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Dick Annegarn à Tadoussac: imprévisible et entraînant

Seul comme un grand, Dick Annegarn a fait... (Photo Le Quotidien, Michel Tremblay)

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Seul comme un grand, Dick Annegarn a fait la preuve qu'il était une légende bien vivante, vendredi soir, lors d'un spectacle présenté à l'hôtel Tadoussac, dans le cadre du Festival de la chanson.

Photo Le Quotidien, Michel Tremblay

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Daniel Coté
Le Quotidien

On attendait un fantôme, une voix singulière venue des années 1970 et disparue depuis, du moins de ce côté-ci de l'Atlantique. Celui qui s'est pointé à la Salle Marie-Clarisse de l'hôtel Tadoussac, vendredi soir, correspondait à cette description, mais en partie seulement. C'est le chanteur et aussi la personne, bien plus complexe et joyeusement imprévisible, que les fans de Dick Annegarn ont découvert à l'occasion d'un spectacle présenté dans le cadre du Festival de la chanson.

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Dick Annegarn au Festival de la chanson de Tadoussac.

Photo Le Quotidien, Michel Tremblay

Il était seul, comme prévu, muni d'une guitare et de son harmonica. Et d'entrée, on a vu dans quelle disposition d'esprit se trouvait l'homme quand il a fait allusion à la hauteur de la salle. «On va crever le plafond», a lancé le chanteur, sourire en coin, en se posant sur sa chaise.

Ensuite, il a voulu expliquer en quoi consisterait le programme, mais pas avant de partager un souvenir de son enfance dans les Pays-Bas. «On allait à la mer et on était six sur deux vélos. C'était plat, cependant, tellement que quelqu'un a dit qu'en se mettant sur une chaise, on voyait tout le pays», a mentionné Dick Annegarn.

Toute la soirée, il a été comme ça, passant du coq à l'âne, revenant parfois attacher les fils d'une histoire amorcée longtemps avant, mais pas tout le temps. Ceux qui aiment les spectacles scriptés, livrés avec une précision comparable à celle d'une horloge atomique, ne se trouvaient pas au bon endroit. Les autres, en revanche, ont apprécié ce contact on ne peut plus direct avec un vétéran qui a conservé son coeur d'enfant.

Une première récompense est venue sur l'air de «Barbouillant» où sa voix si caractéristique, avec une belle rondeur accentuée par son accent néerlandais, s'est agréablement moulée au rythme lent de la musique. Il a enchaîné avec «Bébé éléphant», l'un de ses premiers succès, en ajoutant des touches d'humour au texte évocateur du trouble que ressent celui qui a perdu ses repères.

Le public, qui occupait les trois quarts des sièges, a ensuite appris comment on crée un tube comme «Sacré géranium». «Je me demandais comment produire une chanson qui marche. La mer, c'était déjà fait. Les roses, c'était bien, mais un peu commun. Or, j'aime les géraniums. Ça pue, mais ça ne pique pas», a expliqué Dick Annegarn.

Sa version, accompagnée de quelques traits d'harmonica seulement, a permis d'apprécier la beauté simple, un brin naïve, du texte qui l'a sorti de l'anonymat. Même les gens ont apporté leur touche, toute délicate, et fait de cette interprétation une forme de communion.

La nostalgie n'est jamais loin de ses pensées, notamment celle de l'enfance telle qu'exprimée sur «Y allions». Dans «Rabbi Jésus», en revanche, c'est l'infinie curiosité de l'auteur qui est mise en évidence, alors qu'il tente d'imaginer à quoi ressemblaient les chansons que le fils de Joseph et Marie fredonnait. On a reconnu des traits de musique arabe dans sa proposition, ainsi que des effluves jazz.

Un autre de ses succès, «Ubu», a fait ressortir sa propension à amalgamer des éléments disparates. Le sujet, comme de raison, émane de l'oeuvre d'Alfred Jarry, tandis que la musique est calquée sur la «Clémentine» de Maurice Chevalier. Une fois de plus, le public a fait sa part en reprenant cette jolie phrase: «Il avait un tout petit zizi et un gros cul, le père Ubu».

Pour couronner le spectacle, Dick Annegarn a présenté «Les Tchèques», une pièce qui correspond à sa vision à lui, nullement validée par les faits, de la façon dont ce peuple a réagi après la chute du communisme. Le résultat fut très intéressant: un texte touffu, une musique à la Brassens, tricotée serrée, puis des mots tchèques et d'autres qui sonnaient tzigane, sans toutefois que cela fasse désordre.

Il s'agissait, en somme, du portrait en creux de l'artiste lui-même, un personnage pas facile à suivre, mais jamais ennuyant, ni sur le pilote automatique. C'est pourquoi ceux qui le verront samedi à 21h, toujours dans la même salle, auront d'autres chansons, d'autres anecdotes à ranger dans leur boîte de souvenirs.




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