L'alcool au volant: un fléau toujours présent

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La conduite avec les facultés affaiblies demeure un fléau. Dans la seule matinée de mardi, le juge Jean Hudon, de la Cour du Québec, a reçu une douzaine de nouveaux dossiers.

Malgré les campagnes de sensibilisation, le fait de perdre son permis de conduire pendant une année et de se faire imposer des amendes salées, les palais de justice rendent quotidiennement des peines pour les conducteurs pris à conduire avec les facultés affaiblies. La principale raison est que le jugement est affecté par la boisson.

Les dossiers traités mardi n'avaient pas été enregistrés au cours de la fin de semaine, mais dans les semaines et les mois précédents. Des gens qui avaient été libérés sous promesse de comparaître.

«J'ai l'impression que c'est le jour de la marmotte», a laissé tomber le juge Jean Hudon, de la Cour du Québec.

Il a lancé cette phrase après avoir accepté un troisième plaidoyer de culpabilité en l'espace de 30 minutes. Trois accusés qui ont plaidé coupables, qui ne voulaient pas être défendus par un avocat et qui voulaient régler leur dossier. Deux ont reçu une amende de 1300$ (plus les frais et la suramende) et un autre a écopé d'une amende de 1000$ (aucun fait aggravant). Pour les neuf autres dossiers, les individus étaient représentés par un procureur et les dossiers ont été remis au mois de septembre.

«Les cas de conduites avec les facultés affaiblies représentent le tiers de mes dossiers», mentionne Me Julien Boulianne.

«Qu'est-ce qui fait qu'il y a toujours autant de cas? C'est en raison du jugement. Mis à part les récidivistes, lorsqu'une personne est à jeun, elle va toujours dire qu'elle ne prendra jamais le volant après avoir consommé de l'alcool. Mais une fois l'alcool consommé, le jugement de l'humain diminue. Le conducteur se dit qu'il est correct et qu'il n'a pas tant consommé que ça», poursuit Me Boulianne.

De plus en plus de citoyens n'hésitent pas... (Archives Le Quotidien, Michel Tremblay) - image 2.0

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De plus en plus de citoyens n'hésitent pas à dénoncer les conducteurs dont la conduite semble problématique.

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Le son de cloche est le même pour Me Olivier Théorêt, du service de l'Aide juridique.

«Les gens ont un bon jugement à jeun. Mais dès qu'il y a une consommation, on dirait que les conducteurs ne réfléchissent plus aux conséquences. L'alcool au volant demeure un fléau», dit-il.

«Il faut aussi savoir qu'il y a de plus en plus de gens qui dénoncent ces situations. Ça peut être le propriétaire d'un restaurant ou d'un bar, un serveur ou un client. Même les membres de la famille communiquent avec les policiers pour dénoncer. D'autres utilisent les cellulaires lorsqu'ils suivent un véhicule dont la conduite n'est pas appropriée. Et ils vont jusqu'à suivre la voiture jusqu'à l'arrivée des policiers», ajoute Me Théorêt.

Le temps

Lorsqu'une personne a consommé, le seul moyen d'éliminer l'alcool dans le sang, c'est le temps. Pas deux, trois ou quatre cafés.

En moyenne, il faut savoir qu'un être humain élimine environ 15 milligrammes d'alcool à l'heure. Il peut arriver qu'un individu, qui a pris une grande quantité d'alcool, décide de rester à coucher chez un ami avec un taux d'environ .200. Il prend la peine de dormir cinq ou six heures et à son réveil, il reprend son véhicule.

«Il y a de très fortes chances qu'il soit encore en état d'ébriété. Avec une élimination de 15 mg à l'heure, dormir six heures permet de réduire le taux de .200 à .110. Et à ce taux, une personne est en contravention. Mais les gens n'y pensent pas toujours et ne comprennent pas ce qui se passe lorsqu'ils sont interceptés», indique Me Boulianne.

Les conducteurs fautifs rapidement dénoncés

La conduite avec les facultés affaiblies est de moins en moins tolérée. De nombreux citoyens n'hésitent pas un instant à prendre leur cellulaire et à dénoncer les conducteurs fautifs aux services policiers.

Les répartiteurs de la Sûreté du Québec (SQ) et de la Sécurité publique de Saguenay (SPS) reçoivent de plus en plus d'appels de citoyens prêts à signaler une conduite erratique. Depuis l'arrivée des téléphones cellulaires, cette pratique est devenue régulière.

«Plus de 50 pour cent des arrestations pour les conduites avec les facultés affaiblies proviennent d'appels des citoyens. Ces gens vont jusqu'à suivre le conducteur fautif et à donner leur version aux policiers», raconte Bruno Cormier, porte-parole de la SPS.

«Nous recevons aussi des appels de personnes dans des bars ou dans des partys. Nous avons des signalements concernant des conducteurs qui se rendent au service à l'auto et qui ont une conduite particulière ou qui ont de la difficulté à passer leur commande. Je crois qu'il y a une prise de conscience collective. Les gens veulent de plus en plus faire leur part», note-t-il.

À la SQ, le relationniste Jean Tremblay abonde dans le même sens. Le territoire de la SQ est beaucoup plus vaste à couvrir que celui de Saguenay et la population y est plus éparpillée.

«Nous avons aussi de plus en plus d'appels. Je dirais qu'en moyenne, un citoyen dénonce une conduite avec les facultés affaiblies chaque jour. Le nombre de dénonciations est en hausse», remarque-t-il.

«Ce n'est pas d'aujourd'hui que ça se fait. Dans le passé, bien des gens appelaient les policiers à partir des bars et des hôtels. Ils tenaient à dénoncer un conducteur après l'avoir avisé de ne pas prendre son véhicule. Mais il faut avouer que la venue des cellulaires augmente le nombre de dénonciations», indique Jean Tremblay.

Les deux principaux corps policiers de la région tiennent toujours des barrages policiers. De chaque côté, il y en a environ un par semaine. Les barrages sont intensifiés durant la période des Fêtes.

Et c'est sans compter que les policiers recommandent souvent à des gens, dans des festivals, de ne pas prendre leur véhicule, car ils semblent en état d'ébriété. Malgré cela, certains n'en tiennent pas compte et se font prendre dans les minutes suivantes.

Tolérance zéro?

À force de voir que de nombreux nouveaux dossiers font leur apparition sur le rôle des comparutions, certains se demandent si les campagnes de promotion de la Société de l'assurance-automobile du Québec et du gouvernement du Québec atteignent véritablement leur cible.

«Quant à moi, même si je sais que ça ne fera pas plaisir à bien des gens, la seule façon d'y parvenir, c'est d'appliquer la tolérance zéro. Même de réduire la limite de l'alcoolémie à .05 n'est pas une solution, indique Me Julien Boulianne.

«Ou encore, il faut avoir un plan défini avant de décider de prendre un verre. Il faut prendre des arrangements avec un ami ou prévoir prendre un taxi. Mais il ne faut pas attendre une fois que l'on a consommé. À partir de là, les gens n'ont plus la même façon de penser», conclut Me Boulianne.

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