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Mémoires vives, la série d'une fille des régions

Au fil des 100 épisodes diffusés à ce... (Courtoisie, Radio-Canada)

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Au fil des 100 épisodes diffusés à ce jour, le téléroman Mémoires vives a ménagé une place intéressante aux régions, ce qui correspond à la vision entretenue par l'auteure Chantal Cadieux

Courtoisie, Radio-Canada

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Daniel Coté
Le Quotidien

Dans ce Québec médiatique où tout ce qui n'est pas Montréal jouit d'une visibilité équivalente à celle de la face cachée de la lune, le téléroman Mémoires vives fait figure d'exception. Au fil des 100 épisodes diffusés le mardi à 21 h, sur la première chaîne de Radio-Canada, l'auteure Chantal Cadieux a créé un univers dans lequel figurent la Métropole, mais également des communautés comme celles de Mont-Saint-Hilaire, Havre-Saint-Pierre et Chicoutimi.

La plus présente est celle de Mont-Saint-Hilaire où vivent les personnages principaux, notamment la docteure Claire Hamelin, incarnée par Marie-Thérèse Fortin. On se sent comme en région, dans ces petites villes où il n'est pas exceptionnel de se croiser au restaurant, dans un parc ou à l'hôpital, par le plus grand des hasards.

« Je suis née à Richmond et même si j'aime Montréal, je ne vis pas à cet endroit, mais plus au nord. Je demeure une fille des régions et je trouve important de les montrer à la télévision, à une époque où plein de séries se déroulent au même endroit », a souligné Chantal Cadieux mardi, à la faveur d'une entrevue téléphonique accordée au Progrès-Dimanche.

Ce qu'elle apprécie en tant qu'auteure, c'est de jouer sur les deux tableaux, de camper des scènes dans la Métropole, de même qu'à Mont-Saint-Hilaire. Ce sont les deux pôles de Mémoires vives, mais il arrive que d'autres territoires soient imbriqués dans le scénario, à commencer par Havre-Saint-Pierre, où les téléspectateurs ont fait connaissance avec Christian Landrie, le tourmenté garde-forestier qui y élevait Clovis, son unique enfant, avant de migrer sur la Rive Sud.

« Nous avons tourné un peu là-bas, au début, quand Christian travaillait sur la Côte-Nord. Il aurait été difficile de le faire sur une base régulière, cependant, en raison des coûts de production », fait observer Chantal Cadieux. Tout en prenant acte de cette réalité, elle a multiplié les références au Québec qui se déploie au-delà du 514, une orientation toujours présente aujourd'hui.

C'est ainsi que l'ami de Laurie Berthier, cette femme qui tente de rebâtir sa vie après avoir été sous le joug d'un kidnappeur d'enfants, réside dans la région de Québec. Notons également que l'un des événements les plus dramatiques ayant marqué Mémoires vives, la mort de l'ex-conjoint de Claire Hamelin, le docteur Jacques Berthier, à la suite d'un accident de la route, est survenu non loin de là.

« Je suis née à Richmond et même si j'aime Montréal, je ne vis pas à cet endroit, mais plus au nord. Je demeure une fille des régions et je trouve important de les montrer à la télévision, à une époque où plein de séries se déroulent au même endroit. »

Chantal Cadieux

À propos de Chicoutimi, par ailleurs, le lien n'est guère flatteur, mais il a eu le mérite de flatter les esprits. C'est là, en effet, que le psychopathe Frank Manseau a vu le jour et que plusieurs de ses victimes auraient trouvé la mort. « Il a enterré leurs restes dans ''le pit à Thibert'', un dépotoir où ont été construits des condos par la suite. On y a retrouvé des ossements, mais cette affaire est désormais classée », raconte Chantal Cadieux.

D'autres lieux ont été évoqués au gré des histoires inventées par l'auteure et leur sélection témoigne de son souci du détail. « Quand je dois trouver des régions pour situer certains personnages, je m'assure de ne pas choisir les mêmes », décrit-elle. Puisque le Québec est grand, le téléroman pourrait durer longtemps avant de manquer d'endroits évocateurs, mais bien sûr, il ne s'agit pas de la seule condition pour assurer la suite des choses.

Même si les cotes d'écoute atteignent le million et que la direction de Radio-Canada souhaite poursuivre ce projet, en effet, c'est en elle que Chantal Cadieux devra trouver le désir de continuer. « Je dois prendre une décision sous peu et ce sera difficile. Cette série donne de l'ouvrage à bien des gens, mais écrire 24 épisodes par année, toute seule, représente beaucoup de travail. J'aurai 50 ans cette année. Il faut que je pense à moi », énonce la dame derrière Mémoires vives.

L'année où Laurie Berthier aurait pu mourir

La notion de temps constitue une formule chimique instable, surtout dans le contexte d'un téléroman comme Mémoires vives. Comment planifier l'action à court, moyen et long terme sans trébucher en chemin? Tel est le défi que relève l'auteure Chantal Cadieux depuis 100 épisodes et même au-delà, puisqu'elle planche déjà sur ceux qui seront diffusés à l'automne.

Parmi les inconnues avec lesquelles il lui a fallu composer, on note celle, incontournable, du nombre de saisons que voudraient lui accorder le diffuseur et, ultimement, les téléspectateurs. Malgré le succès qu'avait connu son projet précédent, Providence, chaque série constitue en effet un saut dans le vide, d'où l'importance d'identifier quelques plans B.

Le plus important touchait Laurie Berthier, kidnappée à l'âge de sept ans et dont on ignorait même si elle était toujours vivante. Elle hantait la plupart des épisodes, mais l'auteure ne savait pas quel sort l'attendait, du moins dans les premières saisons. «J'avais prévu le coup. Je m'étais dit: ''Si ça marche, on retrouvera Laurie vivante, à 40 ans''. Si ça n'avait pas duré, par contre, on aurait découvert ses ossements», révèle l'auteure.

Parfois aussi, un personnage prend une dimension insoupçonnée, comme celui de l'inspecteur Daniel Dupuis, interprété par Stéphane Gagnon. «Dans ce cas-ci, le comédien est inspirant et ça m'a donné du jus pour élaborer plus que je ne l'avais anticipé», souligne Chantale Cadieux. Cet homme est ainsi devenu une figure centrale de la série.

Il y a aussi la planification annuelle, l'étape qui précède l'écriture d'une nouvelle saison. C'est l'occasion de réfléchir sur le destin de chacun des protagonistes. Ensuite, la rédaction des textes est effectuée par tranches de trois épisodes, ce qui correspond à l'horaire de tournage. Dans ce contexte, la seule chose qui ne soulève jamais de doute est le fait qu'à chaque année, la docteure Claire Hamelin aura de bonnes raisons de perdre le sommeil.

Ces temps-ci, par exemple, elle se fait chanter la pomme par l'avocat de son petit-fils Jérémie, tout en anticipant la sortie de prison de son Christian, lui-même courtisé par une ancienne flamme. L'une de ses amies sort d'une dépression, tandis que sa maison pourrait avoir été utilisée afin de séquestrer une femme kidnappée récemment.

Pourquoi lui imposer tant d'épreuves? Parce qu'elle est capable d'en prendre, répond l'auteure, en substance. «Claire est une femme forte qui est toujours dans le don d'elle-même. Puisque le retour à la maison, après une peine de prison, peut être dur sur la vie de couple, on la verra tiraillée entre deux hommes», répond Chantal Cadieux.

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