Un numéro d'actrice signé Guylaine Tremblay

Au fil des tableaux, Guylaine Tremblay donne libre... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

Agrandir

Au fil des tableaux, Guylaine Tremblay donne libre cours à son talent pour la comédie, ce qui produit des moments inoubliables.

Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Daniel Coté
Le Quotidien

C'est la mère de toutes les mères. Aimante, extravagante, drôle, perpétuellement inquiète, ronchonneuse, curieuse et sceptique. Celle de Michel Tremblay, l'auteur de la pièce Encore une fois, si vous permettez, et celle de la femme qui l'incarne avec tant de justesse, Guylaine Tremblay. Et à la fin de chaque représentation, quand tous se lèvent d'un bloc pour applaudir, souvent les yeux pleins d'eau, ce sont des centaines d'anciens enfants qui voudraient la prendre dans leurs bras avant de lui envoyer la main, ainsi que le fait son fils au moment de l'ultime voyage.

Présentée pour la première fois dans la région, mardi soir, cette production de la Compagnie Jean-Duceppe a fait salle comble à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière, où elle était accueillie par le Théâtre La Rubrique. Mercredi, ce sera la même chose, tandis que le lendemain, le duo complété par le comédien Henri Chassé, qui personnifie le narrateur, jouera à la Salle Michel-Côté d'Alma, dernière étape de son séjour au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Trois soirs, deux salles et parions qu'à chaque fois, la réaction sera la même. On aura eu le sentiment de retrouver un être familier.

La Nana recréée par Michel Tremblay donne tout son sens à cette vieille expression : maîtresse du foyer. C'est elle qui règne sur la maisonnée formée de cinq enfants et d'un mari qu'elle semble aimer, bien qu'il se montre un brin transparent. Elle apparaît pour la première fois quand son fils a dix ans et lui aussi aurait intérêt à devenir invisible. La police vient de la visiter, en effet, parce que l'enfant a eu la mauvaise idée de lancer un bloc de glace devant une voiture. Le conducteur a cru qu'il venait d'écraser un enfant.

« Je t'ai vu en prison pour le reste de tes jours », lance-t-elle à l'étourdi, qui a la sagesse de laisser passer l'orage. C'est l'occasion de découvrir comment Guylaine Tremblay dépeint Nana, du moins lorsqu'elle se sent investie d'une mission civilisatrice. Le regard est sévère et personne ne croise les bras avec autant d'autorité, même pas un adjudant dans un vieux film en noir et blanc. Très vite, cependant, un changement s'opère. La séance d'« élevage » laisse place à un numéro comique, l'histoire de la fois où la tante Gertrude se serait pris le bras - et quasiment tout le corps - dans le tordeur de la laveuse.

Vous trouvez que les humoristes exagèrent ? Ce n'est rien, comparativement au pouvoir de Nana de transformer une souris en éléphant. Elle prend plaisir à amplifier les choses, mais c'est pour les rendre plus intéressantes, pas pour mentir. On dirait une performance, un test qu'elle fait subir à son imagination. Ça adonne bien parce que son fils la bombarde de questions sur les livres qu'ils ont lus, les téléromans qui meublent leurs dimanches soirs. Demandez-lui s'il y a beaucoup d'enfants abandonnés en France, par exemple, et ça débouche sur une théorie censée expliquer de quelle manière Dieu a créé les dynasties royales.

Au fil des tableaux, Guylaine Tremblay donne libre cours à son talent pour la comédie, ce qui produit des moments inoubliables. À peine s'est-on remis de son imitation de Fernandel, l'idole de l'oncle Alfred (le mari de Gertrude), qu'elle décrit le spectacle de ballet pendant lequel leur fille, forcément maladroite et mal vêtue, a fait une folle d'elle. Juste pour la voir exécuter une chorégraphie ridicule, mimiques nounounes à l'appui, ça valait le prix de l'admission. En même temps, on se dit que l'humour de Michel Tremblay lui offre un support digne de ses capacités. Ces deux-là étaient dus pour se retrouver.

Plus le temps passe, toutefois, et plus Nana met une sourdine à ses outrances. Son fils, devenu un jeune adulte, l'inquiète avec ses drôles de fréquentations, mais on la sent résignée. Il est vrai que son ventre la fait souffrir, à l'endroit précis où elle a porté ses enfants. Le dernier tableau prend ainsi la forme d'une cérémonie des adieux, alors que d'une voix brisée, devant son fils tétanisé, elle admet que la mort l'angoisse. Dans la salle, on ne rigole plus, désormais. Les gorges se serrent jusqu'à la scène finale, d'une telle beauté qu'on sourit, tout en ayant le coeur gros. Parce que cette mère qui s'en va, elle était devenue la nôtre.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer