Les deux individus, qui sont aujourd'hui citoyens canadiens âgés de 19 et 20 ans, sauront demain si la juge Micheline Paradis considère qu'ils répondent aux critères généralement reconnus lui permettant de justifier leur remise en liberté. Les deux frères étaient en visite à Chicoutimi lorsqu'ils ont été arrêtés sur la zone portuaire de Chicoutimi en compagnie de trois autres personnes.
Les policiers, qui avaient obtenu une information en provenance du milieu criminel, avaient retrouvé dans la voiture des stupéfiants et un pistolet Glock .40, dans un sac, avec quatre paires de gants de caoutchouc et des chaussettes. Les procureurs des deux individus, Me Charles Cantin et Dominic Bouchard, ont réussi à réunir des cautionnements de l'ordre de 1000 $ des amies de coeur des individus. Ils ont aussi estimé nécessaire de faire entendre la mère des deux prévenus, Marthe Meyawiman, afin de présenter à la juge Micheline Paradis le vrai visage de cette famille qui a vécu un drame indescriptible, selon les propos de Me Cantin.
« Nous avons été obligés de quitter le Rwanda. De marcher à travers tout le pays. Ils ont vu des choses terribles, marché sur des cadavres. Nous avons passé du temps dans les camps avant de nous rendre au Burundi puisque je suis burundaise. Une fois au Burundi, la guerre a recommencé. Leur père a été tué. Ils ont aussi perdu deux soeurs «, a expliqué la femme, qui a fait le voyage de Montréal à Chicoutimi pour venir soutenir les deux enfants qui sont tout ce qu'il lui reste dans la vie.
À leur arrivée à Montréal, les frères ont rapidement connu des difficultés avec la justice. Ils possèdent tous les deux une feuille de route au tribunal de la jeunesse et ont connu les centres de jeunesse où ils ont séjourné pendant plusieurs semaines. Selon la mère, les jumeaux se trouvaient toujours au mauvais endroit avec de mauvais amis. Ils ont toujours porté le chapeau à la place des responsables des crimes et elle croit que cette malchance se poursuit encore aujourd'hui.
Contre-interrogatoire
Son témoignage est devenu plus difficile en contre-interrogatoire alors que le procureur de la Couronne, Me Michaël Bourget, a amené la mère à confirmer que ses fils n'ont pas toujours respecté les engagements contractés dans d'autres dossiers.
La mère est convaincue que ses fils seront en mesure de respecter de nouveaux engagements si jamais la juge en arrive à la conclusion qu'ils peuvent recouvrer leur liberté. Elle n'a toutefois pas fourni de cautionnement en argent. Quant au nom des frères, qui sont différents, Mme Meyawiman a expliqué que la tradition voulait que les noms traduisent un état lors de la naissance ou aient un lien avec la religion. C'est ainsi que Bususuru signifie « qui n'a peur de rien «.
Dans les plaidoiries, les procureurs de la défense ont rappelé que Woody Laguerre, un autre individu de race noire arrêté dans le cadre de la même opération, avait été remis en liberté par les policiers alors que ce dernier était en attente dans des affaires criminelles très graves. Charles Cantin a de plus mis l'accent sur la thèse voulant qu'un autre individu puisse effectivement avoir fait porter le chapeau à son client dans d'autres crimes.
Dans les autres éléments signalés, la défense allègue que les deux frères, si jamais ils devaient être reconnus coupables des accusations qui pèsent contre eux, soit possession d'arme à autorisation restreinte et trafic de stupéfiants, ne se verraient pas imposer de peines très lourdes. La justice n'a donc pas nécessairement intérêt à les garder derrière les barreaux dans un tel contexte.
Finalement, Me Dominic Bouchard a attaqué la solidité de la preuve déposée jusqu'à maintenant dans cette affaire. Il se dit convaincu que nous sommes loin du « show boucane « fait par les policiers de Saguenay qui ont rapidement monté cette affaire en épingle en associant les frères à des gangs de rue à partir du simple fait qu'ils sont noirs.
Quant à la Couronne, elle a simplement énuméré les manquements constatés dans les engagements déjà contractés devant les tribunaux. Me Michaël Bourget ne croit pas un seul moment que les frères pensent retourner à l'école et a démontré qu'aucun geste concret n'appuyait ces intentions.