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Jouliks: le spectateur reste sur le fil du rasoir

Les grands-parents personnifiés par Ursule Garneau et Gervais... (Le Progrès, Louis Potvin)

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Les grands-parents personnifiés par Ursule Garneau et Gervais Arcand sont attachants.

Le Progrès, Louis Potvin

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Louis Potvin
Le Quotidien

«La vie qu'on s'est faite, il faut vivre avec !»

Implacable cette phrase du texte poétique, intrigant et noir de Jouliks de Marie-Christine Lê-Huu, interprété aux couleurs du Théâtre Mic-Mac et du metteur en scène Dario Larouche.

Une fable, un rêve, un cauchemar, cette pièce ? La Petite (7 ans) raconte sa perception de son histoire familiale. Comment elle voit son père et sa mère s'aimer difficilement et ses grands-parents qui viennent bousiller son ordre établi.

Il y a de la distorsion dans cette histoire narrée et représentée par le jeune personnage principal. Le spectateur se retrouve dans sa tête dans son univers, dans sa cruauté et désinvolture enfantine. Et les mots qu'elles prononce ont la poésie de l'enfance.

L'histoire, elle, importe peu au fond. Il y a l'amour et la haine d'une petite qui raconte un drame évitable.

Sans la qualité du personnage principal dessiné par l'auteure et sans la force, la justesse et la candeur du jeu de la comédienne qui l'incarne, Élise Hudon-Thibeault, la pièce ne fonctionnerait pas.   Même si la comédienne est dans la vingtaine et que son personnage a 7 ans, ça marche. C'est tout un défi de maintenir un spectateur sur le fil du rasoir, jouer avec ses émotions et laisser planer des sous-entendus. Un peu comme dans les romans de Ducharme, l'enfant est d'une cruauté et d'une lucidité désarmante. La voix doucereuse et chantante de la comédienne ensorcelle et peut devenir tranchante quand elle s'adresse à ses grands-parents qu'elle déteste. Ça perce le coeur.

La poésie de l'enfance

La logique de l'enfant se retrouve dans la magie des mots. Exemple: «attraper le bleu de la mer». Le spectateur doit donc se laisser mener dans cette plongée dans le monde la Petite. Où tout dégouline. L'univers est glauque. C'est gris et brun, loin d'un rêve en couleur. Et ces gouttes d'eau qui tombent de cette maison en ruine, comme un supplice ; signe d'un embâcle à venir, d'un déluge d'émotion; quitte à se noyer de ses larmes. Ambiance réussie de la part du metteur en scène Larouche.

La petite est donc le pivot de la pièce. Elle lui donne vie. Sa mère Véra est comme une morte vivante; entre deux eaux. Il y a quelque chose de cassé. Le jeu de Mélanie Tremblay est sobre et très efficace. Le père de peu de mots, Zak, est magnifié. La Petite lui excuse ses escapades hors de la maison. Le mal-être est bien dosé par Stéphane Doré.

Les grands-parents personnifiés par Ursule Garneau et Gervais Arcand sont attachants.  Il y a du non dit dans le côté bon enfant du grand-père qui dérange et perturbe. La grand-mère, elle,  témoigne de toute la déception d'une mère dont la fille n'a pas suivi les traces. Elle n'a pas été la petite princesse souhaitée. Comme si Cendrillon était resté dans le caniveau... La comédienne est toujours aussi juste et intense.  

Il y a cette musique d'harmonica qui vient ajouter au climat étrange de la production. Le spectateur se sent comme prisonnier de cette ambiance claustrophobe, mais tire un plaisir de l'humour noir qui s'y dégage.

Encore une fois, le théâtre Mic-Mac démontre son audace en proposant une production intrigante. Les représentations ont lieu du jeudi au samedi et se terminent le 29 avril.




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