La tumeur de Manzerolle pourrait expliquer sa perte de mémoire

La tumeur au cerveau qu'avait Bertrand Manzerolle a pu causer des crises... (Archives Le Quotidien, Isabelle Tremblay)

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Louis Potvin
Le Quotidien

La tumeur au cerveau qu'avait Bertrand Manzerolle a pu causer des crises d'épilepsie suivies de période de perte de mémoire. C'est ce qui pourrait expliquer qu'il ne se souvient pas d'avoir fait le vol qualifié au Dépanneur Pierrette de Dolbeau-Mistassini.

C'est l'hypothèse qu'a soumise le médecin psychiatre Pierre Gagné lors de son témoignage au procès de Manzerolle. Le 18 février 2016, Bertrand Manzerolle s'est fait retirer un méningiome, une tumeur de 4 cm par 3,5 cm par 2 cm près de la tempe droite.

Selon ce médecin qui pratique à Sherbrooke depuis 43 ans, ce type de tumeur aux méninges fait une pression sur un secteur du cerveau quand elle enfle et peut causer des troubles de comportement, d'irritabilité, des sautes d'humeur et développer de l'épilepsie de type temporale.

Les personnes atteintes de cette forme d'épilepsie subissent des crises qui peuvent durer d'une à deux minutes. Puis peut suivre une période de confusion qui altère l'état de conscience qui peut durer en moyenne de 10 à 15 minutes. La personne ne se souvient plus de ce qu'elle a fait dans cette période.

L'avocat de Manzerolle, Me Sylvain Morissette, a demandé au médecin si c'est possible que son client ne se souvienne plus du vol. « Pas pendant la crise, mais après, c'est beaucoup plus vraisemblable. Sa conscience a pu être altérée et il ne s'en souvient plus. Ce n'est pas un geste volontaire », a-t-il répondu.

Selon son expérience et la littérature qu'il a consultée, la tumeur peut expliquer l'état dépressif dans lequel s'est retrouvé Manzerolle quelques années avant de commettre son crime en août 2015.

Comme Manzerolle buvait beaucoup d'alcool, le médecin a par contre affirmé qu'il ne pouvait pas exclure que ces abus puissent jouer dans l'explication des phénomènes que l'accusé lui a décrits lors de ses deux rencontres pour l'évaluer.

Contre-interrogatoire

La procureure de la Couronne, Me Julie Villeneuve, a confronté le médecin Pierre Gagné sur ses théories. Elle lui a demandé si l'état constaté dans le dépanneur quand Manzerolle a fait son vol était cohérent avec un état altéré alors qu'il marchait normalement et a pigé dans le tiroir-caisse. De plus, elle lui a demandé comment expliquer qu'il s'est débarrassé du chandail qu'il portait et de la fausse arme utilisée.

Le médecin a indiqué que c'était possible d'être dans un état altéré, mais difficile à percevoir. Pierre Gagné conclut que Manzerolle était dans cet état parce qu'il lui avait mentionné qu'il avait eu des bouffées de chaleur, que son rythme s'était accéléré et qu'il avait cru s'évanouir avant d'entrer dans le dépanneur. Des signes avant-coureurs d'une crise d'épilepsie temporale.

Le juge Pierre Simard lui a aussi reposé la question en lui demandant d'expliquer pourquoi Manzerolle avait une fausse arme sur lui avant d'avoir son épisode d'épilepsie. Ce qui pouvait démontrer une certaine préméditation. Le médecin n'a pas été en mesure de l'expliquer.

Pas une certitude

L'expert a convenu qu'il s'agissait « d'une hypothèse que je soutiens à partir de la tumeur qui était présente et de son témoignage et de ceux de membres de sa famille. Ce n'est pas une certitude. »

Me Villeneuve lui a demandé pour quelle raison il n'a pas investigué dans son rapport sur les médicaments que Manzerolle prenait à l'époque du crime et sur sa consommation excessive d'alcool ; il buvait une trentaine de bières par jour. Il n'a pas cru bon le faire. Pourtant, il a affirmé plus tard dans son témoignage que la consommation excessive d'alcool provoquait de l'amnésie, et ce, même quand les jours où la quantité absorbée n'était pas importante.

Face aux questions soulevées lors de son interrogatoire, Me Julie Villeneuve songe à consulter un autre expert pour obtenir une contre-expertise. Elle va faire connaître sa décision aujourd'hui.

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