Tableau d'une mort à l'ancienne

Dans sa nouvelle création, Requiem, le Théâtre CRI... (Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie)

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Dans sa nouvelle création, Requiem, le Théâtre CRI aborde le thème des rites funéraires sur le mode de l'humour. Cette pièce est bien servie par les comédiennes Vicky Côté, Guylaine Rivard et Andrée-Anne Giguère, dont le jeu est juste, tout en laissant filtrer un reste d'absurdité.

Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie

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Daniel Coté
Le Quotidien

Novembre, le mois des morts.

C'est peut-être ce qui a inspiré le Théâtre CRI lors de la conception de Requiem, une pièce présentée jusqu'au 13 novembre, à 20 h (on réserve au numéro 418 542-1129). Il s'agit du deuxième volet de la série Entre 4 murs, qui mènera à la création de quatre oeuvres dans une maison centenaire située au 3967 rue Saint-Antoine, à Jonquière. C'est là que résident Serge Potvin et Guylaine Rivard, fondateurs de la compagnie il y a 20 ans.

L'équipe demeure la même, sauf que cette fois, la mise en scène est assurée par Éric Chalifour. Il a souhaité aborder le thème des rites funéraires en juxtaposant différents écrits : Les yeux du père de Guy Lalancette, Texte sans titre de Martin Giguère et Le défunt de René de Obaldia.

Avant même l'arrivée des comédiennes, lors de la première représentation livrée mercredi, il régnait une atmosphère de circonstance. Les 30 spectateurs regroupés devant le salon placotaient avec entrain, ce qui faisait penser aux conversations qui animent les salons funéraires. Devant eux, des dizaines de cierges étaient posés sur des tables, tandis qu'un long ruban formé de crêpe noir courait au-dessus des fenêtres et du crucifix.

Dans ce décor de l'ancien temps, on a vu apparaître Guylaine Rivard en veuve éplorée. Son mari est exposé dans la maison et même si on ne le voit pas, l'écho des « Je vous salue, Marie » trahit sa présence. Prise de faiblesse, la bourgeoise endimanchée avale un doigt de boisson forte pour se donner une contenance, le premier trait d'humour d'une soirée qui en offrira plusieurs.

Le ton est léger, en effet, ce que confirment les échanges surréalistes entre la veuve et une dame personnifiée par Vicky Côté. Celle-ci reçoit les confidences de l'autre, dont l'époux fut un chaud lapin. « Je le soupçonne d'avoir consommé tout le combustible qui se trouvait dans son entourage », laisse échapper l'hôtesse avant de l'accuser d'avoir tué sa grand-mère.

Parfois, une autre comédienne, Andrée-Anne Giguère, prend le relais des deux femmes. S'adressant directement au public, la jeune adulte qu'elle incarne est fascinée par la dépouille de son père : ses doigts si raides, ses yeux fermés pour l'éternité. Elle affiche la candeur d'une enfant, enveloppant ses propos sur la mort d'une épaisse couche de religiosité, tout en se montrant fascinée par le cercueil, « presque aussi beau qu'une auto neuve ».

C'est seulement à la fin de la pièce que les trois femmes jouent vraiment ensemble, alors qu'on les voit préparer le buffet. Elles s'expriment et bougent à la manière d'antan, comme dans un vieux téléthéâtre. Leur jeu est si finement décalé que même lorsqu'on les observe de près, il coule de source et paraît quasiment réaliste, à la manière de ces morts si bien arrangés qu'on croit les voir respirer.

Vus sous cet angle, les rites funéraires d'antan deviennent divertissants. On note avec regret l'aseptisation des moeurs actuelles, tout en se demandant si l'endroit où on se trouve, cette maison érigée au début du 20e siècle, a déjà accueilli de vrais défunts, avec de vraies femmes portant un col de fourrure, servant de vrais sandwichs en triangle. Ce ne serait pas la première fois que l'art et la réalité se confondent.

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