Prison à vie: des avocats questionnent la décision

Le criminaliste Charles Cantin... ((Photo Jeannot Lévesque))

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Le criminaliste Charles Cantin

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Le premier ministre canadien, Stephen Harper, ne fait que lancer de la poudre aux yeux aux contribuables canadiens en affirmant que les sentences de prison à vie seront de véritables peines de prison à vie.

Du moins, c'est l'avis de trois criminalistes saguenéens qui ont accepté de livrer leur opinion sur la nouvelle promesse électorale du chef du Parti conservateur du Canada, qui en fait une priorité lors de la campagne électorale.

Me Charles Cantin, Me Julien Boulianne et Me Sylvain Morissette analysent cette intention en estimant qu'une telle décision créerait un danger important à l'intérieur des pénitenciers canadiens.

«Ce n'est que de la poudre aux yeux. De toute façon, les pires criminels canadiens, qui ne sont pas réhabilitables, savent qu'ils vont demeurer derrière les barreaux pour le reste de leur vie. Les mesures existent déjà. Notre système judiciaire protège les citoyens des pires criminels», lance Me Boulianne.

«De dire que les sentences à vie seront purgées à vie créerait un danger total à l'intérieur des murs. Une telle mesure ne ferait que tuer l'espoir des prisonniers de pouvoir reprendre leur liberté un jour. Ils n'auraient alors plus rien à perdre», estime-t-il.

Les trois criminalistes s'opposent naturellement à la mesure. Ils croient que des criminels peuvent se réhabiliter. Ils ne peuvent concevoir un individu, ayant commis un meurtre à l'âge de 21 ans alors qu'il était sous l'influence de la drogue, passer toute sa vie à l'ombre.

«Car même si les intervenants estiment qu'il représente un risque assumable pour la société, qu'il s'est bien réhabilité et qu'il pourrait reprendre sa liberté, les mesures Harper feraient en sorte qu'il ne pourrait obtenir cette libération conditionnelle. Il serait encore en prison à 75 ans, plus de 50 ans après les faits», indique Me Morissette.

Le vétéran avocat de la défense, Me Charles Cantin, ne cache pas sa position face à une telle éventualité. Il est contre.

Il sait que la mesure de M. Harper aura de quoi plaire à une partie de la société et à l'électorat.

«C'est vendeur en campagne électorale. Mais est-ce que ça va tenir devant la Cour suprême du Canada? Le premier ministre a vu plusieurs de ses mesures être défaites. Le Code criminel canadien est attaqué de toute part par les décisions du gouvernement conservateur», poursuit Me Cantin.

Ce dernier se demande même si le premier ministre n'a pas l'intention de rétablir la peine de mort.

«Ce qu'il fait est un pas de plus vers la coercition. Il s'était pourtant fait dire par un ex-gouverneur du Texas qu'il faisait fausse route en voulant être plus sévère», se remémore le criminaliste de Jonquière.

Son confrère, Me Morissette, pense aussi qu'il faut plutôt songer à la réhabilitation.

«Le gouvernement devrait penser à des mesures de réhabilitation à la place. La criminalité est en baisse au Canada. Ça démontre qu'il y a des possibilités de réaliser des choses intéressantes sans avoir à mettre les criminels en prison pour la vie», conclut Me Morissette.

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