Noyade de Pierre Dufour: la thèse du suicide confirmée

Porté disparu par ses proches, Pierre Dufour avait... (Archives Le Quotidien, Rocket Lavoie)

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Porté disparu par ses proches, Pierre Dufour avait été retrouvé à proximité de l'endroit où il avait plongé, au bout du quai de Saint-Rose-du-Nord, par les plongeurs de la SQ, le 16 juin.

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Normand Boivin
Le Quotidien

Pierre Dufour, ancien responsable des affaires étudiantes et communautaires du Cégep de Jonquière, s'est volontairement enlevé la vie par noyade. C'est la conclusion que fait le coroner Sylvain Truchon à la suite de son enquête rendue publique mercredi matin.

Aux prises avec des problèmes personnels importants et vivant une situation difficile à son travail, il n'aurait pas supporté voir ternir sa réputation et aurait décidé de se donner la mort en simulant un accident de plongée sous-marine.

L'homme de 45 ans est passé à l'acte au quai de Sainte-Rose-du-Nord le 14 juin 2015. Lors de l'autopsie pratiquée, le pathologiste n'a relevé la présence d'aucune substance ayant pu contribuer à cette mort ni indice pouvant laisser croire à un accident de décompression. De plus, l'analyse de son équipement de plongée ne révèle aucune malfonction. Toutefois, les plongeurs de la Sûreté du Québec ont constaté qu'il s'était trop lourdement lesté et qu'il avait saboté son système de remontée en cas d'urgence.

Derniers instants

Dans son analyse, Me Truchon retrace les derniers instants qui ont mené M. Dufour, un plongeur expérimenté, à périr par 45 pieds de profondeur dans les eaux froides et noires du Saguenay.

Il relève ses démarches infructueuses pour se trouver un compagnon avec qui plonger et le témoignage des personnes qui l'ont vu s'engager dans la rivière sans jamais remonter en cette fin de journée du 14 juin 2015.

Porté disparu par ses proches le lendemain matin, il avait été retrouvé à proximité de l'endroit où il avait plongé, au bout du quai de Saint-Rose, par les plongeurs de la SQ le 16 juin. Dès lors, les rumeurs de suicide avaient commencé à courir.

Stratagème

Pierre Dufour a le niveau de «maître plongeur», mais n'a pas pratiqué son sport depuis plusieurs années lorsqu'il informe ses proches de son désir d'aller plonger à Sainte-Rose le week-end des 13 et 14 juin 2015.

Il communique avec un premier individu pour s'enquérir s'il est disponible pour la plongée, mais celui-ci lui répond qu'il donne une formation tout le week-end. Ne disposant plus du matériel nécessaire, il communique avec une seconde personne dans le but de louer un équipement de plongée, et ment en prétendant qu'il a fait au moins cinq plongées au cours des derniers mois pour maintenir sa qualification. «Il communique de nouveau avec la première personne contactée pour lui demander si elle désire plonger à Sainte-Rose-du-Nord, sachant pertinemment que cette personne n'est pas disponible pour cette plongée», écrit le coroner Truchon.

Selon ce dernier, la violation de la règle de base - qu'il connaissait fort bien - voulant qu'un plongeur n'aille jamais seul sous l'eau, ainsi que la scène où son corps a été retrouvé, ont rapidement soulevé des doutes chez les enquêteurs de la SQ.

En effet, «bien que l'équipement porté par M. Dufour soit en bon état de fonctionner, celui-ci était trop lourdement lesté pour un homme de son poids, et en plus les pesées se situaient directement dans les poches de la veste compensatrice. De plus, un mécanisme visant à gonfler, en cas de besoin, la veste compensatrice permettant une remontée d'urgence a été rendu inopérant. Dans l'eau, les plongeurs ont retrouvé M. Dufour au fond, son masque et une palme à proximité. Le tuyau d'air avait été coupé», écrit le coroner.

Coincé

Ce constat et les résultats de l'enquête qui a suivi étayent la thèse du geste volontaire.

Car le 11 juin, M. Dufour, qui jouissait jusqu'alors d'une excellente réputation, avait été convoqué par son supérieur hiérarchique qui avait constaté certaines irrégularités. À l'époque, Le Quotidien rapportait qu'on l'avait interrogé sur des dépenses injustifiées de 157 000$. Les réponses fournies ayant été insuffisantes, les deux parties s'étaient fixé un autre rendez-vous le 15 juin.

«Jouissant d'une excellente réputation dans sa communauté, notamment d'une réputation de personne performante dans l'exécution de son travail, auprès de son employeur, M. Dufour s'est vu acculé à une perte de son image provoquée par les récents événements faisant l'objet de l'enquête de son employeur. Il a donc mis en place, par des subterfuges, un scénario visant à masquer en accident un suicide bien planifié. M. Dufour a fait croire qu'il demandait la présence d'une autre personne pour plonger à Sainte-Rose-du-Nord, sachant pertinemment que cette personne n'était pas disponible. Il a obtenu la location du matériel de plongée en indiquant faussement au responsable qu'il était en règle et autorisé à effectuer des plongées.

«La violation de la règle la plus élémentaire de prudence en plongée de même que l'utilisation des subterfuges mentionnés précédemment permettent de conclure que M. Dufour s'est volontairement enlevé la vie en tentant de camoufler le tout en accident», conclut Me Sylvain Truchon.

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