Le retour improbable de Denise Filiatrault

Denise Filiatrault est heureuse d'avoir pris le risque... (Archives La Presse)

Agrandir

Denise Filiatrault est heureuse d'avoir pris le risque de renouer avec le métier de comédienne, aux côtés de Gabriel Sabourin. Ils se donnent la réplique dans le film C'est le coeur qui meurt en dernier, réalisé par Alexis Durand-Brault.

Archives La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Daniel Coté
Le Quotidien

La formule revient souvent, ces temps-ci. On entend dire que tel ou tel artiste s'est mis en danger, mais dans le cas de Denise Filiatrault, il ne s'agit pas d'une vue de l'esprit. Elle qui n'avait pas joué depuis 20 ans a pris un risque réel, au moment d'accepter le rôle de la mère dans le film C'est le coeur qui meurt en dernier.

Il faut savoir que ce personnage âgé de 82 ans vit un drame qui en cache un autre. Ses facultés intellectuelles commencent à s'éroder, mais demeurent suffisamment aiguisées pour lui permettre d'entrevoir la suite des choses. Un jour prochain, comme sa soeur qui habite dans la même résidence, cette femme sait que son esprit s'éteindra avant que le corps rende son ultime soupir. Elle veut donc en finir et convoque son fils à cette fin, huit ans après leur dernière rencontre.

Dans le long métrage réalisé par Alexis Durand-Brault, qui sortira en salle le 14 avril, on verra aussi planer un nuage sur la tête des protagonistes. Le fils, incarné par Gabriel Sabourin, se demande si sa mère a agi de façon responsable à son égard. Quelque chose s'est passé avec le père, aujourd'hui décédé, et ce mystère ajoute un élément de tension à l'histoire inspirée du récit de l'écrivain Robert Lalonde, publié en 2013.

« J'avais lu son livre et je m'étais dit que j'aimerais assumer le rôle de la mère si je jouais encore. Quand Alexis me l'a proposé, par contre, j'ai eu peur de ne pas savoir mon texte, de ne pas être à la hauteur. À mon âge, t'es fragile. J'aurai 86 ans dans un mois et demi et je n'ai ni la mémoire des noms ni des chiffres. Heureusement que j'ai mes filles pour m'aider », a confié la comédienne mercredi, lors d'une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Gabriel Sabourin a confirmé qu'à son arrivée sur le plateau, Denise Filiatrault semblait rouillée, ajoutant toutefois que le métier est revenu vite. C'est aussi l'impression que retient la principale intéressée. « J'ai repris confiance en moi et composé le personnage en me laissant guider par l'écriture. Parce que tout était là », fait-elle remarquer.

Néanmoins, le fait de prêter ses traits et son talent à un personnage dont la raison menace de basculer a produit une drôle d'impression, comme si la fiction se rapprochait un peu trop de la vraie vie. « Veut, veut pas, on y pense à l'Alzheimer. C'est troublant, puisque j'ai quasiment le même âge, mentionne la comédienne. Par contre, je crois que la mère joue à l'avoir, comme la fois où elle prétend ne pas reconnaître son fils. C'est parce qu'elle ne veut pas lui parler. »

Puisqu'il est question du fils, Denise Filiatrault affirme qu'elle a aimé travailler avec Gabriel Sabourin, à qui elle avait confié deux rôles lorsqu'il a débuté sur les planches. « C'est une soie, un être doux, généreux, foncièrement honnête. Entre nous, j'ai senti se développer une relation mère-fils », reconnaît la comédienne. Elle a aussi apprécié les touches d'humour que comporte le long métrage, souvent générées par le mauvais caractère de son personnage.

« Cette femme est égoïste, comme on le voit lorsqu'elle demande à son fils de poser un geste très difficile. Elle n'est pas fine avec sa soeur, non plus, mais en même temps, on voit qu'elle a peur », analyse Denise Filiatrault. Elle est donc heureuse d'avoir participé à ce tournage, sans toutefois élaborer sur la suite des choses. « L'âge est là », répond-elle en effet, quand on lui demande si d'autres projets pourraient justifier une récidive.

Le double rôle de Gabriel Sabourin

Il est rare qu'une même personne écrive le scénario d'un long métrage où elle tient l'un des rôles principaux. Du point de vue de Gabriel Sabourin, cependant, cette double fonction comporte de réels avantages, ainsi qu'il l'a constaté pendant la gestation de C'est le coeur qui meurt en dernier. « Le personnage de Julien avait macéré longtemps, si bien qu'au tournage, je savais comment le prendre. Je connaissais son parcours intérieur », a-t-il confié au Progrès.

L'homme ajoute que pendant la construction du scénario, à partir d'un récit de Robert Lalonde, il a beaucoup travaillé sur le non-dit. En parallèle, l'un de ses défis fut d'intégrer une intrigue à l'intérieur de ce texte qui recèle peu d'action. « C'est comme un enfant qui regarde sa mère à trois ans, à 48 ans et à 60 ans, avant d'y retourner à 12 ans », décrit le scénariste.

Il précise que la mère dépeinte par l'auteur a subi une mutation lors du passage à l'écran, tout en conservant les éléments fondamentaux que laissait filtrer le récit. « Robert a aimé le résultat. C'est un gars d'équipe », rapporte Gabriel Sabourin. Preuve ultime de son approbation, Robert Lalonde a accepté un rôle de serveur, ce qui l'amène à rencontrer son alter ego, l'auteur incarné par le scénariste.

Celui-ci a vécu une autre expérience qui aurait pu se révéler éprouvante, soit le tournage du film au jour le jour, sous la direction du réalisateur Alexis Durand-Brault. Des tensions auraient pu se manifester puisqu'il est courant, voire nécessaire, d'apporter des modifications au texte pour en accroître l'efficacité. Or, le climat est demeuré au beau fixe. « Alexis a pris le temps d'essayer le scénario avant d'effectuer des ajustements. Il a été formidable », estime Gabriel Sabourin.

Fait à noter, plusieurs des scènes que verront les spectateurs, à compter du 14 avril, sont le fruit de son imagination, dont celle de la fin qui, bien évidemment, ne peut être dévoilée. Tout ce qu'on peut en dire, à ce stade-ci, est que cette conclusion aux accents poétiques lui apparaît comme un geste d'amour, un geste dont la source remonte à des temps immémoriaux. Et qu'elle demeurera longtemps imprimée dans l'esprit des gens.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer