Au moins deux fois le taux d'alcool permis pour Yves Martin

Le toxicologue judiciaire, Bernard Mathieu.... (Photo Le Quotidien, Michel Tremblay)

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Le toxicologue judiciaire, Bernard Mathieu.

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Dans le scénario le plus favorable, Yves Martin présentait une alcoolémie deux fois supérieure à la limite autorisée.

En tenant compte de toutes les analyses présentées par le toxicologue judiciaire, Bernard Mathieu, et en effectuant un calcul rétroactif, ce taux se situait entre .179 et .234 milligrammes d'alcool par 100 millilitres de sang, alors que la limite permise par la loi est de 80 mg par 100 ml.

Au 8e jour du procès de Martin devant jury et sous la présidence du juge François Huot, de la Cour supérieure du Québec, l'expert-chimiste du Laboratoire médico-légal de Montréal a dévoilé les taux de l'analyse préliminaire et des deux analyses officielles (six résultats) des échantillons sanguins du conducteur de la camionnette, dont les taux variaient de .179 à .185.

Me Michaël Bourget, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), a clos sa preuve, lundi après-midi, au procès d'Yves Martin, accusé de conduite dangereuse, de conduite avec les facultés affaiblies et de conduite avec un taux supérieur à la limite causant la mort de Mathieu Perron, Vanessa Tremblay-Viger et de leur fils Patrick le soir du 1er août 2015 dans le rang Saint-Paul, à Laterrière.

L'expert du laboratoire médico-légal a expliqué les étapes menant à l'analyse d'un échantillon sanguin pour déterminer le taux d'alcool dans le sang d'un individu. 

Pour chaque analyse, les experts ont retenu les scénarios les plus favorables à l'accusé.

Calcul rétroactif

Même chose pour le calcul rétroactif qui donne le taux au moment de l'accident à 20 h 40 par rapport à l'heure de la prise sanguine de 23 h 25.

« Là aussi, le meilleur scénario est de .166. Cela veut dire que l'accusé aurait éliminé environ 10 milligrammes d'alcool à l'heure. C'est rare une telle élimination. Ça touche les gens qui consomment très peu et rarement. Si on retient le scénario moyen, soit une élimination de 15 mg à l'heure, le taux se situerait entre .190 et .200 mg. Et dans le pire des scénarios, soit une élimination rapide (20 mg à l'heure), le taux pourrait être de .184 à .234 milligrammes d'alcool par 100 millilitres de sang », précise Bernard Mathieu.

Quant au « dernier verre pour la route », qui aurait pu être pris quelques minutes avant de prendre le volant, le toxicologue judiciaire croit que l'alcoolémie peut jouer de 0 à 20 mg.

« Là aussi, nous avons analysé le meilleur scénario pour l'accusé. Nous n'avons pas tenu compte de la possibilité que le taux ait pu être plus élevé de 20 milligrammes. Même en l'enlevant, nous avons obtenu un taux de .186 à .206 mg », a ajouté l'expert.

Après ce témoignage, la Couronne a fait entendre la bande audio de l'ambulance.

La preuve du ministère public est maintenant terminée. 

À compter de mercredi après-midi, ce sera alors au tour de la défense de présenter sa contre-preuve et de faire entendre ses témoins.

Me Michaël Bourget, procureur de la Couronne.... (Photo Le Quotidien, Michel Tremblay) - image 4.0

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Me Michaël Bourget, procureur de la Couronne.

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Il faut cinq minutes à l'alcool pour aller dans le sang

Si Yves Martin a consommé une forte quantité d'alcool rapidement avant l'accident, il aurait fallu qu'il le fasse moins de cinq minutes avant l'impact pour présenter un taux sous les .08. Car 83 % de l'alcool ingéré se serait retrouvé dans le sang cinq minutes après consommation.

L'expert Bernard Mathieu croit que ce scénario est possible, mais il avoue que cela ne se produit pas très souvent. 

Au cours du contre-interrogatoire mené par Me Jean-Marc Fradette, celui-ci a tenté de démontrer que son client pouvait ne pas être en état d'ébriété au moment de l'impact. L'avocat a essayé de miner la crédibilité de ceux qui ont mené les analyses.

« Si mon client a vidé un 10 onces de rhum ou de cognac en embarquant dans sa voiture et que l'accident a eu lieu moins de cinq minutes plus tard, est-il possible que le taux pouvait se situer en bas de .08 ? », a demandé Me Fradette.

« Pas nécessairement, a répondu M. Mathieu. Selon la littérature scientifique, 83 % de l'alcoolémie est atteinte cinq minutes après l'avoir bu. »

« De plus, le fait d'ingérer une si forte quantité d'alcool aurait eu l'effet d'un pic de surdose et nous aurions vu une courbe exponentielle du taux d'alcool. Ce serait comme d'envoyer de l'alcool par intraveineuse », de dire le toxicologue.

Ce dernier précise que l'alcool passe par l'estomac et l'intestin grêle avant de se retrouver dans le sang et qu'il doit nécessairement s'écouler un certain temps, n'écartant pas totalement la possibilité d'un taux sous les .08 soit possible si l'accident est survenu trois minutes après avoir bu une forte quantité d'alcool.

Me Fradette a aussi demandé d'établir un taux de consommation pour un individu de 5 pieds et 11 pouces, de 35 ans et pesant 180 à 185 livres et qui aurait consommé cinq bières Bud Light (4 % d'alcool) entre 15 h et 19 h 15 et une autre entre 19 h 55 et 20 h 21. 

Le toxicologue a établi que cela donnerait un taux de .05 en tenant compte d'une élimination de 10 milligrammes d'alcool à l'heure et de .003 pour une élimination de 20 mg à l'heure, bien en deçà du taux de .179 enregistré plus de deux heures et 40 minutes après l'accident.

« Il aurait fallu qu'il consomme huit autres bières (14 au total) pour arriver à .179. Mais il faut savoir que l'exercice repose sur des consommations alléguées, alors que la prise de sang est prouvée scientifiquement et fiable à 95 pour cent. »

« Et le scénario d'un taux de .05 ou de .003 ne peut s'appliquer. Il n'a aucun bon sens », a répondu M. Mathieu à Me Michaël Bourget, en réinterrogatoire.

L'expert a confirmé avoir revu les résultats des analyses sanguines d'Yves Martin étant donné que le premier toxicologue s'est trouvé sous enquête criminelle pour de la fraude et que la technicienne a avoué avoir menti dans une autre cause.

Enregistrement dans l'ambulance

(Julien Renaud) - Yves Martin a bel et bien tenu des propos incriminants dans l'ambulance le soir de l'accident. La Couronne a déposé, lundi en fin de journée, l'enregistrement audio d'un des appareils de l'ambulance qui a transporté Yves Martin vers l'hôpital le 1er août 2015. Cet enregistrement est venu confirmer les propos incriminants rapportés par les policiers Carl Simard et Jean-François Lévesque lors de leur témoignage.

Lorsque le policier Simard procède à l'arrestation d'Yves Martin pour conduite avec les facultés affaiblies causant la mort, ce dernier dit : « Chu dans marde (sic). » L'accusé répète ces mêmes mots une seconde fois, peu avant son arrivée à l'hôpital. Par ailleurs, Yves Martin reconnaît avoir consommé une quantité d'alcool considérable et informe les ambulanciers qu'il est diabétique.

À plusieurs occasions, Yves Martin demande s'il « a tué du monde » et affirme qu'il ne ressent aucune douleur, malgré une plaie au visage.

Parfois difficile à déchiffrer, l'enregistrement dure quelque 17 minutes. On entend, entre autres choses, le policier Carl Simard avertir l'accusé de ses soupçons et l'informer de ses droits. Les ambulanciers échangent également avec Yves Martin et procèdent à certains examens médicaux. Les échanges sont plus nombreux sur les lieux de l'accident et plus rares sur la route vers le centre hospitalier.

Durant l'écoute de l'enregistrement, la mère d'une victime a quitté la salle, en pleurs.

Le jury excusé jusqu'à mercredi, 14 h

Les douze jurés devront revenir devant le juge François Huot, de la Cour supérieure du Québec, que mercredi, à 14 h. Mardi avant-midi, les avocats feront leurs représentations sur des questions de droit qui doivent être réglées avant le début de la preuve de la défense. Mardi après-midi, le juge doit se rendre dans un autre district judiciaire. Enfin, mercredi, en fin d'avant-midi, le premier magistrat espère rendre ses décisions sur les requêtes de droit entendues mardi.

Beaucoup de monde

Encore une fois, la salle était bondée, avec quelque 60 personnes présentes, ce qui inclut les familles de l'accusé et des victimes. Quant à l'accusé, il est demeuré plutôt discret et impassible.

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