La fin de Chansons pour vos yeux

Ce spectacle donné en compagnie de Gregory Charles... (Archives Le Progrès-dimanche, Rocket Lavoie)

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Ce spectacle donné en compagnie de Gregory Charles a constitué une forme d'apothéose, croit l'ancienne directrice artistique de Chansons pour vos yeux, Myriam Gagnon.

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Daniel Coté
Le Quotidien

Il y a quelques jours, quelque part entre les annonces classées et les avis de décès du Quotidien, une note minuscule annonçait la fin de Chansons pour vos yeux. C'est par cette publication de nature administrative que la formation créée en 2000, afin d'interpréter des pièces en utilisant le langage signé, est arrivée au bout de sa course.

En réalité, ses activités avaient été interrompues à l'automne 2014, à la suite d'un spectacle présenté à l'Auditorium Daniel-Vaillancourt de la Polyvalente Charles-Gravel, située à Chicoutimi-Nord. Il ne restait que 12 membres, dont trois femmes qui souhaitaient se retirer afin de donner naissance à un enfant. La relève se faisait rare et de plus en plus, il était difficile de remplir les salles et de trouver du financement.

« Nous avons alors pris une pause qui s'est étalée sur un an. Entre-temps, chacun a fait sa vie, s'est adonné à d'autres activités. Il y avait aussi un essoufflement, puisque tout le monde était bénévole. Moi-même, je travaillais comme professeur pendant 40 heures et j'en ajoutais une vingtaine pour la troupe », a souligné Myriam Gagnon, l'ex-directrice générale, au cours d'une entrevue accordée au journal.

Elle a accepté avec sérénité la fin de cette aventure dont l'origine remonte à un concert donné à Alma par le Choeur Aquilon. Cinq femmes avaient alors interprété la chanson de Raymond Lévesque, Quand les hommes vivront d'amour, en langage signé. Or, cette pratique qu'elles avaient développée dans un contexte académique, à l'occasion d'un cours de français signé, fut tellement appréciée que l'idée de former une troupe s'est imposée.

Preuve que leur instinct ne les avait pas trompées, Chansons pour vos yeux a trouvé son public dès l'an 1. Donné à l'Auditorium Daniel-Vaillancourt, là même où le groupe a fermé les livres, leur premier spectacle fut ainsi repris à Alma. Au même moment, le marché corporatif lui a tendu les bras, ouvrant d'autres possibilités de diffusion - et de financement - qui ont contribué à la viabilité de l'organisme sans but lucratif.

Gregory Charles : l'apothéose

Pour saisir l'impact des numéros livrés par la troupe régionale, il suffit d'entendre Myriam Gagnon évoquer la réaction des spectateurs. « Maintenant que cette belle aventure est terminée, c'est sûr que je ne m'ennuie pas des pratiques. Mais de toucher les gens, oui », dit-elle en donnant l'exemple d'un homme âgé qui, à la fin d'une représentation, était allé la voir au pied de la scène pour ne prononcer que deux mots : « Merci beaucoup ».

« Juste pour les personnes comme lui, ça a valu la peine de s'investir dans ce projet. J'ai ri. J'ai pleuré. J'ai eu du plaisir, pendant toutes ces années. C'était ça, Chansons pour vos yeux », note la directrice artistique, dont l'unique regret fut d'avoir gardé la troupe fonctionnelle jusqu'en 2014, moment où elle est entrée en dormance. Si c'était à refaire, la fin arriverait un an plus tôt.

« Nous venions de connaître notre apothéose lors d'un spectacle auquel avait participé Gregory Charles, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi. Pendant la répétition, alors que nous avions fini de travailler, il s'était mis à essayer des choses sur le nouveau piano acquis par Diffusion Saguenay. Nous avions signé avec lui, en improvisant, et ça fait partie de mes plus beaux souvenirs », confie Myriam Gagnon.

Même si ce rendez-vous avait attiré moins de gens que prévu, pour cause de mauvais temps, les membres étaient si enthousiastes qu'ils avaient manifesté le désir de poursuivre leur engagement. « Le groupe n'était pas prêt à arrêter et ce n'est pas à contrecoeur que je m'étais pliée à cette décision », admet la directrice artistique.

Enfin, elle est heureuse de la façon dont l'organisme a interrompu ses activités. On ne parle pas d'une faillite, mais d'une dissolution, en effet. « Chansons pour vos yeux ne doit rien, puisque nous avons réglé nos comptes sans que personne n'ait à payer de sa poche. En même temps, nous demeurons une référence en ce qui touche les malentendants. Il m'arrive encore de donner des conférences, d'animer des ateliers à ce sujet », rapporte Myriam Gagnon.

De prestigieux partenaires

Pour le commun des mortels, Chansons pour vos yeux est étroitement associé aux nombreux artistes qui ont accepté de se produire en sa compagnie. La liste est longue et comprend des noms aussi prestigieux que Jean-Pierre Ferland, Marie-Mai, Gregory Charles, Zachary Richard, Mario Pelchat, Claire Pelletier et Ginette Reno.

Parmi les expériences les plus mémorables, mentionnons le jour où les billets donnant accès au spectacle avec Ginette Reno ont été mis en vente. Elle devait faire escale à la Salle François-Brassard de Jonquière et il a suffi d'un article dans Le Quotidien pour provoquer une nuée d'appels. « Nous avons pris les premières commandes téléphoniques à 9 h et dès 18 h, tout était vendu », s'émerveille l'ancienne directrice artistique, Myriam Gagnon.

Un autre souvenir impérissable remonte à 2001, alors que Chansons pour vos yeux participait au téléthon de l'Opération Enfant Soleil, une cueillette de fonds tenue au PEPS de l'Université Laval, à Québec. « Nous avons vécu un moment unique en chantant Si fragile aux côtés de Luc de Larochelière et Luce Dufault », relate Myriam Gagnon.

Le fait d'interpréter les pièces en recourant au langage signé constituait un élément distinctif pour la troupe, ce qui explique que même sans la présence d'un gros nom, elle faisait le plein de spectateurs. Le passage du temps l'a toutefois placée dans un cul-de-sac, alors que différents phénomènes sont venus briser son élan.

L'un d'eux se rapporte aux spectacles, ainsi qu'aux dons effectués par des commanditaires. « La conjoncture de récession a joué contre nous. Il est devenu plus difficile d'attirer le public, tandis que les entreprises réduisaient leur aide. D'autres, elles, ont préféré miser sur de gros événements », analyse Myriam Gagnon.

L'autre phénomène concerne la pratique du langage signé. Elle est devenue moins incontournable pour les personnes malentendantes, ce qui ne constitue pas nécessairement une mauvaise nouvelle. « Il y a plus d'orthophonistes et les jeunes reçoivent plus tôt des appareils plus performants, ce qui a réduit le nombre d'élèves inscrits aux cours de langage signé, donc notre bassin de recrutement », affirme l'ancienne directrice artistique de Chansons pour vos yeux.

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