Il a mimé un pistolet et intimidé le procureur de la Couronne

Jean-Paul Tessier est coupable d'intimidation envers le procureur... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Jean-Paul Tessier est coupable d'intimidation envers le procureur de la Couronne, Me Jean-Sébastien Lebel.

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Le Falardien Jean-Paul Tessier est reconnu coupable d'intimidation envers le procureur de la Couronne, Me Jean-Sébastien Lebel.

Le juge Serge Champoux, de la Cour du Québec, n'a pas cru la version de l'accusé et a plutôt retenu son comportement agressif, ses paroles menaçantes et son geste de faire semblant qu'il tirait en direction du représentant du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

Les événements reprochés à l'homme de 36 ans se sont produits le 28 janvier 2016 alors qu'il subissait son procès pour voies de fait causant des lésions à son ex-conjointe.

Tessier a contesté les accusations et a perdu patience à l'endroit de Me Lebel en raison de son insistance. Lors de son expulsion de la salle d'audience par le juge Jean Hudon, il a mimé un revolver en direction du procureur et a fait mine de tirer, intimidant par le fait même la victime.

«Trois éléments ont retenu mon attention. Le premier est que vous avez frappé dans les murs de l'ascenseur (du bloc cellulaire et en se rendant à la salle d'audience) en disant que ça allait brasser dans la salle de cour. Le deuxième élément touche les paroles que vous avez tenues à l'endroit du procureur, soit ''si tu me cherches, tu vas me trouver''. Et le troisième est le geste allégué d'avoir utilisé vos doigts pour imiter un pistolet et faire semblant de tirer en direction de Me Lebel. Ces trois faits représentent le fondement des accusations», a lancé le juge Champoux, qui pratique habituellement en dehors de la région.

«L'accusé était désorganisé. L'agent correctionnel l'a mentionné et a dit que c'était la première fois en 28 ans de carrière qu'il voyait ça. Je ne crois donc pas la version de l'accusé qui dit que ce n'est pas tout à fait ce qui s'est passé. De plus, le geste posé a été vu par tout le monde dans la salle, mais pas de la même manière. Par contre, il ne s'est écoulé que sept secondes entre le geste posé et la demande de Me Lebel à la Cour de faire témoigner le policier Nicolas Lachance sur ce qu'il avait vu. Personne n'a eu le temps de préparer quelque chose avant qu'il ne témoigne», a ajouté le juge Champoux, au terme du procès.

Ce dernier estime que le procureur de la Couronne avait des raisons de craindre l'accusé, qu'il se soit senti intimidé et que cette façon de faire a pu nuire à l'exercice de ses fonctions.

Dans sa décision, le magistrat comprend que l'accusé ait éprouvé une certaine nervosité et qu'il ait même été frustré de la situation. Il peut concevoir que le procureur de la Couronne a été incisif dans ses questions.

Mais il précise que ce n'est pas avec de l'intimidation qu'une personne doit régler la situation. Il y a d'autres moyens, comme les objections en provenance de l'avocat de la défense ou encore le dépôt d'une plainte au barreau ou encore au criminel.

«Nous avons choisi le système judiciaire que nous avons et qui fait en sorte que nous ne pouvons utiliser la loi du Talion, soit dent pour dent ou oeil pour oeil. En somme, nous ne pouvons nous faire justice nous-mêmes. Notre système de justice est une composante importante de notre société.»

«Les divers acteurs du système judiciaire exercent des métiers difficiles. Ils sont confrontés jour après jour à des gens qui ont eu des difficultés et qui sont émotifs. Ils sont à la merci de craintes et de représailles. Mais ils sont en droit de s'attendre à pouvoir exercer leur métier et leur profession en toute sécurité», a conclu le juge Champoux.

Il risque jusqu'à 18 mois de prison

Le Falardien Jean-Paul Tessier prendra le chemin de la prison pour une période variant de 30 à 90 jours ou jusqu'à 18 mois pour avoir intimidé le procureur de la Couronne, Me Jean-Sébastien Lebel.

«Le crime est d'une gravité importante. L'intimidation a été faite à l'endroit d'un avocat de la Couronne. De plus, il y a eu une certaine préméditation de la part de l'accusé, car il était dans un certain état d'esprit tout au long du procès. Il avait d'ailleurs été rappelé à l'ordre à quelques occasions par le juge. Le geste qu'il a commis était sans équivoque et il l'a en plus fait en Cour , a expliqué Me Jean Caron, de la Couronne.

«Pour ces raisons, nous allons demander une sentence de 18 mois d'emprisonnement et l'accusé devra fournir un échantillon d'ADN et il lui sera interdit d'avoir des armes à feu pour une période de 10 ans.»

Pour sa part, Me Louis Belliard a plutôt suggéré une peine variant de 30 à 90 jours, sachant qu'il ne peut demander une sentence en société en raison des nouvelles mesures du Code criminel canadien.

«Mon client n'est pas un criminel d'habitude. Il ne comprend pas tout à fait ce qui se passe, car il est convaincu qu'il n'a jamais voulu intimider Me Lebel par les paroles qu'il a tenues ou le geste qu'il a posé.»

«Je ne crois pas qu'une longue peine d'emprisonnement soit nécessaire. Mon client a déjà passé un peu plus de trois mois en prison pour une histoire de voies de fait simple et il a eu sa leçon. Il a tout perdu, sa maison et son boulot», a renchéri Me Belliard.

Mardi, durant son témoignage, Tessier a nié avoir mimé un pistolet avec ses mains, mais a reconnu avoir traité Me Lebel de «sale» et de «trou de cul». Il a dit avoir été poussé à bout par le procureur de la Couronne. Une amie de Tessier est venue dire aussi que le geste n'avait rien de l'image d'un pistolet.

Pour sa part, Me Lebel, le policier Nicolas Lachance et la greffière ont raconté avoir véritablement vu l'accusé prendre ses mains, placer les pouces en l'air et pointer les index vers l'avant comme si cela était un pistolet.

La décision sera rendue le 25 novembre.

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