Guy Turcotte reconnu coupable de meurtres non prémédités

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Guy Turcotte a fait son entrée accompagné de son avocat.

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Guy Turcotte a été déclaré coupable des meurtres non prémédités de ses deux enfants, au terme de son second procès. Les jurés avaient l'air grave quand ils sont entrés dans la salle d'audience. Ils ont rendu leur décision peu après midi, au septième jour de leurs délibérations.

Assis dans le box des accusés, M. Turcotte n'a eu aucune réaction. Il paraissait résigné. Isabelle Gaston, assise dans la première rangée, s'est mise à pleurer. Quelqu'un a dit: «Yes, merci». 

Le meurtre non prémédité entraîne automatiquement la prison à vie avec une peine minimale de 10 à 25 ans de prison avant d'être admissible à une libération conditionnelle. C'est le juge qui décide de cette période d'inadmissibilité, mais le jury peut faire une recommandation. Le jury est retourné dans la salle de délibération pour prendre une décision, et a finalement décliné l'invitation. Les représentations sur la peine se tiendront le 18 décembre.

M. Turcotte n'est pas ressorti de la salle puisqu'il est détenu dès le prononcé du verdict.

Soulagée

Le procureur de la Couronne René Verret, qui a officié dans ce deuxième procès avec sa collègue MMaria Albanese, a fait valoir qu'ils étaient satisfaits du verdict. «Le jury a fait un travail rigoureux», a-t-il dit, avant de remercier tout le monde, incluant les trois médecins qui ont témoigné pour la Couronne, soit la psychiatre France Proulx, le psychiatre Pierre Bleau, et le médecin toxicologue Martin Laliberté.

Au prononcé du verdict, Isabelle Gaston dit avoir été soulagée, sous le choc. «J'aurais voulu me lever et dire merci. Je suis en paix avec la vie maintenant. Quand tu es une mère, ou un père, tu dois te battre pour tes enfants. Si on accepte la violence d'une personne, c'est comme si on acceptait la violence de tous. Ce serait une grande erreur. Il faut respecter la vie. J'ai perdu mes enfants, demain je ne me lèverai pas avec mes enfants... On peut me reprocher bien des choses, mais deux enfants ont perdu la vie.»

Mme Gaston a aussi parlé des évaluations psychiatriques, qui ont été un cheval de bataille pour elle  après le premier procès. «Dans le scénario idéal, il va y avoir de l'autosurveillance, il faudra faire des règles strictes. La psychiatrie, ce n'est pas si ésotérique que ça.»

Un drame, deux procès

Le drame est survenu le 20 février 2009, dans un contexte de séparation d'avec sa femme, Isabelle Gaston. Celui qui exerçait la profession de cardiologue à l'Hôtel-Dieu de Saint-Jérôme avait poignardé ses enfants à de multiples reprises, dans la maison de Piedmont qu'il louait depuis trois semaines. Il avait bu du lave-glace pour se suicider. Le drame avait été découvert le lendemain, quand ses parents, inquiets, s'étaient présentés chez lui. Tout était verrouillé et personne ne venait répondre. Ils ont appelé le 911. 

Vers 11 h 30 le matin, les policiers étaient entrés par effraction dans la maison et avaient découvert les corps sans vie d'Olivier, cinq ans, et d'Anne-Sophie, trois ans, dans leur chambre respective. Ils avaient été poignardés à de multiples reprises. M. Turcotte avait été trouvé sous son propre lit, taché de vomissures et du sang de ses enfants. Il devait être traité pour empoisonnement au méthanol, ce dont il n'a pas conservé de séquelles physiques. M. Turcotte a présenté une défense de non-responsabilité pour cause de troubles mentaux aux deux procès. Dans les deux cas, le jury devait choisir entre les mêmes verdicts: non coupable pour cause de troubles mentaux, coupable de meurtres prémédités, coupable de meurtres non prémédités ou coupable d'homicides involontaires. Au sixième jour de ses délibérations, le 5 juillet 2011, le jury du premier procès avait conclu que M. Turcotte était non criminellement responsable.

L'issue de ce premier procès avait soulevé l'ire de la population. Beaucoup de gens n'admettaient pas que M. Turcotte, qui convenait avoir tué ses enfants, soit déclaré non responsable. Après le verdict, M. Turcotte avait été transféré de la prison à l'Institut Philippe-Pinel, où il est resté, jusqu'en décembre 2012. Il avait alors été libéré, mais devait se soumettre à certaines conditions, qu'il a toujours respectées. 

En novembre 2013, la Cour d'appel a ordonné un nouveau procès après avoir identifié une erreur de droit dans les directives du juge au jury. Cette erreur avait trait à l'intoxication au méthanol. 

Au cours du procès, le jury a posé quelques questions: il a voulu avoir la définition de l'article 16 (sur la non-responsabilité criminelle) et de l'article 235 (ayant trait aux meurtres.) Mercredi, il a demandé à réentendre le témoignage du psychiatre Pierre Bleau. Celui-ci n'a pas évalué M. Turcotte et ne connaissait que la surface de l'affaire. Il a minimisé l'impact d'un trouble d'adaptation sur le libre arbitre d'une personne et a qualifié ce trouble de «rhume de la psychiatrie».

Enfin, samedi, le jury a demandé si, pour déclarer M. Turcotte non responsable, il fallait que celui-ci réponde aux deux critères de l'article 16, soit, être incapable de juger de la nature et de la qualité de ses actes, ou ne pas savoir qu'ils étaient mauvais. La réponse était dans le mot «ou». Un seul des critères suffit pour être déclaré non criminellement responsable.

Cette option n'a pas été retenue finalement.

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