Indian Time : le temps du rapprochement

Carl Morasse... (Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie)

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Carl Morasse

Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie

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Daniel Coté
Le Quotidien

Pendant des années, Carl Morasse a visité les communautés autochtones du Québec afin de donner la parole aux anonymes, autant qu'aux personnages officiels. Les 800 rencontres qui ont découlé de cette démarche ont été dûment filmées, ce qui a généré 280 heures de contenu à partir desquelles il a créé le documentaire Indian Time.

Ce film d'une durée de 90 minutes est produit par La Boîte Rouge Vif, un organisme qui vient d'emménager dans le Pavillon de la culture des peuples autochtones Rio Tinto, la dernière addition sur le campus de l'UQAC. L'histoire qu'il raconte est celle d'un peuple qui, maintenant qu'il est parvenu à transcender son passé, tend la main à ses voisins.

«Indian Time n'a pas pour objet de créer un sentiment de culpabilité. Ce n'est pas non plus un outil de revendication. Il s'agit d'un film d'amour, en ce sens que les Premières nations invitent les Blancs à les rencontrer chez elles, là où elles se sentent le mieux. Après un processus de guérison qui a duré une cinquantaine d'années, après avoir lutté pour leur culture, elles sont prêtes à travailler avec eux», rapporte le cinéaste.

Parlant de culture, il sent que les deux peuples auraient beaucoup de choses à se dire, eux qui sont soumis à des influences venues d'ailleurs, notamment des États-Unis. «Les membres des communautés autochtones à qui j'ai parlé affirment que nous aussi, nous devrions prendre garde à la menace que constitue l'acculturation. Comme nous, ils ont peur de perdre leur langue. Comme nous, ils sont minoritaires au sein d'une majorité», fait observer Carl Morasse qui, dans cet esprit, compare le Québec à une grande réserve.

Approbation unanime

La main tendue par les Premières nations est apparue de plus en plus clairement, à mesure que le cinéaste examinait les enregistrements évoqués plus haut. Après 18 mois de visionnement, un processus de sélection que lui-même juge «fou raide» en raison de son ampleur, il restait encore cinq heures de matériel. Six mois supplémentaires ont été nécessaires pour extraire l'essentiel des commentaires, ceux qui ont abouti sur la version finale du long métrage.

«Je compare ça aux pièces d'un casse-tête. J'ai jonglé avec les morceaux et des îles sont apparues, des thèmes qui sont devenus des archipels, puis des continents. Les gens livrent leur vision de différents enjeux, de la vie en réserve et en territoire, des relations avec les Blancs et de la perte de la langue, une préoccupation très importante. Leur discours est de l'ordre de l'opinion et il embrasse toutes les générations», précise Carl Morasse.

Au final, les commentaires des élus et des experts ont été évacués, histoire de laisser toute la place aux citoyens ordinaires. Ayant conscience d'avoir produit ce qu'il est convenu d'appeler un film de montage, le cinéaste avait hâte de le présenter aux principaux intéressés, une démarche amorcée en août. L'objectif consiste à visiter 14 communautés d'ici à l'été 2017 et jusqu'à maintenant, les réactions vont dans le même sens.

«On profite de l'occasion pour valider notre démarche et l'approbation est unanime. Les gens sont contents de prendre la parole et se reconnaissent dans le discours véhiculé par Indian Time», se réjouit Carl Morasse. Une fois la tournée complétée, le film élargira ses horizons. La télévision, le circuit des festivals, de même que les écoles, y compris celles qui sont implantées en milieu allochtone, font partie des pistes envisagées par La BoÎte Rouge Vif.

L'unique exception, pour l'heure, est survenue vendredi après-midi, alors que le long métrage a été projeté à l'UQAC, dans le cadre de l'inauguration du Pavillon de la culture des peuples autochtones Rio Tinto. Ceux qui n'ont pu assister à cette séance auront la chance de se reprendre en décembre ou janvier, par l'entremise du Ciné Nikanite. Il s'agit d'un ciné-club autochtone basé sur le campus de l'UQAC.

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