Les pyromanes se délectent des médias

Certains incendies ont été allumés dans des poubelles... (Archives Le Quotidien, Michel Tremblay)

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Certains incendies ont été allumés dans des poubelles ou des conteneurs, tandis que d'autres ont ravagé des bâtiments.

Archives Le Quotidien, Michel Tremblay

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Patricia Rainville
Le Quotidien

La vague d'incendies à Saguenay ne serait pas l'oeuvre d'un seul individu. Et les incendiaires qui sévissent actuellement sur le territoire ne se soucieraient pas des victimes potentielles, agiraient par impulsivité et se délecteraient de l'attention que leur portent les policiers et les médias. C'est ce qu'avance le psychiatre Jean Hébert, qui a soigné plusieurs pyromanes au cours de sa carrière.

Joint par Le Quotidien, le psychiatre a bien voulu dresser un portrait de la situation, selon son expérience et selon ce qu'il observe depuis quelques semaines. Jusqu'à maintenant, 19 incendies criminels ont été allumés en un plus d'un mois, à Chicoutimi et à Jonquière.

«Une chose est sûre. S'il y a eu 19 incendies, il y en aura 20. Et il y en aura jusqu'à ce que les policiers les arrêtent», a expliqué le Dr Hébert. Ce dernier a traité plusieurs pyromanes au cours des dernières années. Des pyromanes pervers et des pyromanes atteints de maladies mentales. Selon son expérience, la vague actuelle n'est pas l'oeuvre d'une seule et unique personne. «C'est difficile à dire, mais, selon moi, je ne crois pas qu'il s'agit d'une personne seule. Mais s'il est seul, 19 incendies, ça commence à être un très gros cas», a affirmé le psychiatre. Il n'écarte pas la possibilité qu'il puisse y avoir un pyromane et un autre qui ne fait que profiter de l'occasion pour s'amuser un peu.

Le pyromane pervers

Jean Hébert croit qu'on a affaire à des individus désorganisés, qui agissent avec impulsivité et qui ne se soucient pas des victimes potentielles. C'est qu'il y a plusieurs profils à la pyromanie. Le premier, et le plus rare, est le pyromane pervers, qui ressent un plaisir sexuel devant le brasier. Environ 98% des pyromanes pervers sont des hommes, issus de n'importe quelle classe sociale. «Ça peut être la personne assise à côté de nous au bureau, la personne à laquelle on ne s'y attend pas du tout. Elle agit avec préméditation et cède finalement à une tension qui monte en elle depuis un certain temps. Son but n'est pas de faire des victimes et va surtout choisir des endroits qui ne seront pas occupés. On compare le pyromane pervers à un agresseur sexuel», explique le Dr Hébert.

Ce type de pyromane a une réelle passion pour le feu. «Ils sont difficiles à soigner, puisqu'ils n'admettent pas leur problème. Leur pathologie peut venir d'un traumatisme dans l'enfance par le feu ou d'un événement très plaisant où il y avait également des flammes. Ça peut être aussi simple qu'une belle réunion de famille autour d'un feu de camp. Parfois, on ne trouve pas l'origine. Leur motivation est purement sexuelle», note le psychiatre.

Ces pyromanes resteront sur place lors de l'intervention des pompiers et pourraient être identifiés grâce aux photographies prises des lieux par les autorités.

Maladie mentale

Le second type de pyromane est celui atteint de troubles mentaux. La schizophrénie, par exemple, peut en être la cause. «Certains psychotiques vont entendre des voix qui leur dictent de mettre le feu. C'est la forme la plus courante de pyromanie. Ces individus ne se soucient pas des victimes puisqu'ils n'y pensent simplement pas. Ils délirent et ce n'est pas prémédité», estime le psychiatre. C'est d'ailleurs à ce type de pyromane que le docteur croit avoir affaire actuellement.

«Avec ce que j'ai vu dans ma pratique et ce que je vois présentement, ces incendiaires ne semblent pas agir avec préméditation. Et ce sont sans doute les plus dangereux», souligne-t-il. Ce genre de pyromane peut également rechercher la gloire, via les médias. «On parle surtout de personne ayant un retard mental ou une déficience intellectuelle», ajoute le psychiatre.

«Deux autres types d'incendiaires existent. Soit celui qui agit par vengeance et celui qui espère en tirer un bénéfice financier avec les assurances. Mais, bien évidemment, avec 19 feux, on peut facilement écarter ces deux catégories», a ajouté le Dr Hébert.

Évidemment, le psychiatre ne peut être certain à 100% des théories qu'il avance. Mais il ajoute que les policiers ont affaire à un cas complexe.

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