Quand un vieux maître rencontre le fils du roi

Alexandre Dubois et Normand Canac-Marquis se donnent la... (Le Quotidien, Michel Tremblay)

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Alexandre Dubois et Normand Canac-Marquis se donnent la réplique dans la pièce Jouez, Monsieur Molière, écrite par le Saguenéen Jean-Rock Gaudreault. Elle montre comment un enfant âgé de 12 ans grandit au contact de Molière, qu'il visite dans sa loge.

Le Quotidien, Michel Tremblay

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Daniel Coté
Le Quotidien

À quoi sert le théâtre? Question simple à formuler, mais qui commande une réponse aussi drôle et articulée que celle formulée par l'auteur saguenéen Jean-Rock Gaudreault dans Jouez, Monsieur Molière. Créée par la compagnie Mathieu, François et les autres, cette pièce destinée aux jeunes de 11 ans et plus aborde avec intelligence un sujet qui demeure aussi actuel qu'au temps de Louis XIV.

Présentée à deux reprises vendredi, devant un public formé d'étudiants, elle met en scène le fils du souverain, âgé de 12 ans. Il n'a pas le droit de voir du théâtre, encore moins de fréquenter ceux qui en vivent. Or, cet art le travaille au plus profond de son âme. Il aimerait devenir comédien, un désir tellement ancré en lui qu'il apparaît dans la loge d'un Molière vieillissant.

Le voici qui lit un texte écrit par le maître, une supplique destinée à son père. Voyant la mort approcher, craignant d'aboutir dans une fosse commune en raison de l'hostilité des autorités religieuses, le dramaturge avait imploré le pardon du roi. Ce n'était qu'une ruse, évidemment, comme le constatera son noble interlocuteur au fil d'une conversation passionnante.

Le propos est sérieux, alors que Molière confesse qu'il ne croit ni à Dieu, ni au pouvoir héréditaire dont Louis XIV se croit investi. On comprend, dans un tel contexte, pourquoi il estime que la comédie représente le mode d'expression le plus subversif. «Nous tournons en dérision tout ce qui devrait être honoré», explique-t-il au jeune Louis.

«Le rire, c'est l'esprit qui se trahit», ajoute l'homme de théâtre qui, justement, venait d'amuser le public rassemblé à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière, à l'invitation du Théâtre La Rubrique. Il avait multiplié les grimaces afin d'illustrer le penchant des spectateurs pour de telles facéties, ce qui avait produit l'effet attendu.

Incarné par Normand Canac-Marquis, ce personnage extravagant, brillant, pétri de doutes autant que de certitudes, possède un sens comique qui se manifeste aussi de manière subtile. C'est ce qu'il démontre lors d'une visite à la salle de maquillage, en posant sur sa bouche une moustache au look familier. Aussitôt, on le voit marcher d'un pas chaplinesque avant d'exécuter le salut nazi en éructant dans une langue proche de l'allemand. Du grand art.

Le rôle de son vis-à-vis est tenu par Alexandre Dubois, très bon pour suggérer la candeur du prince, autant que son désir de transcender sa condition. Sa présence était doublement justifiée, puisque le comédien assumait le rôle de parrain, cette semaine, dans le cadre du 17e festival Deux jours à vivre au théâtre. La représentation à laquelle assisté Le Quotidien était d'ailleurs destinée aux étudiants de la Polyvalente Jonquière inscrits au programme Arts et métiers de la scène.

C'est à eux, prioritairement, que s'adressaient les activités incluses dans la programmation. Elles comprenaient des ateliers donnés par des professionnels du théâtre, dont Alexandre Dubois, ainsi que la création de neuf pièces par des étudiants, lesquelles ont été étrennées mercredi. Jouez, Monsieur Molière constituait le dernier volet de l'édition 2017 et en raison des thèmes abordés, de la qualité de ce spectacle, on n'aurait pu trouver une meilleure façon de clore le festival.




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