Turcotte savait ce qu'il faisait, dit un expert

Guy Turcotte... (Graham Hughes, Archives PC)

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Guy Turcotte

Graham Hughes, Archives PC

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Stéphanie Marin
La Presse Canadienne

Guy Turcotte se rendait compte de ce qu'il faisait lorsqu'il a poignardé ses enfants et savait que c'était mal, a affirmé une psychiatre experte mandatée par la Couronne, qui a ajouté que l'accusé n'avait pas perdu contact avec la réalité ce jour-là.

C'est ce qu'a fait valoir la psychiatre France Proulx, mardi, au procès de Guy Turcotte pour meurtre qui se déroule au palais de justice de Saint-Jérôme.

Elle est d'avis - comme les deux experts de la défense - que l'accusé souffrait d'un trouble de l'adaptation le soir où il tué ses deux jeunes enfants, Olivier et Anne-Sophie.

Avec un trouble de l'adaptation, le contact avec la réalité est maintenu, soutient-elle.

«La personne sait ce qu'elle fait et comprend les conséquences de ses gestes», a-t-elle dit.

Elle base cette conclusion notamment sur le fait que Guy Turcotte a dit avoir réalisé qu'il faisait mal à son fils Olivier après lui avoir donné un premier coup de couteau.

L'experte, qui travaille principalement à l'Institut psychiatrique Philippe-Pinel de Montréal, a été mandatée dans ce dossier en 2015 et a rencontré Guy Turcotte une fois pour réaliser son expertise, le 7 août dernier.

Pour elle, le fait que l'accusé a donné 46 coups de couteau à ses enfants démontre «un acharnement», qui aurait pu se produire «dans un accès de rage, de colère. C'est une possibilité», a-t-elle dit.

Car il n'y a pas de preuve de psychose dans son cas, a ajouté l'experte.

De plus, en buvant du lave-glace, Guy Turcotte a choisi de tenter de s'enlever la vie d'une façon «non violente», a-t-elle expliqué. Utiliser une arme à feu est considéré être une méthode violente. Pour elle, son choix pourrait dénoter «une certaine ambivalence», que l'on voit dans des cas où les gens se donnent la possibilité de changer d'idée et d'appeler le 911 ou un proche qui viendrait les sauver.

Un autre psychiatre qui a témoigné à la demande de la Couronne a tenu des propos similaires mardi matin.

Mais contrairement à Mme Proulx, le docteur Pierre Bleau n'a pas examiné l'accusé ni la preuve présentée à son procès criminel: il a été appelé à témoigner pour expliquer des notions générales sur la maladie mentale.

Selon lui, une personne qui souffre d'un trouble de l'adaptation ne perd pas sa capacité de réfléchir et d'être responsable de ses actes.

«Le trouble de l'adaptation, c'est le rhume de la psychiatrie», a illustré le psychiatre, responsable de l'urgence psychiatrique de l'Hôpital général de Montréal et professeur à l'Université McGill.

«Dans 95 pour cent des cas, le trouble de l'adaptation, ça se vit comme dans: «j'ai eu une mauvaise passe'», a-t-il ajouté.

Les deux experts psychiatres de la défense avaient pour leur part affirmé que Guy Turcotte était atteint, le soir du 20 février 2009 lorsqu'il a tué ses deux enfants, d'un trouble de l'adaptation avec humeur anxieuse et dépressive.

Son cerveau était alors «profondément malade», avait déclaré la psychiatre Dominique Bourget, appelée par la défense. Plus tard, elle avait ajouté que son cerveau «était en plein dérapage» et ne fonctionnait pas comme celui d'une personne normale, précisant que Guy Turcotte était ce soir-là déconnecté de la réalité.

L'accusé a admis avoir causé la mort des deux enfants, mais plaide la non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux. Il a témoigné avoir voulu s'enlever la vie en buvant du lave-glace et ne pas se souvenir de tout ce qui s'est passé le 20 février.

Selon le docteur Bleau, le trouble d'adaptation ne signifie pas que le cerveau de l'individu est malade, loin de là. Cette caractérisation est réservée aux maladies qui altèrent physiquement ou biologiquement le cerveau, comme la démence, selon lui.

«Dire que le cerveau est malade, c'est un cliché, qui a été beaucoup utilisé pour vendre des médicaments», a-t-il dit.

Pour lui, le trouble de l'adaptation peut être très aigu et souffrant pour le patient.

«Mais si vous dites que la personne est triste et n'est plus en contact avec la réalité, il y aurait dû y avoir un autre diagnostic. Point à la ligne», a-t-il ajouté.

Le trouble de l'adaptation se règle avec un suivi psychologique. Quatre ou cinq séances, à son avis.

Il a précisé que les psychiatres estiment que de 10 à 15 pour cent de la population souffre de ce type de trouble.

La défense a déclaré sa preuve close mardi matin.

La Couronne a ainsi entamé mardi la présentation de sa contre-preuve qui tourne autour de l'état mental de Guy Turcotte, le soir où il a tué ses deux enfants. Trois témoins experts ont été annoncés.

Le contre-interrogatoire de la docteure France Proulx aura lieu mercredi.

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