Vestiges d'un rêve brisé

  • Alexandre Malenfant examine les chariots qu'on a pu voir dans Aida, l'une des oeuvres interprétées pendant la courte histoire de l'Opéra du Saguenay-Lac-Saint-Jean. (Photo Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque)

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    Alexandre Malenfant examine les chariots qu'on a pu voir dans Aida, l'une des oeuvres interprétées pendant la courte histoire de l'Opéra du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

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  • Ces éléments décoratifs, parmi lesquels on remarque des colonnes en aluminium utilisées dans Aida, pourraient être détruits si on ne trouve pas de locaux pour les entreposer. L'ancien directeur de l'Opéra du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Alexandre Malenfant, a jusqu'à la mi-février pour en disposer. (Photo Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque)

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    Ces éléments décoratifs, parmi lesquels on remarque des colonnes en aluminium utilisées dans Aida, pourraient être détruits si on ne trouve pas de locaux pour les entreposer. L'ancien directeur de l'Opéra du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Alexandre Malenfant, a jusqu'à la mi-février pour en disposer.

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  • L'ancien directeur de l'Opéra du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Alexandre Malenfant, croit que plusieurs facteurs ont entraîné la faillite de cet organisme. Il mentionne la programmation trop ambitieuse, la disponibilité de la Salle Pierrette-Gaudreault, l'attitude des autorités municipales, ainsi que l'absence d'administrateurs possédant une mentalité d'affaires. (Photo Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque)

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    L'ancien directeur de l'Opéra du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Alexandre Malenfant, croit que plusieurs facteurs ont entraîné la faillite de cet organisme. Il mentionne la programmation trop ambitieuse, la disponibilité de la Salle Pierrette-Gaudreault, l'attitude des autorités municipales, ainsi que l'absence d'administrateurs possédant une mentalité d'affaires.

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  • Après la faillite de l'Opéra du Saguenay-Lac-Saint-Jean, son ancien directeur, Alexandre Malenfant, a fait l'acquisition de sa réserve de costumes. Il ne désespère pas, en effet, de produire à nouveau des opéras. (Photo Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque)

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    Après la faillite de l'Opéra du Saguenay-Lac-Saint-Jean, son ancien directeur, Alexandre Malenfant, a fait l'acquisition de sa réserve de costumes. Il ne désespère pas, en effet, de produire à nouveau des opéras.

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  • Il a fière allure, ce toréador qu'on a pu voir dans Carmen. Il est cependant menacé de disparition, tout comme les éléments de décors qui l'entourent, en raison de la perte d'une partie des locaux prêtés par le Séminaire de Chicoutimi.  (Photo Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque)

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    Il a fière allure, ce toréador qu'on a pu voir dans Carmen. Il est cependant menacé de disparition, tout comme les éléments de décors qui l'entourent, en raison de la perte d'une partie des locaux prêtés par le Séminaire de Chicoutimi. 

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Daniel Coté
Le Quotidien

On trouve de drôles de choses, au sous-sol du Séminaire de Chicoutimi. Un toréador sorti tout droit de Carmen, des fusils, des lances, des casques portés par des soldats égyptiens, des centaines de costumes exotiques, ainsi que deux chariots antiques perdus au fond d'une salle, donnant l'impression que leurs conducteurs les ont abandonnés précipitamment.

Pendant quelques jours encore, dans une enfilade de locaux jadis occupés par les archives de l'institution, on peut voir ce qui subsiste de l'Opéra du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Cet organisme sans but lucratif a fait faillite l'automne dernier, laissant dans son sillage plusieurs cachets impayés, mais également le souvenir de productions ambitieuses: les opéras Carmen (2014), Aida (2015) et Werther (2015).

Elles s'inscrivaient dans le prolongement des spectacles créés sous le giron de l'Atelier de musique de Jonquière, une séquence heureuse marquée par un engouement sans cesse croissant. Après Didon et Enée (2009) et Lakmé (2010), proposés à la Salle Orphée, puis dans une polyvalente, il y avait eu Cavalliera rusticana (2011), La Sonnambula (2012) et Butterfly (2013), qui ont généré des foules impressionnantes à la Salle Pierrette-Gaudreault.

Trait d'union entre toutes ces productions, l'ancien directeur de l'Opéra, Alexandra Malenfant, est partagé entre la tristesse et la fierté, ainsi que le désir, encore discret, mais bien présent, de préserver le rêve que portait l'ancien organisme. Il demeure actif au sein de l'Académie de chant et musique Saguenay-Lac-Saint-Jean, nichée au rez-de-chaussée, et s'est porté acquéreur des décors et des accessoires, ainsi que du costumier rangé au sous-sol.

«Lui, je le garde. Plusieurs des costumes proviennent de ma collection personnelle, qui avait été constituée à Québec. Je les avais donnés à l'Opéra et je viens de les racheter, tout comme ceux qui ont été créés à l'époque de l'Atelier», raconte le professeur de chant, dont la passion se rallume vite au contact des vêtements et accessoires jadis portés par des interprètes.

Le voici qui sort une tunique égyptienne, une robe d'inspiration japonaise, une cape, une mantille. On dirait un enfant dans un magasin de jouets, signe que les nuages sombres qui ont plombé la dernière année commencent à se disperser. «J'ai fait un burn-out et vécu un gros deuil, une profonde tristesse, mais aujourd'hui, ça va mieux. Je suis âgé de 55 ans et je sais qu'il me reste dix ans pour refaire de l'opéra», souligne Alexandre Malenfant.

Dans l'immédiat, cependant, il doit résoudre un gros problème: la perte des plus grands locaux offerts par le Séminaire. L'institution souhaite aménager un «skate parc» et une salle de répétition destinée à un «stage band». Tout en se montrant reconnaissant pour l'hospitalité accordée dans les dernières années, le professeur de chant craint pour la suite des choses. À la mi-février, les décors, les chariots, le toréador, devront crécher ailleurs. Mais où?

«C'était bien, ici. Tout se trouvait au même endroit, y compris la salle de répétition, fait valoir Alexandre Malenfant. Le Séminaire a été gentil, mais il a besoin de ces espaces et je lance un appel à tous. Si quelqu'un pouvait prendre la relève, entreposer nos choses, ce serait apprécié.» Il est minuit moins une, cependant. Si personne ne se manifeste, un riche patrimoine, dont plusieurs éléments ont été créés à force de bras par des travailleurs bénévoles, disparaîtra corps et biens.

Chronique d'une faillite annoncée

Quand on lui demande de cerner les causes de la faillite de l'Opéra du Saguenay-Lac-Saint-Jean, son ancien directeur, Alexandre Malenfant, se montre à la fois candide et diplomate. Il brosse le portrait d'une organisation dont les administrateurs étaient remplis de bonne volonté, mais qui ne disposaient pas des attributs nécessaires afin de contourner les obstacles semés sur leur parcours.

«Dans un conseil d'administration, ça prend des gens qui ne sont pas engagés émotivement, des gens qui n'auront pas peur de négocier serré avec la Ville, ni avec les gestionnaires de salles, pour obtenir de meilleures conditions. Le problème est qu'au sein de l'Opéra, personne ne correspondait à ce profil», analyse le professeur de chant.

S'agissant de Saguenay, il aurait souhaité obtenir une subvention annuelle de 50 000 $ à 60 000 $. «On se faisait dire qu'il y avait déjà l'opérette, mais combien de troupes de théâtre existent ici? Pour que ça débloque, ça aurait pris des administrateurs avec une mentalité d'affaires», laisse entendre Alexandre Malenfant.

Il croit également que la location de la Salle Pierrette-Gaudreault, le lieu idéal pour présenter les productions de la compagnie, l'a parfois desservie. «Nous étions toujours les derniers à choisir les dates et les confirmations arrivaient tardivement», note l'ancien directeur en donnant l'exemple de Werther, un opéra qui a tenu l'affiche pendant trois jours, en décembre 2015. Coincée entre une nuée de concerts de Noël, cette jolie chose a été vue par une poignée de spectateurs.

Calendrier trop ambitieux

Alexandre Malenfant était le visage de la compagnie, en plus de cumuler les fonctions de porte-parole, de metteur en scène et de directeur musical. «Je vendais aussi des billets et je répondais au téléphone, mais un jour, j'ai prévenu le conseil d'administration, dont je n'étais pas membre. Je lui ai dit que je ne pouvais pas tout faire», mentionne-t-il.

Ce qui avait provoqué cette intervention, c'est la décision des administrateurs de tenir deux opéras dans la même année. Il y avait eu Aida au printemps 2015, suivi de Werther en décembre. Cela procédait d'une certaine logique, puisqu'on a proposé un opéra s'appuyant sur des choeurs, suivi par un opéra dominé par les solistes. Le danger, c'était de solliciter indûment certaines ressources, sans parler du public.

Épuisé, incapable de rallier le groupe à ses vues, Alexandre Malenfant a remis sa démission le 15 février 2016. Lui qui avait accepté de ne pas être payé pour ses services pendant deux ans, histoire d'aider l'Opéra à traverser avec succès la zone de turbulence, avait atteint le point de rupture. Une autre oeuvre figurait au programme, Il Pirata. On devait le présenter en juin, à la Salle Pierrette-Gaudreault, mais ce projet n'a pas dépassé l'étape des répétitions.

L'embryon d'un nouvel opéra?

Mine de rien, Alexandre Malenfant a présenté un concert avant les Fêtes. Cet événement mettait en vedette L'Ensemble vocal de l'Académie de chant et musique Saguenay-Lac-Saint-Jean, un groupe formé en septembre, à même la vingtaine d'élèves fréquentant ses classes. Une deuxième sortie aura lieu au printemps, à l'auditorium du Séminaire de Chicoutimi.

«On part à zéro et des anciens de l'Opéra du Saguenay-Lac-Saint-Jean commencent à nous rejoindre. Ce projet n'est pas censé mener à la création d'un opéra, mais il y a des gens qui aimeraient embarquer dans ce genre de chose», révèle le professeur de chant. Certes, il est trop tôt pour spéculer sur une telle hypothèse, ce qui ne l'empêche pas de laisser la porte ouverte. Au cas où.

«Aujourd'hui encore, je suis en mesure d'abattre beaucoup de travail et ce qui est tout aussi clair, c'est que nous pourrions facilement trouver des artistes capables de chanter sur une scène. Lorsque nous avons tenu les auditions pour Werther, par exemple, des gens seraient venus sur le ventre pour faire partie de la distribution», relate Alexandre Malenfant.

C'est justement la présence de tant d'interprètes, leur amour du chant, ainsi que leurs qualités humaines, qui l'ont incité à demeurer actif au Saguenay-Lac-Saint-Jean après la faillite de l'Opéra. «Ici, il y a beaucoup de potentiel et je suis bien payé en amitié. C'est pour cette raison que j'ai décidé de continuer en canalisant mon énergie vers l'enseignement», confie le professeur originaire de Québec.

Le talent est si abondant qu'il serait possible de pousser d'autres interprètes dans la stratosphère, à l'image de la soprano originaire de Saint-Ambroise, Élisabeth Boudreault, promise à une carrière internationale. «Je voudrais que d'autres vivent des expériences semblables et pas seulement des jeunes», laisse entrevoir Alexandre Malenfant.

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