Des Triplettes aux chants d'esclaves

Betty Bonifassi montera sur les planches de la... (Archives La Presse)

Agrandir

Betty Bonifassi montera sur les planches de la Salle Pierrette-Gaudreault du Mont-Jacob samedi soir afin de présenter sa relecture de chants d'esclaves dans le cadre du Festival jazz et blues de Saguenay.

Archives La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Anne-Marie Gravel
Le Quotidien

Après avoir vu sa voix associée aux Triplettes de Belleville, à DJ Champion et à Beast, Betty Bonifassi a trouvé le projet qui lui permettrait de se lancer en solo. Elle met maintenant sa voix unique au service des chants d'esclaves du début du siècle. Sur la scène de la Salle Pierrette-Gaudreault du Mont-Jacob, samedi soir, c'est un amalgame entre l'histoire et la modernité qu'elle proposera au public du Festival jazz et blues de Saguenay.

« Il fallait quelque chose de fort pour que je me lance seule », convient la chanteuse dans le cadre d'une entrevue téléphonique. Ce projet qui lui permettrait de faire le saut a pris la forme d'un hommage aux chants d'esclaves africains déportés contre leur gré en Amérique. 

« J'ai depuis longtemps le goût de faire ce projet. Je l'ai proposé à plusieurs personnes qui ont plus ou moins snobé l'histoire. DJ Champion avait compris, puisque ce que je chante avec lui, ce sont des chants d'esclaves. C'est les débuts de mes recherches. No Heaven est un chant d'esclaves, un chant de prison », raconte-t-elle.

Temps et fascination

Elle a laissé passer le temps, tout en continuant ses recherches. Sa fascination n'a fait que grandir. 

« Ce qui a le plus attiré mon attention, c'est que des enregistrements qui dataient de 1887 étaient d'une modernité à couper le souffle, dans les couleurs et dans les rythmes soutenus. C'est la contrainte de ne pas pouvoir parler leur langage à cause de l'oppression qui a donné cette forme de chant. Ils créaient déjà du rap. Cette forme-là d'expression avec un rythme soutenu et un chant collectif permettait de travailler plus longtemps et plus fort. C'est ce qui les a sauvés », affirme celle qui a puisé dans les enregistrements d'Alan Lomax, en cours de processus. 

La première relecture de chants d'esclaves est parue sur disque en 2014. Le second album, Lomax, est sur les tablettes du Québec depuis mars 2016, puis depuis janvier dernier en Europe. 

Le spectacle qu'elle offrira à Jonquière, le même qu'elle vient tout juste de présenter dans le cadre d'une tournée de trois semaines en Europe, constitue une synthèse des deux albums. En studio, l'artiste s'est entourée de sept voix féminines. 

« Je trouvais ça très beau d'apporter une douceur féminine à ma réponse à ces chants qui ont porté la douleur du peuple africain par des voix masculines. Je cherchais un groupe de femmes qui ne font qu'un. Je n'ai pas choisi des chanteuses, j'ai choisi des comédiennes qui chantent très bien. Elles ont réussi à créer ce poumon unique à sept », explique-t-elle. 

Betty Bonifassi ne peut emmener toute l'équipe avec elle sur scène, pour des raisons pécuniaires évidentes. À Jonquière, elle sera accompagnée de quatre musiciens. 

« Je raconte l'histoire d'un jeune homme de l'âge de mon fils, qui voyage sur des Black Betty, des wagons qui transportaient les gens du lieu où ils dormaient et se faisaient battre jusqu'à leur lieu de travail. Par un trou dans une persienne, le jeune voit les vastes contrées qu'il est en train de traverser alors qu'il est enfermé. C'est les émotions que suscite chez lui cette dualité que je présente en 14 chansons. »

Un spectacle hypnotique

La chanteuse promet un spectacle hypnotique, qui permettra au public de passer un bon moment. 

« Ce projet me permet de trouver une forme de longévité. Je pense que la musique comme je l'ai connue est finie. C'est ce qui me fait le plus peur. Je veux continuer à jouer le plus longtemps possible. J'ai travaillé 30 ans pour avoir un instrument suffisamment aiguisé pour pouvoir faire toute forme de spectacles "live". Si on ne fait pas attention à notre scène et à ses artisans, c'est quelque chose qui va être en danger dans pas longtemps. Ma proposition, c'est une façon de montrer aux gens qu'un bon "show" bien préparé, bien exécuté, par de bons musiciens qui aiment ce qu'ils font, ça reste encore une valeur sûre. »

Betty Bonifassi montera sur la scène de la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière à 20 h, samedi le 8 avril.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer