Une Jeannoise dans l'univers de Pink Floyd

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C'est une soprano originaire du Lac-Saint-Jean, France Bellemare, qui incarnera la mère du personnage principal de l'opéra Another Brick In The Wall. On pourra l'entendre à compter du 11 mars, à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts.

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Daniel Coté
Le Quotidien

France Bellemare est une soprano dont le caractère fait penser à celui de sa consoeur du Haut-du-Lac, Marie-Nicole Lemieux. Enjouée, spontanée, elle a le don de faire ressortir le plaisir que lui procure son métier, tout en atténuant la part de stress qui l'accompagne. À l'entendre, par exemple, sa participation à l'opéra Another Brick In The Wall, dont la première aura lieu le 11 mars, à Montréal, constitue d'abord et avant tout une merveilleuse aventure.

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Roger Waters assistera a une représentation de l'opéra Another Brick In The Wall.

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L'interprète prêtera sa voix et ses traits à l'un des personnages importants de cette production, la mère de Pink. Comme l'histoire se déroule dans la tête de cet homme, l'alter ego du musicien Roger Waters, on la verra apparaître au fil de ses souvenirs, quand il était enfant. Elle sera alors accompagnée par son mari, mort au combat pendant la Seconde Guerre mondiale.

« Moi et le père (Jean-Michel Richer), nous avons 29 ans dans cette histoire, ce qui est plus jeune que Pink, dont le rôle est tenu par Étienne Dupuis. La mère était plus âgée dans la version cinématographique, mais le metteur en scène Dominic Champagne souhaitait la montrer sous un jour différent. Puisqu'il voit ce spectacle comme son apothéose, il a une vision précise de ce qu'il convient de faire », a raconté France Bellemare lors d'une entrevue téléphonique accordée au journal.

L'un de ses bonheurs consiste à interpréter des airs imaginés par Julien Bilodeau, l'autre pilier de cette production. Ils se moulent aux chansons du groupe Pink Floyd tout en représentant une chose nouvelle, au même titre que le scénario. Et quand la soprano se bute à une difficulté, elle a la possibilité d'échanger avec le compositeur, un privilège que n'ont pas les artistes qui s'attaquent à une oeuvre de Mozart.

« Il s'agit de ma première création et je trouve ça vraiment le fun. C'est moins stressant, aussi, parce qu'il n'existe aucun précédent et que je peux apporter des ajustements avec l'accord de Julien. Comme c'est une oeuvre pop à la base, la principale difficulté, pour moi, réside dans la rythmique », fait remarquer France Bellemare.

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Voici l'un des costumes que portera France Bellemare dans Another Brick In The Wall. Il s'agit d'une création de Marie-Chantale Vaillancourt.

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Comme le suggère ce costume imaginé par Marie-Chantale... (Courtoisie) - image 2.1

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Comme le suggère ce costume imaginé par Marie-Chantale Vaillancourt, le personnage que France Bellemare incarnera dans Another Brick In The Wall, celui de la mère de Pink, est plus jeune que dans la version filmée.

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Une grosse machine

Pour illustrer l'ampleur du spectacle, notons que dix représentations seront données entre les 11 et 27 mars, à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. En plus des huit solistes, il mobilisera 48 choristes et 71 musiciens, sans parler d'un appareillage technologique important. Et on ne parle pas de l'accord donné par Roger Waters, ni du fait qu'un jour ou l'autre, son regard acéré sera dirigé vers les interprètes.

« Nous ne savons pas à quel moment il viendra, mais ce qui me rassure, c'est qu'il n'a aucune idée de la manière dont la mère devrait sonner dans cet opéra. Il ne pourra pas avoir d'attentes à ce sujet, estime la Jeannoise. À vrai dire, je crois que Roger Waters préférera examiner l'oeuvre globale et qu'il appréciera le fait que ce n'est pas du réchauffé. »

Un autre atout, à ses yeux, tient au sens de l'organisation qu'affichent les responsables du projet. La machine progresse rondement depuis le début des répétitions, ce qui ne constitue pas un luxe lorsqu'on doit composer avec un aussi grand nombre de variables. En plus des chanteurs et des choristes, par exemple, on a embauché une vingtaine de figurants qui deviennent tour à tour des infirmiers, des musiciens et des groupies. Ça fait beaucoup de circulation à gérer.

« Ce qu'ils font est très physique. Ça enlève du travail aux solistes et au choeur, mais ça nous oblige à nous positionner de façon très précise. En même temps, Dominic doit tenir compte des contraintes propres à un opéra. C'est ainsi que lorsque nous chantons, il est important de voir le chef d'orchestre », indique la soprano.

Son rôle est l'un des plus importants de The Wall après celui de l'anti-héros, ce qui lui procurera une visibilité équivalente à celle du père et de l'épouse (Caroline Bleau). « Au début, je croyais que je n'aurais pas grand-chose à faire, mais c'est devenu pas mal plus gros. J'aurai de beaux moments avec Pink », se réjouit France Bellemare.

Une audition qui a duré cinq minutes

Le jour où elle a passé une audition pour le rôle de la mère de Pink, France Bellemare a vite senti que le metteur en scène Dominic Champagne était de son côté. «J'ai chanté et il m'a donné des intentions de jeu. Et après cinq minutes, je l'ai entendu dire: «C'est ça». Je crois qu'à ce moment-là, Dominic a senti qu'il pouvait me communiquer des directives, que je comprendrais vite», analyse la soprano.

Elle avance que son talent de comédienne l'a aidée à joindre la distribution de l'opéra Another Brick In The Wall. «J'aime explorer le jeu. Je suis donc honorée de travailler avec un metteur en scène aussi remarquable. J'ai la chance de participer à une création et j'aime le fait qu'après avoir dit ce qu'il voulait, Dominic laisse aux interprètes une marge d'autonomie», note la Jeannoise.

Dominic Champagne apprécie également le fait qu'elle ne soit pas obsédée par le film The Wall, inspiré par l'album du même nom. Elle l'a vu une fois seulement et ce fut suffisant pour satisfaire sa curiosité. Même ses parents ont affiché un intérêt modéré lorsque cet enregistrement de Pink Floyd a atterri dans les magasins de disques. «Mon père l'a écouté sans être un fan fini», rapporte France Bellemare.

Elle réalise toutefois que des fans finis, il y en a des millions de par le monde, d'où l'intérêt que suscite l'opéra créé à Montréal. «Déjà, c'est exceptionnel de le présenter dix fois à la Place des Arts. D'habitude, on se limite à quatre. Or, il y a aussi des discussions avec d'autres maisons intéressées par cette production», révèle la soprano.

Ce qui encore plus intéressant, de son point de vue d'interprète, c'est la possibilité que toute l'équipe soit invitée à jouer à l'extérieur du Québec. Ça aussi, c'est dans les cartes, même si rien n'a été officialisé à ce jour. «Je crois que ça pourrait être fait clé en main, ce qui aurait l'avantage de prendre moins de temps, peut-être une semaine pour les répétitions. Si on me le proposait, je serais d'accord», affirme la chanteuse.

Des chansons mémorables

France Bellemare aura maintes occasions de briller pendant l'opéra Another Brick In The Wall. Plusieurs chansons rendues célèbres par le groupe Pink Floyd lui permettront de faire résonner sa belle voix de soprano, souvent en compagnie d'Étienne Dupuis, l'interprète du rôle de Pink, et de Jean-Michel Richer, qui incarne le père.

À eux trois, par exemple, les interprètes s'attaqueront à Bring The Boys Back Home et tout laisse croire qu'il s'agira d'un morceau de bravoure. «On peut y voir une pièce maîtresse et ce sera épique. Tous les personnages seront appelés à participer, de même que le choeur», fait remarquer la soprano originaire du Lac-Saint-Jean.

Un autre classique, la très jolie Comfortably Numb, prendra la forme d'un duo où sa voix sera jumelée à celle de Pink. «C'est très flottant», décrit l'interprète, qui retrouvera son partenaire sur Mother. Encore une fois, on parle d'un air important, surtout si on prend en considération le fait que la Jeannoise campe le rôle de la mère.

«Au même titre que le film The Wall, l'opéra la présente comme une femme surprotectrice. C'est aussi une militante du Parti communiste, ce qui était également le cas pour son mari, un homme qui a servi de chair à canon pendant la Deuxième Guerre mondiale», indique France Bellemare. Elle ajoute que Mother pose un défi technique intéressant.

«Nous changeons souvent de métrique sur cette composition. C'est pour cette raison que moi et Étienne, nous devons nous regarder lorsque nous la faisons», mentionne la soprano. Fait à signaler, c'est la première fois qu'elle et son ami travaillent ensemble à l'opéra. Ils ont toutefois partagé la scène à la faveur de quelques concerts.




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