Procès Yves Martin: un bracelet détecteur d'alcool proposé

Yves Martin est accusé d'avoir fauché la vie... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Yves Martin est accusé d'avoir fauché la vie d'une petite famille le soir du 1er août 2015, dans le rang Saint-Paul à Laterrière.

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Laura Lévesque
Le Quotidien

Yves Martin portera un bracelet GPS détectant la prise d'alcool s'il est libéré pendant les procédures judiciaires. C'est ce qu'offre la défense pour garantir la sécurité du public si le juge accepte la demande du récidiviste, accusé d'avoir fauché la vie d'une petite famille le soir du 1er août 2015, dans le rang Saint-Paul à Laterrière, au Saguenay. Martin, rappelons-le, fait face à des accusations de conduite dangereuse, de conduite avec les facultés affaiblies et de négligence criminelle ayant causé la mort de Mathieu Perron, Vanessa Tremblay-Viger et de leur enfant, Patrick.

Yves Martin serait le premier accusé au Québec à utiliser ce système en attendant un procès.

«Il n'y a pas de causes répertoriées au Québec qui ont utilisé ce processus-là. En Ontario, un peu, mais pas beaucoup. Il faut le dire, la technologie est nouvelle», a commenté Me Jean-Marc Fradette, l'avocat de Martin.

«Avec ce bracelet, on est en mesure de savoir où se trouve l'accusé en tout temps. Il permet de voir si les heures d'entrée sont respectées. Mais ce qui est révolutionnaire, c'est que le bracelet est muni d'un détecteur d'alcool qui fonctionne par sudation. Le bracelet est directement sur la peau. Dès qu'on consomme, notre peau fait une sudation et ça informe l'ordinateur. Et les autorités sont avisées immédiatement et peuvent ensuite constater de visu s'il a consommé», a décrit Me Fradette.

Le port de ce bracelet s'ajoute aux autres garanties offertes lors de la première enquête sur le cautionnement, soit un passage en thérapie et une caution de 100 000$. Me Fradette croit que cet ajout jouera en faveur d'une libération.

«C'est une sécurité additionnelle pour le public. Dans un cas de remise en liberté, le juge a à se poser la question, "un public bien informé en droit va perdre confiance dans le système de justice"?» Je pense qu'on peut d'ores et déjà dire non, car l'accusé est sous une surveillance 24 heures sur 24. Il n'est pas en danger de consommation. Dans ce sens-là, la population est bien informée et ne sera pas frustrée que M. Martin soit remis en liberté», a affirmé l'avocat de Martin.

Plusieurs membres de la famille des victimes étaient... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque) - image 2.0

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Plusieurs membres de la famille des victimes étaient présents au Palais de justice de Chicoutimi. Certains ont d'ailleurs quitté la salle lorsque Martin a témoigné.

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« Il faut que je m'en sorte »

(LL) - «Je suis écoeuré de ça (boire). Il faut que je m'en sorte.» Même s'il n'en est pas à sa première accusation en matière d'alcool au volant, Yves Martin assure que cette fois-ci est différente. Il est enfin prêt à se prendre en main, a répété l'accusé qui a témoigné pendant son enquête sur le cautionnement, qui se tient cette semaine au Palais de justice de Chicoutimi.

«Un alcoolique, tu ne peux décider pour lui. C'est lui qui décide quand il est prêt», a exprimé Martin, pour justifier l'absence de prise en main dans ses deux premiers dossiers de facultés affaiblies survenus en 2003 et 2009.

L'homme de 36 ans a témoigné avec assurance et même aplomb devant le juge Jacques Trudel. Un témoignage qui a été insoutenable pour certains membres de la famille des victimes qui ont quitté la salle en pleurs et parfois en colère. Yves Martin a uniquement abordé son problème d'alcool, évitant de commenter les faits de la cause pour éviter de nuire à sa preuve en vue du procès.

Sa soeur, une travailleuse sociale de carrière, a témoigné en faveur de sa libération. Elle a d'ailleurs offert d'accueillir son frère chez elle, à sa sortie d'une thérapie de plusieurs semaines. Depuis l'incarcération de Martin, il y a huit mois, les deux se parlent presque tous les jours. «Je suis une confidente pour lui, comme lui il m'aide quand j'ai besoin. Mais depuis huit mois, c'est moi qui le supporte», a exprimé Émilie Martin.

Cette dernière ainsi que ses parents ont également offert une caution de 100 000$. Une maison de thérapie est également prête à accueillir Martin dès sa libération. Un employeur a aussi confirmé son intention d'embaucher l'accusé.

«Yves Martin a dit au juge que dans les huit derniers mois, il a grandi, il a pris de la maturité. Il était sincère. Il a été capable de l'exprimer, mieux qu'à la première enquête. Et lorsqu'on voit que la famille est toujours là, huit mois plus tard, que les cautions sont là, et que même un employeur est prêt à l'engager, c'est bon signe», a exprimé Me Jean-Marc Fradette.

L'enquête sur remise en liberté se poursuit mercredi avec le témoignage d'un représentant de la maison de thérapie et d'un dirigeant de l'entreprise qui conçoit les bracelets détectant l'alcool.

Deuxième enquête pour remise en liberté

Yves Martin a déjà subi une première enquête pour sa remise en liberté en septembre dernier. Mais le juge Michel Boudreault a refusé de libérer le récidiviste en ordonnant sa détention pour toute la durée des procédures légales. Une décision contestée par l'avocat de l'accusé, Me Jean-Marc-Fradette, qui a reproché au juge d'avoir fait une procédure inhabituelle pendant l'enquête, soit de demander de nouveaux éléments de preuve aux policiers sans en aviser les avocats. Me Fradette a finalement eu gain de cause. Un juge de la Cour supérieure a déclaré illégale la décision du juge Boudreault, de la Cour du Québec, ce qui force la tenue d'une deuxième enquête pour remise en liberté qui se poursuit mercredi au Palais de justice de Chicoutimi.

Traces de freinage et vitesse

Aucune trace de freinage n'a été décelée sur les lieux de l'accident, mais ça ne signifie pas que les deux conducteurs n'ont pas pesé sur la pédale de frein. D'après l'explication de Me Jean-Marc Fradette, ce sont les freins ABS qui minimisent les traces. Car selon les données informatiques recueillies dans le véhicule de Martin, il roulait à 127 km/h quelques secondes avant l'impact. Mais au moment de la collision, il roulait à 74 km/h. «En quelques secondes, c'est moitié moins vite. Ce qui laisse penser qu'il a bel et bien freiné», a pointé Me Fradette. Ce dernier compte obtenir ces mêmes informations sur le véhicule des victimes. Pour une raison qu'il ignore, il n'a toujours pas reçu ces données.

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