De la Couronne à la défense

Me Jean-Marc Fradette.... (Archives Le Quotidien)

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Me Jean-Marc Fradette.

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Même s'il défend des meurtriers, des chauffards, des voleurs, des fraudeurs ou des ivrognes au volant, Me Jean-Marc Fradette n'hésite pas à dire que 99 pour cent de sa clientèle est agréable.

En décembre 2015, l'Almatois célèbre son 25e anniversaire à titre de criminaliste. Mais il est avocat depuis un peu plus de 30 ans.

Car avant de passer « du côté obscur de la force », Me Fradette a entrepris sa carrière au sein de la Couronne. En 1986, il a oeuvré pour le ministère public à Sherbrooke durant une année, avant d'en passer un peu plus de trois à Chicoutimi. Et il est retourné en Estrie pour une dernière année.

« À la Couronne, je me suis rendu compte que la grande majorité de ma clientèle était agréable à servir. J'ai vu que ces gens avaient besoin d'aide à un moment de leur vie. Oui, ils ont commis une infraction, mais avant toute chose, ce sont des êtres humains. Il arrive fréquemment que les accusés vivent une période difficile de leur vie, ce qui va les amener à commettre une mauvaise action. »

« Ce que j'essaie, c'est de faire ressortir du positif de chaque situation. Notre but n'est pas de faire acquitter tous nos clients, mais surtout de diminuer les conséquences de leurs gestes », lance le criminaliste.

Parmi les autres raisons pour expliquer le changement de cap, il y a l'aspect monétaire. Mais surtout, il y a le cadre trop strict du ministère public.

« Si plusieurs avocats ont quitté la Couronne pour l'argent, je ne peux pas dire qu'il s'agissait de ma première motivation. Je suis parti en raison de l'encadrement, qui était de plus en plus politique. Ce sont les directives gouvernementales, à l'époque, qui dirigeaient les procureurs de la Couronne. On se devait de faire les choses à leur façon », note-t-il.

Jean-Marc Fradette estimait ne plus avoir la marge de manoeuvre nécessaire pour travailler. Si un individu commettait deux fois le même genre d'infractions, comme une conduite avec les facultés affaiblies, en l'espace de cinq ans, l'avis de récidive était automatique.

« Pas question de l'oublier même si la première infraction remontait à quatre ans et dix mois ou encore s'il avait réussi une thérapie et avait été sobre durant 12 ou 18 mois. Aucune discrétion. Il fallait gérer selon les directives », ajoute Me Fradette.

La deuxième raison qui l'a poussé à ouvrir son propre cabinet en était une monétaire. À sa dernière année à la Couronne, en 1990, Me Fradette a touché un salaire de 28 000 $. Il se tapait les procès les plus compliqués. Il pouvait travailler 80 heures par semaine pour certains dossiers.

« À l'époque, je ne voyais pas le jour où le gouvernement accepterait de donner des salaires décents pour le travail à faire. Il y avait une absence de respect pour les procureurs. Il ne faut pas oublier que la Couronne a de grandes responsabilités. Ils ont le fardeau d'accuser ou non une personne. Ils savent que ça aura un impact majeur. »

Aujourd'hui, en défense, le nom de Jean-Marc Fradette n'est plus à faire au Saguenay-Lac-Saint-Jean, comme à la grandeur du Québec. Mais au moment d'enfiler la toge de la défense, ce n'était pas aussi évident.

« Au début, il faut faire ses preuves. Une fois que celles-ci sont faites, les clients viennent plus facilement à ton bureau, mais ce n'est pas toujours facile. Plusieurs criminalistes ne font pas beaucoup d'argent. Si tu travailles fort, tu vas y arriver. Mais celui qui ne veut pas trop s'investir risque de trouver le temps long », précise-t-il.

Autre élément, Jean-Marc Fradette n'a plus de contraintes. Il a une liberté d'action totale pourvu que les règles soient respectées.

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Me Dominic Bouchard.

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Le petit côté «bad boy» de Me Bouchard

L'avocat en défense Dominic Bouchard a entrepris sa nouvelle vie au privé en allant rendre visite à une dizaine de détenus à la prison de Chicoutimi. C'était en 2007, environ neuf ans après avoir commencé à envoyer les bandits derrière les barreaux.

L'associé du bureau Cantin, Bouchard, Boulianne de Jonquière est l'un des procureurs à avoir troqué sa toge de procureur de la Couronne pour celle de la défense.

Me Bouchard n'était pas destiné nécessairement à devenir criminaliste, mais n'était pas non plus étiqueté comme un procureur de la Couronne.

En fait, le passage du ministère public à une étude privée d'avocats n'a même pas été trop compliqué pour Me Bouchard.

Il a entrepris sa carrière en 1998 à la Couronne de Québec. Il s'est ensuite dirigé vers Valleyfield et Gatineau. Il est revenu à son bureau d'origine en 2001 pour y demeurer jusqu'au 31 mars 2007.

C'est là qu'il est devenu associé du bureau de Me Charles Cantin.

«Je ne peux pas dire que j'étais destiné à la Couronne ou à la défense à la fin de mes études. J'avais fait des stages chez des criminalistes de la région et j'avais bien aimé mon expérience», indique-t-il.

«Mais parallèlement, j'avais déposé une demande à la Couronne. J'ai toujours dit que la Couronne était une école incroyable. Nous sommes lancés dans l'action rapidement. Après deux ans, j'ai eu à plaider mon premier dossier de meurtre. Un individu avait tranché la tête à une personne à Saint-Romuald pour une dette de drogue. La Couronne, c'est formateur», reprend l'avocat jonquiérois.

Malgré tout, son passage au privé n'a pas constitué une surprise incroyable.

«J'ai toujours eu un petit côté "bad boy". Même à la Couronne, il m'arrivait de côtoyer des criminalistes. À ce moment-là, les individus accusés n'ont pas décidé du jour au lendemain de commettre des crimes gratuits. Il y a toujours un cheminement qui les amène à tomber dans la criminalité. À la Couronne, j'essayais de faire la part des choses pour les sentences. Le lien a été facile à faire.»

«Le premier soir où je suis passé au privé, Me Cantin m'a amené au centre de détention de Chicoutimi. C'était un dimanche soir. On était au parloir et on a rencontré une dizaine de clients. Ce fut l'occasion de me mettre dans le bain et de créer des contacts afin de les comprendre et de les défendre», note Me Bouchard.

Même si le passage s'est fait assez facilement, il ne s'est tout de même pas réalisé du jour au lendemain. Me Charles Cantin l'avait approché six mois auparavant. Il avait besoin d'un avocat pour plaider divers dossiers et mener des procès. «Charles m'avait rassuré sur ce que je pourrais faire. Je quittais tout de même un emploi permanent dans lequel je menais de gros dossiers. Et il y avait aussi en partie l'aspect financier. À l'époque, je n'étais pas payé en temps supplémentaire lorsque je menais des causes de meurtre. J'étais un peu excédé de voir cette situation», mentionne l'avocat, qui ne regrette pas sa décision de 2007.

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