Gregory Charles: souvenirs et émotions au piano

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Gregory Charles a exprimé en chansons l'amour que lui inspirent sa mère et son père, vendredi soir, à l'occasion d'un spectacle chargé d'émotion.

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Daniel Coté
Le Quotidien

Quels souvenirs remontent à la surface lorsqu'on pense à sa mère? Dans certaines familles, c'est celui de créations telles un arbre de Noël fait de tissu et de bourrures, ou de napperons aux airs de courtepointe. D'autres pensent à des recettes, rêvent de goûter une nouvelle fois à sa tourtière, sa tarte aux cerises ou ses confitures. Gregory Charles, lui, n'a qu'à fredonner des chansons pour se revoir, enfant, adolescent, aux côtés de la femme de sa vie.

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Gregory Charles

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C'est pour cette raison que le spectacle qu'il a présenté vendredi, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, se nomme Ma mère chantait toujours. Parce que cette dame qui se montrait si exigeante en ce qui touche les choses de la vie, notamment l'éducation de son fils, aimait les mots et les notes avec une rare intensité. Surtout quand on en faisait des chansons.

Pour la dépeindre, Gregory Charles a interprété ses pièces favorites, seul au piano. On a appris que sa mère chérissait La Manic de Georges Dor, en particulier le troisième couplet, celui où il est question des rues sales et transversales de Montréal. Le public, qui occupait tout le parterre, l'a alors appuyé en chantant avec une douceur admirable, un phénomène qui s'est produit à maintes reprises au cours de la soirée.

Diane Dufresne faisant figure d'icône dans la maison, on a eu droit à un extrait de L'homme de ma vie, une mise en bouche en vue du plat de résistance que fut Le parc Belmont. En matière d'interprétation, Gregory Charles a alors atteint un sommet, entrant à pas de loup dans la tête du personnage calqué sur Alys Robi avant d'exprimer sa folie, le poids de ses blocages, dans un crescendo émotif où sa voix s'est rendue à la limite du décrochage.

Le public s'est levé d'un bloc pour saluer ce morceau de bravoure pendant que l'invité de Diffusion Saguenay retirait ses lunettes pour essuyer ses larmes. Au début du spectacle, en effet, il avait raconté que sa mère était atteinte de la maladie d'Alzheimer depuis 14 ans. Elle ne le reconnaît plus et se révèle incapable de parler. Le seul moyen de communication qui reste à son fils est le piano.

«Encore cette semaine, j'ai joué l'air de J'attendrai lors d'une visite à sa résidence et ma mère s'est mise à le fredonner, a-t-il confié. Je trouve une forme de consolation là-dedans, dans le fait de savoir que jusqu'à maintenant, la maladie ne lui a pas arraché la musique.» Il avait enchaîné avec C'est ma chanson, la composition de Charlie Chaplin popularisée par Petula Clark. Une version ultra-délicate et néanmoins chargée de mélancolie.

Évoquer le passé, c'est aussi revenir sur des phénomènes pas toujours glorieux. Ainsi a-t-on souri quand le Mammy Blue de Roger Whittaker s'est mué en Patof Blue. On saura gré à l'artiste d'avoir omis Chu de bonne humeur, même s'il a tenu à exprimer son admiration pour René Simard en faisant un bout de Pascale et de Toute la pluie tombe sur moi.

Toujours en mode léger, Gregory Charles a illustré l'un des principes chers à sa mère, à l'effet que certaines structures harmoniques offrent une garantie de réussite au palmarès. Il a emprunté celle de la chanson Le temps est bon, d'Isabelle Pierre, et l'a plaquée sur des titres aussi improbables que Stairway To Heaven, Suite Madame Blue, La dame en bleu et la Hélène de Roch Voisine pour montrer - avec succès - à quel point ils sont apparentés.

Il a aussi été question de son père, ce fils d'esclave né à Trinidad, arrivé au Québec en 1965 et tellement amoureux de sa femme qu'il a développé une passion pour l'opéra afin que leurs goûts se rencontrent. Quand elle a reçu son diagnostic, il a pris sa retraite pour mieux s'en occuper. «En passant, c'est la semaine nationale des proches aidants», a rappelé son fils.

Cet homme s'est usé à la tâche sans jamais considérer qu'il s'agissait d'un sacrifice. À ses yeux, c'était la juste contrepartie de l'amour qu'il avait reçu et continue de recevoir, puisque son épouse le reconnaît encore. Il leur arrive même de danser sur l'air de La dernière valse, mais on a appris que le destin, cruel, venait de lui jouer un sale tour.

«Il y a quelques semaines, mon père a reçu son diagnostic. Il est atteint de la même maladie que ma mère», a annoncé Gregory Charles. Le public a aussitôt réagi en émettant un «Oh» dans lequel a filtré une réelle empathie. On a alors senti que ce n'était plus un artiste qu'il voyait sur la scène, mais un fils éploré.

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