Michel Louvain, le crooner inusable

Michel Louvain retrouvera ses fans de la région... (Archives, La Presse)

Agrandir

Michel Louvain retrouvera ses fans de la région à compter de jeudi, alors qu'il donnera quatre spectacles en quatre soirs. C'est ainsi que le crooner célébrera ses 60 ans de carrière.

Archives, La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Daniel Coté
Le Quotidien

C'est le genre de tournée que faisait le groupe Sweet People dans ses belles années, que seuls les humoristes peuvent encore se permettre. Et c'est un homme de 79 ans, Michel Louvain, qui aura la chance de donner quatre spectacles en quatre soirs au Saguenay-Lac-Saint-Jean, une séquence qui sera amorcée jeudi à 20 h, à l'église Notre-Dame de Roberval.

«Ce sera une belle semaine dans une région que je connais comme les cinq doigts de la main. Le temps passe vite. Il me semble que c'était hier, l'époque où j'allais chanter à l'hôtel Pierre de Jonquière ou à Alma, à l'hôtel Royal. Je suis chanceux d'être toujours là et de sentir que le public apprécie ce que je fais. Après tout, c'est lui qui décide si on doit rester ou non», a-t-il énoncé mardi, lors d'une entrevue téléphonique accordée au Quotidien.

Il affirme que la tournée 60 ans de carrière sera sa dernière, en ce sens qu'on ne le reverra plus dans le cadre d'une production aussi élaborée. Il est vrai que sept musiciens et deux choristes lui tiennent compagnie et qu'en ajoutant les autres collaborateurs, ils sont 15 à le suivre sur les routes du Québec et du Nouveau-Brunswick.

«Ça ne veut pas dire que je ne reviendrai pas dans un festival, comme je l'avais fait sur la zone portuaire de Chicoutimi avec Guy Harvey, dont le décès m'a laissé en état de choc. C'est juste que ce ne sera pas au cours d'une grande tournée comme celle-ci», précise celui qui chantera aussi vendredi, à la Salle Desjardins-Maria-Chapdelaine de Dolbeau-Mistassini, samedi à la Salle Michel-Côté d'Alma, puis dimanche à 15 h, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi.

De Trenet à La dame en bleu

Michel Louvain est particulièrement fier de la première partie du spectacle, puisqu'elle ouvre une fenêtre sur sa vie. C'est ainsi qu'il reprendra des classiques de Charles Trenet, qui était le chouchou de sa mère, en plus de rendre hommage à Charles Aznavour. «J'en profite pour livrer des souvenirs personnels», fait observer l'homme en bleu.

Un autre bloc aux accents nostalgiques est celui des crooners américains des années 1950 et 1960. Des collègues comme Bobby Vinton, les Platters et Neil Diamond effectuent un tour de piste pour le plus grand plaisir du public. «Ça bouge tellement que les gens sont déçus quand on arrive à l'entracte», lance l'interprète en riant.

Ses fans ne perdent rien pour attendre, cependant. Au retour de la pause, ils ont droit aux succès de leur idole. «Je fais La dame en bleu et les prénoms de filles», résume-t-il en évoquant les Louise, Sylvie et Lison qui ont fait de lui l'idole du Québec à la fin des années 1950. Parlant de La dame en bleu, Michel Louvain note qu'il l'a enregistrée en mai 1976. La présente tournée marque donc le 40e anniversaire de ce qui demeure son air le plus mémorable.

Le plus drôle est que ça ne lui disait rien, l'idée de créer une version française de Lady in Blue, dont le texte est signé Christine Charbonneau. Il a fallu que son producteur insiste pour que le chanteur tente le coup. «Je lui ai dit que je ne faisais pas de tango, ce qui montre qu'on n'est jamais bons juges, nous les artistes. Même quand je ne serai plus de ce monde, on fera encore jouer La dame en bleu.»

