«La décision la plus appropriée»

Me Jean Marc Fradette souligne l'incompréhension du public... (Archives Le Quotidien, Rocket Lavoie)

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Me Jean Marc Fradette souligne l'incompréhension du public devant un homme déclaré non coupable dans des circonstances apparemment reliées à la vengeance.

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Selon deux criminalistes de la région, le verdict de culpabilité prononcé par le jury envers Guy Turcotte était celui « attendu » par la population et il permettra aux citoyens de retrouver confiance dans le système de justice.

« Pour ceux qui suivent les affaires juridiques assez assidûment, il s'agira sans doute de la décision la plus appropriée. Il semblerait que justice ait été rendue », annonce Me Jean-Marc Fradette en gardant une attitude neutre.

Me Dominic Bouchard considère que le verdict « vient apaiser les souffrances que les gens ont eues en voyant le geste de Guy Turcotte », coupable du meurtre non prémédité de ses deux enfants de façon violente. « J'ai toujours soutenu qu'au point de vue clinique, le trouble de l'adaptation était insuffisant pour la thèse de non-responsabilité criminelle », poursuit l'avocat qui s'était insurgé contre la remise en liberté de l'accusé en attente de son deuxième procès. Selon lui, si les jurés étaient parvenus à la même conclusion que le premier jugement, cela « aurait lancé un très mauvais message à la population, comme quoi tous ceux qui vivent des difficultés auraient pu se justifier de commettre l'irréparable ».

Incompréhension

Me Fradette souligne l'incompréhension du public devant un homme déclaré non coupable dans des circonstances apparemment reliées à la vengeance. « Le témoignage de l'infirmière, qui confiait avoir entendu Guy Turcotte dire qu'il voulait faire du mal à son ex-conjointe Isabelle Gaston, a sûrement été catastrophique pour la défense. Ça n'avait pas été montré durant le premier procès, analyse-t-il. Les experts de la Couronne ont aussi été beaucoup plus clairs sur la notion de trouble mental. »

Le jugement rendu dimanche est de bon augure pour l'univers judiciaire, selon Me Bouchard. « Ça rétablit l'équilibre. Le premier procès avait rendu les citoyens cyniques devant le système de justice, mais ils peuvent maintenant retrouver toute la considération qu'ils devraient normalement avoir envers lui », déclare celui qui a confiance dans le mode de procès devant jury.

20 ans ?

Les deux criminalistes ne seraient pas étonnés que le juge, lorsqu'il prononcera sa sentence le 18 décembre, exige une incarcération ferme de 20 ans avant la possibilité de libération conditionnelle prévue dans la peine de prison à vie. Pour un meurtre non prémédité, elle peut varier entre 10 et 25 ans. Dans l'affaire Turcotte, plusieurs facteurs aggravants entrent en compte, tels le double meurtre, le contexte de vengeance, la vulnérabilité des jeunes victimes et la peine incommensurable vécue par la mère, Isabelle Gaston.

Selon Me Fradette, il sera extrêmement ardu pour les avocats de la défense d'interjeter appel, car ils devront trouver une faute de droit dans l'adresse du juge aux jurés, alors que ceux-ci n'ont pas à mentionner les raisons de leur décision. Normalement, c'est ce qui peut justifier une contestation en cour.

Hubert Van Gijseghem: le jury a usé d'un « bon sens clinique »

(DG) - En tant qu'expert en drames familiaux, le psychologue Hubert Van Gijseghem estime que le jury a fait preuve de « bon sens clinique » en déclarant l'ex-cardiologue Guy Turcotte coupable du meurtre non prémédité de ses deux enfants et en réfutant la thèse de la non-responsabilité criminelle, qu'il considère « non tenable ».

Le professionnel montréalais est connu entre autres dans la région pour avoir joué un rôle-clé dans le procès de l'Almatois Stéphan Dufour, qui a été acquitté de l'accusation d'assistance au suicide de son oncle. Selon lui, il est « miraculeux » que les avocats de la défense aient soutenu avec succès la thèse de non-responsabilité criminelle lors du premier procès.

« Normalement, pour invoquer cet article, il faut une pathologie grave. Je ne doute pas que M. Turcotte, lors des faits, souffrait d'un trouble de l'adaptation avec humeur anxieuse, mais il est dangereux et malheureux de considérer ce trouble comme étant grave. Il n'y a rien de comparable à la schizophrénie, à une dépression majeure ou à une psychose, c'est plutôt un état temporaire et bénin », commente le Dr Hubert Van Gijseghem en entrevue téléphonique.

Le psychologue juge que le verdict tombe comme une bonne nouvelle dans le monde juridique et celui des experts. « Dans des situations comme celle-là, notre image n'en sort franchement pas grandie. Voir des experts qui épousent si étroitement la thèse de la défense, c'est gênant. Aux yeux du public, la psychiatrie ne mérite plus l'appellation de science. »

Le Dr Van Gijseghem explique la situation « invraisemblable » du procès Turcotte par le fait que les psychiatres, contrairement aux psychologues comme lui, ne se servent pas de tests pour établir leur diagnostic. « Quand on utilise seulement son flair clinique, il y a des risques d'arriver à des opinions contradictoires », croit-il, en faisant référence aux experts de la Couronne qui s'opposaient à ceux de la défense.

Aux yeux du professeur retraité en psycho-éducation, l'état psychologique de Guy Turcotte est loin d'avoir été complètement évalué. « On ne connaît pas le vrai homme qui se cache derrière. Personne ne s'est posé la question, est-il aux prises avec un trouble de la personnalité psychopathique, antisociale ou narcissique? Ce sont des éléments qui mettent la table à un passage à l'acte désordonné comme le sien », affirme le Dr Hubert Van Gijseghem, soulagé que les jurés aient « davantage appris leurs notions de psychiatrie ».

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