Adieu à un « homme d'exception »

Trente-trois années d'amitié lient Dany Turcotte et Dominique... (Archives La Presse, Robert Mailloux)

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Trente-trois années d'amitié lient Dany Turcotte et Dominique Lévesque. Ils ont longtemps évolué ensemble sur scène comme en fait foi cette photo prise en 1988.

Archives La Presse, Robert Mailloux

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Anne-Marie Gravel
Le Quotidien

«Dominique Lévesque n'avait pas de limites dans la création. Il allait toujours plus loin que tout le monde, il était capable de sortir des sentiers battus. L'idée la plus étrange, c'est toujours lui qui l'avait et c'était toujours la meilleure, car il ne se censurait pas. Ne pas se censurer, créer et défoncer des portes, c'est une grande leçon qu'il nous laisse.»

Dany Turcotte est encore sous le choc de la perte de son complice, mentor, mais surtout ami Dominique Lévesque, victime d'un arrêt cardiaque. Le décès de l'humoriste originaire de Bagotville, survenu alors qu'il faisait de la plongée mardi au Honduras, l'ébranle grandement. Il espère maintenant que les gens se souviendront de lui comme d'un être d'exception, un grand créateur.

«Dominique était un excessif d'exception, un lumineux ténébreux, un enseignant dans l'âme. C'est d'une tristesse sans fin. Il a trois enfants, deux jeunes adultes et un tout jeune garçon de trois ans. C'était magnifique de le voir aller avec ce petit garçon-là. C'est ce que je trouve le plus triste. On lui dit que son papa est au ciel. Nous mêmes on ne comprend pas ce que ça veut dire», affirme-t-il au bout du fil alors qu'il se trouve à Jonquière pour visiter sa mère.

Dany Trucotte a été l'un des premiers à apprendre la mort de son ami. La conjointe de Dominique Lévesque lui a téléphoné mardi, alors qu'il était en route vers le Saguenay, lui qui est natif de Jonquière. «Elle a eu le réflexe de m'appeler. On était indissociable, je pense. On a vécu 33 ans d'amitié, c'était mon voisin d'en haut, on était copropriétaires d'un bloc ensemble, je suis parrain de son fils, énumère-t-il. On ne s'est jamais quittés, jamais perdus de vue. On a habité 24 ans un au-dessus de l'autre», affirme celui qui est déménagé il y a quatre mois à peine.

Dany Turcotte a rencontré Dominique Lévesque au Cégep de Jonquière. Celui qui y enseignait a fondé la Ligue d'improvisation, puis le Groupe Sanguin, réunissant les deux hommes ainsi que Marie-Lise Pilote, Émile Gaudreault et Bernard Vandal, a été formé en 1984.

«Dominique a été la bougie d'allumage, c'était notre professeur, donc un des premiers adultes à s'intéresser à nous et à nous dire qu'on était bons et qu'on avait du talent. Il nous a montré à travailler fort, à toujours donner plus. Il était capable de travailler 18 heures par jour, c'était une bête de travail.»

La rencontre entre Lévesque et Turcotte allait donner naissance à une amitié solide. «Je ne pouvais pas rencontrer Dominique Lévesque et ne pas être marqué par cette personne-là, parce que c'est un être d'exception. On en rencontre très peu des gens comme ça dans notre vie. Dominique est un modèle unique, personne ne lui ressemble et jamais personne ne va lui ressembler non plus.»

Dany Turcotte a partagé la scène à maintes reprises avec son ami, d'abord au sein du Groupe Sanguin, puis avec le duo Lévesque et Turcotte.

«Il était compétitif. Je ne le suis pas. C'est d'ailleurs un peu pour ça qu'on a réussi à être ensemble. Je n'étais pas en compétition avec lui. Il avait un cerveau qui fonctionnait à plein régime. Il avait aussi le défaut de sa qualité puisqu'en même temps, il avait beaucoup d'angoisse, il était dans le doute constamment. Faire de la scène, pour lui, c'était un calvaire. Le mot trac a été inventé pour lui. Ça me forçait à rester zen, je m'interdisais le stress», affirme-t-il, soulignant que, contrairement à ce qui a été avancé, Dominique Lévesque ne songeait pas à remonter sur scène.

«J'en ai jasé avec lui. C'est probablement une phrase qui lui a échappé dans une entrevue. Il n'avait pas le goût de remonter sur scène 'pantoute'.»

Dany Turcotte assure que son ami était heureux à l'ombre des projecteurs.

«Je veux que les gens sachent qu'il était tout de même bien présent. C'était un grand concepteur de quiz au Québec. Il était le maître à penser de L'union fait la force, il était derrière Les Mordus à l'époque, Fort boyard, LesForges du désert. Il a marqué l'histoire de la télévision. C'était un grand artisan.»

Une chose est certaine, Dany Turcotte ne l'oubliera pas. «Dominique Lévesque était notre professeur. C'était lui la bougie d'allumage du Groupe Sanguin. La bougie s'est éteinte, mais les globules sont encore là.»

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