaient trop présents. »

Les jurés reviendront mardi matin pour entendre les plaidoiries de Me Jean-Marc Fradette (défense) et de Me Michaël Bourget (Couronne). Il y aura ensuite les directives du juge. Ensuite, les jurés seront séquestrés pour les délibérations.

Les douze jurés seront de retour mardi.... (Illustration Le Quotidien, Christiane Cardinal) - image 2.0

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Les douze jurés seront de retour mardi.

Illustration Le Quotidien, Christiane Cardinal

Pas d'explication supplémentaire pour les jurés

Même s'il a eu la chance de dire un dernier mot aux membres du jury, Yves Martin s'est abstenu de le faire, que ce soit pour donner une explication supplémentaire ou encore pour  transmettre un message à l'endroit des familles des trois victimes de la collision mortelle du 1er août 2015 dans le rang Saint-Paul, à Laterrière.

Juste avant de clore sa défense, le criminaliste Me Jean-Marc Fradette a demandé si son client avait quelque chose d'autre à dire avant de quitter. 

« Non, je n'ai rien à ajouter », a laissé tomber Martin.

Au cours de l'heure précédente, l'accusé a été contre-interrogé par Me Michaël Bourget, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP). 

Le procureur n'est pas revenu sur les circonstances de l'accident. Il a plutôt insisté sur le fait qu'Yves Martin pouvait avoir un problème d'alcool dans le passé.

« Il est vrai que l'on m'a offert une thérapie fermée de six mois. Je voulais voir si j'avais vraiment un problème d'alcool et à quel degré. J'ai fait des réunions des AA, mais encore là il fallait voir à quel degré je me trouvais », a-t-il répondu à Me Bourget.

« Est-il vrai que vous avez dit avoir une problématique d'alcool depuis l'âge de 13 ans ? », a demandé le procureur.

« Non, j'ai commencé à consommer à 13 ans. J'ai pris une bière. J'ai fait une expérience comme tout le monde, mais mon problème de consommation n'a pas commencé à 13 ans », a rétorqué Yves Martin, qui a déjà suivi une thérapie de 28 jours, il y a 15 ans.

Me Bourget lui a rappelé qu'il avait dit le contraire à son enquête de remise en liberté, lorsqu'il a affirmé au directeur de la maison de thérapie que c'était le cas.

« J'avais probablement compris que l'on voulait savoir à quel âge j'avais commencé à consommer. »

Le procureur de la Couronne s'est interrogé si la consommation d'alcool pouvait déranger des gens de son entourage.

« Peut-être. Dans la vingtaine, on m'a déjà dit que ça pouvait déranger. »

Pourtant, Me Bourget a fait valoir que sa mère lui avait dit 1000 fois qu'il devait arrêter et que sa soeur lui en avait parlé à au moins 50 occasions.

Quant à savoir si sa consommation d'avant l'accident a toujours été la même depuis l'adolescence, Yves Martin précise qu'elle est différente.

« À 20 ans, lorsque j'en prenais, j'en prenais. À 30 ans, je bois plus régulièrement, mais de façon moins intense. »

Conseils du juge

Avant de clore la deuxième étape du procès, le juge a laissé voir aux jurés qu'ils devaient tenir compte des habitudes de consommation de M. Martin uniquement en considérant l'ensemble de la preuve et afin de savoir s'il avait les capacités affaiblies.

« Ça peut avoir une pertinence sur la tolérance de l'accusé, mais en aucun temps, ça ne peut servir pour le reconnaître coupable en rapport avec le fait qu'il serait le genre de personnes à commettre le crime qui lui est reproché. »

« Autrement dit, on ne peut pas conclure que qui a bu boira ! Il ne faut pas non plus penser qu'il est une mauvaise personne et qu'il mérite d'être puni », a ajouté le magistrat.

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Yves Martin

Illustration Le Quotidien, Christiane Cardinal

Le procès en bref

Yves Martin prompt

Yves Martin était très prompt à la barre des témoins et a été rappelé à l'ordre à plusieurs occasions par le juge François Huot, de la Cour supérieure du Québec, car il tutoyait le premier magistrat et les procureurs. L'accusé a réagi fortement à plusieurs questions, a insisté sur certains éléments de son témoignage fermement, a gesticulé abondamment et a levé le ton à l'occasion. Par contre, Yves Martin n'a pas laissé paraître de remords ou d'empathie. Sans qu'il en ait parlé à la barre, on ressentait une certaine frustration, additionnée d'une grande nervosité, dans la voix de l'accusé. 

Place aux plaidoiries

La preuve étant close au procès d'Yves Martin, la prochaine étape sera les plaidoiries des deux avocats. La preuve de la défense s'est conclue, vendredi avant-midi, avec le témoignage de l'accusé, puis la Couronne a annoncé en après-midi qu'elle n'avait pas de contre-preuve. Les plaidoiries auront lieu dès mardi, à 9 h, et seront suivies par les directives du juge François Huot. Ensuite, le jury entamera sa délibération.

Trop de curieux

Une vingtaine de personnes n'ont pu entrer en salle d'audience, vendredi matin, car il n'y avait plus de sièges vacants. En effet, le témoignage de l'accusé a été très couru. À la pause de l'avant-midi, vers 10 h 45, des gens attendaient encore à l'extérieur en espérant avoir la chance d'assister à la fin du témoignage d'Yves Martin.

Près de 80 personnes étaient à l'intérieur, alors... (Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie) - image 4.0

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Près de 80 personnes étaient à l'intérieur, alors qu'une vingtaine de personnes ont dû attendre à l'extérieur qu'un siège se libère.

Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie

Uniforme habituel

À tour de rôle, les constables spéciaux ont porté l'uniforme habituel, pour assurer la présence d'un agent à l'intérieur de la salle d'audience en tout temps. Jeudi, le juge François Huot avait exclu les constables spéciaux puisqu'ils portaient des pantalons de camouflage ou des jeans en guise de moyen de pression.

« Ivre Martin »

Le juge François Huot a demandé aux douze jurés de faire abstraction du nom qu'utilisait Yves Martin sur Facebook, soit « Ivre Martin », leur précisant que les habitudes de consommation de l'accusé ne devaient être prises en compte que pour établir sa tolérance à l'alcool.

Un antécédent de méfait public

En interrogatoire, Yves Martin a reconnu avoir plaidé coupable à une accusation de méfait public en 2005. Plus tard, le juge François Huot a décrit la nature d'un tel antécédent pour favoriser la compréhension du jury.

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