Un public qui rajeunit

La popularité de Michel Louvain est telle qu'il participera à trois concerts en avril, appuyé par l'Orchestre symphonique de Québec. Toujours dans cette ville, le Festival d'été l'a invité à donner un spectacle qui s'apparente à une carte blanche, puisqu'on lui a demandé de choisir les artistes qui partageront la scène avec lui. C'est prévu pour le 12 juillet 2017, le jour où l'inusable vétéran célébrera ses 80 ans.

Cette séquence impressionnante prendra fin le 25 novembre, à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des arts de Montréal. Et ça aussi, ce sera une grosse affaire parce que ce n'est pas tous les jours qu'un chanteur accumule 60 années d'ancienneté, tout en ayant l'assurance que le public demeure attaché à lui.

«C'est l'fun d'entendre les gens crier comme au temps de Jeunesse d'aujourd'hui. La plupart sont de mon âge, mais depuis quelques années, je remarque qu'il y a des personnes de 35 ans dans mes salles. J'ai touché leur coeur en faisant le Gangnam Style à la télévision et en chantant La dame en bleu avec Éric Lapointe, au Show du Refuge. Ils ne s'y attendaient pas», constate le principal intéressé.

Professionnel jusqu'au bout des ongles, il prend des mesures toutes simples comme d'arriver un jour plus tôt à Roberval, de garder le silence pour ménager sa voix, afin que ses fans aient droit à une performance optimale. «Oui, il y a des journées où la fatigue est plus grande, mais dès que j'entends les gens chuchoter derrière le rideau, ça se replace. Je suis heureux quand je chante. Le public, c'est ma drogue», confie Michel Louvain.

Au temps du Casa Loma

Michel Louvain a beau être un chanteur de charme, il a vécu des épisodes passablement rock'n roll au fil de sa longue carrière. Parmi les plus rocambolesques, dignes d'un film de Martin Scorcese, il faut ranger ses nombreux spectacles donnés au Casa Loma, ce symbole du temps où Montréal était considérée comme une ville dissolue.

«Je ne regrette pas d'avoir travaillé dans les clubs, même si le public n'était pas toujours attentif, même si on était envahis par la fumée émanant des cigarettes, des cigares et même des pipes. C'est là que j'ai appris mon métier, y compris au Casa Loma, un endroit qui était un peu mafieux», affirme l'interprète.

Se produire dans cette salle comportait son lot d'exigences. Le samedi soir, par exemple, l'horaire comprenait trois spectacles et le dernier commençait à 1 h 30. En plus, il fallait composer avec une faune particulière, comme le jour où un type d'allure louche, très agressif, s'est mis à interpeller le jeune chanteur.

«À l'époque, j'étais un peu baveux et j'avais répondu que je l'attendrais après, relate Michel Louvain. J'étais un peu nerveux à mon retour dans la loge, où le patron de la boîte m'a annoncé que je sortirais en compagnie de quatre de ses hommes. Ils m'ont escorté jusqu'à ma voiture et bien sûr, le gars n'était pas là.»

Le patron du Casa Loma était le sulfureux Frank Cotroni, chef de la mafia montréalaise. C'était aussi un allié indéfectible du crooner, dont la carrière était partie sur les chapeaux de roues. «Moi et Ginette Reno, nous étions ses artistes préférés, se souvient-il. À chaque fois que je chantais pour lui, il faisait livrer une bouteille de champagne dans ma loge.»

Cotroni savait aussi se montrer rassurant, comme le soir où le club a reçu la visite des policiers. «Je ne comprenais pas ce qui se passait jusqu'à ce qu'on me dise que le portier avait été fusillé. J'ai enjambé le cadavre pour me rendre jusqu'à ma loge, qui se trouvait au sous-sol, et monsieur Cotroni a pris le temps de me rassurer. Il m'a dit de ne pas m'en faire si, pendant le spectacle, les gens avaient un comportement inhabituel», décrit Michel Louvain.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer