Une autre oeuvre restaurée à Saguenay

C'est avec une fierté légitime que Richard Langevin... (Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie)

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C'est avec une fierté légitime que Richard Langevin pose devant la sculpture intitulée Le bois, l'homme et l'eau. Créée il y a 29 ans sur le site de La Pulperie de Chicoutimi, cette oeuvre a été restaurée au cours du dernier mois.

Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie

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Daniel Coté
Le Quotidien

C'est comme une deuxième naissance. La remise en état du monument baptisé Le bois, l'homme et l'eau, 29 ans après sa création, permettra aux nouvelles générations de visiteurs de le découvrir dans des conditions idéales. Lorsqu'ils se rendront à La Pulperie de Chicoutimi, l'oeuvre du sculpteur Richard Langevin, originaire de Jonquière, ne passera plus inaperçue comme ce fut le cas pendant trop longtemps.

« Elle est identique, mais mieux protégée contre les éléments, dont les infiltrations d'eau. La différence est que nous avons pu utiliser des produits d'une qualité supérieure à ceux qui étaient disponibles à l'époque, notamment les scellants. Le musée a aussi enlevé les arbustes qui avaient poussé autour, ce qui la rend plus visible », a souligné l'artiste jeudi, à l'occasion d'une entrevue accordée au Quotidien.

Comme pour lui donner raison, le soleil jetait une belle lumière sur la sculpture réalisée dans la foulée de l'aménagement du musée. Découlant de la politique du 1 %, qui consiste à produire une oeuvre d'art dont le coût équivaut à un centième des fonds déboursés dans le cadre d'un projet supporté par l'État, elle a pour ancrage un mur de soutènement en béton construit au temps de la Compagnie de pulpe de Chicoutimi.

Épaulé par son vieux complice Michel Deschênes, ainsi que le peintre Pascal Picard, Richard Langevin a eu besoin d'un mois pour mener à bien ce chantier. La petite équipe a nettoyé les surfaces de béton qui se déploient sur la partie supérieure du monument, refait les lettres correspondant aux noms et prénoms des ouvriers qui ont formé le premier syndicat catholique d'Amérique du Nord, puis rafraîchi une citation du fondateur de cette organisation, l'abbé Eugène Lapointe.

« Je m'attendais à ce que ça prenne deux semaines, mais je n'avais pas réalisé à quel point le plancher de granit noir était endommagé. Il y a eu du vandalisme. Des gens sont partis avec certains éléments, comme les pitounes taillées dans une variété de granit qu'on appelle le brun de Péribonka. L'eau a aussi pénétré sous les dalles. On a récupéré celles qui pouvaient l'être. Les autres ont été remplacées », décrit le sculpteur.

Il a également repeint en rouge les tiges de métal émergeant du béton, en plus de remplacer des pièces de granit brun recouvrant la partie inférieure du mur. Dans la même foulée, le trio a redonné du relief à deux dessins représentant des travailleurs de l'usine. Le passage du temps les avait rendus quasiment invisibles.

« Je venais souvent sur le site et comme ça dépérissait, j'avais proposé au musée de réparer le monument ou, carrément, de le défaire, relate Richard Langevin. Puis, le Conseil de conservation du Québec a déterminé qu'il pourrait le remettre en état pour 200 000 $, mais comme c'était trop cher, le projet est resté bloqué. J'ai alors proposé de réaliser le travail avec mes gens, à la saguenéenne. Il fallait redonner de l'amour à cette oeuvre. »

Cette option a été retenue par le musée et la ville de Saguenay, dont il vante l'esprit d'ouverture. On a tout fait pour épauler la petite équipe et bientôt, une plaque commémorative, de même qu'un système d'éclairage, permettront de mieux apprécier Le bois, l'homme et l'eau. « On a restauré la sculpture pour 35 000 $, soit le même montant qui avait été investi dans sa construction », précise Richard Langevin avec un brin de fierté dans la voix.

Les travaux menés dans les dernières semaines ont... (Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie) - image 2.0

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Les travaux menés dans les dernières semaines ont rendu lisibles les noms et prénoms des ouvriers de la Compagnie de pulpe de Chicoutimi qui ont fondé le premier syndicat catholique en Amérique du Nord.

Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie

Un hommage aux travailleurs

Le point de départ de l'oeuvre intitulée Le bois, l'homme et l'eau est une citation du fondateur de la Compagnie de pulpe de Chicoutimi, J.-E.-A. Dubuc. « Des étrangers sont venus... Ils ont pris presque tout le pouvoir et tout l'argent... Ils ont pris aussi notre esprit de pionniers, de défricheurs du pays... Ils ont tout pris », avait énoncé l'homme d'affaires, un commentaire qui a fait grande impression sur le sculpteur Richard Langevin.

« C'est raide. On dirait du Armand Vaillancourt, lance-t-il, sourire en coin. C'est ce qui m'a incité à rendre hommage aux travailleurs, des gens qui, à mon sens, avaient du ''guts''. » Graver leurs noms sur le monument a représenté l'une des formes qu'a pris ce coup de chapeau adressé aux anciens. De manière plus subtile, la nature même de l'ouvrage témoigne du respect que l'artiste voue à ces hommes qui, pour la plupart, vivaient dans le quartier du Bassin.

Ainsi en est-il du recours à deux produits provenant du Saguenay-Lac-Saint-Jean : le granit brun et le granit noir. Ils cohabitent avec le béton nu, ainsi que les tiges de métal qui se dressent dans la partie supérieure de l'ouvrage. Aux yeux du Jonquiérois, ces vestiges du complexe industriel fondé en 1896 représentent l'âme de la sculpture.

« On a préservé un artefact et on l'a sacralisé en gardant un côté ''rough''. En même temps, on lui a donné une plus grande valeur en ajoutant du granit prélevé dans la région, un matériau noble, un matériau qui n'est pas tuable », mentionne Richard Langevin. Dans la même optique, il a peint en rouge les tiges évoquées tantôt, « pour leur donner de la classe ».

Les deux dessins représentant des ouvriers procèdent de la même logique. Celui qui montre un homme maniant une écorceuse pousse l'artiste à décrire les conditions dans lesquelles ces héros oubliés ont gagné leur vie. « On rapporte que cette machine était dangereuse, que plusieurs mains ont été coupées. C'est l'une des raisons qui militaient en faveur de la création d'un syndicat », avance-t-il.

Et justement, l'abbé Eugène Lapointe, fondateur de cette organisation, devait obligatoirement figurer sur le monument aux côtés des ouvriers, estime Richard Langevin. « Nous n'avons jamais voulu croire que les Canadiens français sont destinés à n'être toujours que des scieurs de bois et des porteurs d'eau et nous avons lutté avec l'énergie du désespoir », est-il écrit sur l'une des parois.

Un message vieux d'un siècle, mais toujours de saison.




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