La double naissance de L'Heptade

Louis Valois et Serge Fiori.... (Photo La Presse)

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Louis Valois et Serge Fiori.

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Daniel Coté
Le Quotidien

Une voix familière à l'autre bout du téléphone, celle de Serge Fiori. Accompagné du bassiste d'Harmonium, Louis Valois, il raconte la naissance de L'Heptade XL, la version remixée de l'album double créé en 1976. C'est une grosse affaire, un projet chapeauté par Sony Music qui, à compter du 18 novembre, offrira ce produit sous différents formats.

Il y aura un coffret regroupant deux CD, ainsi qu'un DVD intitulé Viens voir le paysage, l'unique captation vidéo d'un spectacle où le contenu du disque avait été livré dans son intégralité. En prime, on a inséré une pièce inédite, C'est dans le noir, souvent jouée sur scène, mais jamais en studio. Les nostalgiques, eux, auront l'occasion de se procurer deux vinyles, ou encore le coffret de luxe comprenant toutes les choses qu'on vient de mentionner.

L'objet de la conversation, toutefois, embrasse moins ces questions mercantiles que le contexte dans lequel L'Heptade a vu le jour, ainsi que la joie ressentie par les musiciens lorsqu'ils ont travaillé sur les bandes maîtresses, à 40 ans de distance. Dans chacune de ces deux phases, séparées par la moitié d'une vie, les artistes ont ressenti une grande fébrilité, accentuée par la conviction qu'ils avaient de toucher à quelque chose d'unique, d'intemporel.

En 1976, c'est un Serge Fiori en pleine possession de ses moyens, à l'âge tendre de 25 ans, qui a complété l'écriture des chansons. «C'est après l'enregistrement de l'album La cinquième saison que la thématique du chiffre 7 s'était développée. Humblement, je crois que pour faire une chose comme ça, il faut se trouver dans un état second», confie-t-il.

«On travaillait excessivement fort et quand tu vis ce genre d'expérience, on dirait que tu ne le réalises pas sur le coup. Ce fut le plus bel été de notre vie», rapporte Louis Valois. Le groupe avait pris le temps d'apprivoiser les compositions, en effet. La compagnie de disques lui avait laissé une marge de manoeuvre qui tranche avec les pratiques actuelles.

«Nous étions les ambassadeurs d'une liberté musicale et ce qu'on entend sur l'album, c'est le son d'ici, une espèce de folklore progressif», fait observer Serge Fiori. Parmi ses influences, il mentionne James Taylor, Joni Mitchell qui, alors, prenait un tournant jazz, ainsi que les groupes Genesis et Weather Report. «Mais pas Gentle Giant», précise le chanteur en riant, alors que son vieux complice venait d'inclure cette formation dans son panthéon personnel.

«Une redécouverte»

Serge Fiori a écouté L'Heptade en maintes occasions depuis 1976, mais souvent par la bande, parce qu'une autre personne avait choisi de l'entendre. C'est seulement lorsque les bandes maîtresses ont été retrouvées, quand il a amorcé le processus de remixage avec Louis Valois, que cet album a vraiment retenu son attention. «Ce fut une redécouverte. J'ai trouvé ça audacieux», mentionne-t-il.

Son camarade, lui, a été impressionné par le travail accompli par Michel Lachance, alors responsable de la production. «Il a fait une prise de son incroyable. J'ai ressenti un grand plaisir en replongeant là-dedans», résume le bassiste. Une fois l'émotion passée, cependant, il a fallu définir à quoi ressemblerait L'Heptade XL sans se montrer intimidé par l'ampleur du défi. C'est là que le chantier a vraiment commencé.

«L'idée, c'était de ne rien changer, juste de mettre le son en avant. On s'était tellement donnés pour que ça sonne bien dans les années 1970», note le chanteur. «On était fébriles parce qu'on s'attaquait à une grosse pièce. On a tout réécouté en partant des pistes de Serge, avec la guitare acoustique et la basse, et on a mis les voix en avant. D'une certaine manière, on a procédé à l'envers», indique Louis Valois.

L'intervention la plus délicate a porté sur Le corridor, le titre qui ouvre le second album. On a ajouté un passage créé sur scène, mais qui ne figurait pas sur l'enregistrement original. «Serge chantait là-dessus et pour intégrer ça, on a enlevé la portion qui commence par les mots «Seul, ensemble». Ensuite, lui, moi et Monique Fauteux, on a refait une version qui a été intégrée au disque. Et ça passe bien», estime le bassiste.

L'écoute de la nouvelle mouture de L'Heptade justifie les efforts consentis par le duo. Le problème est qu'on ne voudrait pas qu'il s'arrête là, le catalogue d'Harmonium comprenant trois disques au total. Espoir vain? Oui et non. «Les éléments du premier se trouvent dans mon sous-sol et je me doute de l'endroit où se trouvent ceux du deuxième. Mais on verra», laisse planer Louis Valois.

Serge Fiori, Jeannois d'adoption

Depuis huit ans, Serge Fiori partage la vie d'une fille du Lac-Saint-Jean, Hélène Lévesque. Installé à Longueuil, le couple vient régulièrement dans la région pour revoir la parenté et profiter de la magie du lieu, comme ce fut le cas l'été dernier, alors qu'il a séjourné dans un chalet niché à Saint-Henri-de-Taillon.

À chaque fois, le chanteur retrouve une atmosphère, des sensations, qui le ramènent dans les années 1970, au temps du groupe Harmonium. Avaler de l'asphalte faisait partie de sa définition de tâches. «J'étais tellement content de débarquer au Lac. C'était la portion favorite de nos tournées», a-t-il raconté il y a quelques jours, à l'occasion d'une entrevue téléphonique accordée au Quotidien.

L'artiste se sent bien chez nous et spontanément, on se prend à rêver d'un spectacle qui serait présenté dans une petite salle, pour le plaisir. S'agit-il d'une réelle possibilité ou d'un fantasme? «Je ne peux pas le dire», répond le principal intéressé. Il ajoute que pour l'heure, sa priorité passe par la création d'albums en compagnie d'un autre vétéran d'Harmonium, le bassiste Louis Valois.

«Louis et moi, nous installons un studio pour produire des choses. J'ai plein de projets», confirme Serge Fiori. Parmi ceux-ci, il pourrait y avoir de nouvelles chansons de son cru. L'idée de donner un coup de pouce à la relève n'est pas écartée, elle non plus. «L'industrie est dans le paraître, alors que nous n'avons jamais été là-dedans», met en contexte Louis Valois.

La perspective de produire des chansons est d'autant plus attrayante que la technologie a sensiblement évolué depuis la naissance de L'Heptade, un album qui, en passant, suscite l'adhésion d'une nouvelle génération de fans. «Aujourd'hui, il y tous les moyens pour que des artistes «trippent» en faisant leurs enregistrements», affirme Serge Fiori.

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