Une rare et belle visite de Lapointe

Le baryton Jean-François Lapointe... (Photo courtoisie)

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Le baryton Jean-François Lapointe

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Daniel Coté
Le Quotidien

Elles sont rarissimes, les occasions d'entendre le baryton Jean-François Lapointe dans la région qui l'a vu naître. Cet homme étant sollicité par les plus grandes maisons d'Europe, ce qu'illustrent les escales à Nice, Bologne, Monaco, Marseille et Lille qui balisent la présente saison, le rendez-vous de dimanche à 14 h, à la Salle Michel-Côté d'Alma, est à marquer d'une pierre blanche.

Les amateurs d'art lyrique auront le bonheur de l'entendre aux côtés d'une autre voix de chez nous, celle de la soprano France Bellemare. Accompagnés du pianiste Maurice Laforest, ils consacreront la première partie du programme aux mélodies françaises de la fin du 19e siècle avant d'aborder le répertoire opératique.

La pièce de résistance du récital sera un duo d'une quinzaine de minutes sur fond de Traviata. Toujours ensemble, les interprètes livreront le célèbre extrait de La veuve joyeuse, L'heure exquise. Autrement, c'est en solo que la Jeannoise posera sa voix sur La Habanera, tandis que son camarade s'attaquera au Faust de Gounod.

« France est une jeune et excellente chanteuse, tandis que moi, je suis un vieux de 51 ans, a lancé Jean-François Lapointe avec humour, lors d'une entrevue téléphonique accordée au Quotidien. Ce sera agréable de se produire dans une salle possédant une bonne acoustique et de souligner les 20 ans de Concerto, l'organisme responsable de cet événement (aux côtés de Ville d'Alma Spectacles). Tenir des concerts classiques depuis si longtemps, c'est extraordinaire. »

Un art méconnu

Revenant sur la première partie du programme, le baryton exprime son admiration pour la mélodie française telle que l'ont pratiquée des compositeurs comme Poulenc, Berlioz, Hahn et Fauré. « C'est de la musique de salon au même titre que le lied allemand et elle est intimement liée à la poésie, à de grands auteurs », fait-il valoir.

On pourrait y voir une spécialité, un genre musical un peu pointu, pas vraiment accessible, mais Jean-François Lapointe perçoit les choses autrement en invoquant un récital présenté récemment à Genève. « Le programme était formé à 100 % de mélodies françaises et les gens l'ont apprécié. Ce répertoire est tellement riche », mentionne-t-il.

On trouve même des oeuvres comiques, un bon exemple étant le cycle de Poulenc qu'il interprétera à Alma. Ce sont des chansons gaillardes qui feront ressortir son côté givré, alors que sa consoeur, dont la carrière démarre sur les chapeaux de roues, créera une atmosphère différente, plus éthérée, en abordant le répertoire de Raynaldo Hahn.

En plus du récital, l'agenda de Jean-François Lapointe comprend une classe de maître qui sera donnée lundi avant-midi, à la salle La Tourelle située dans les murs du Collège d'Alma. Ce sera l'occasion de voir comment un artiste aguerri transmet ses connaissances à de jeunes chanteurs, le tout dans un contexte convivial. L'entrée est libre et tous sont autorisés à assister à cette activité.

Relever le défi de la longévité

Le talent de Jean-François Lapointe est reconnu depuis longtemps, mais de plus en plus, c'est sa longévité qui force l'admiration. Lui qui fait carrière depuis 34 ans en tant que professionnel, dont les débuts sur la scène internationale remontent à 1988, ne présente aucun signe de ralentissement. Ses capacités vocales n'ont point démérité et certaines maisons retiennent ses services trois ans à l'avance.

« Je connais encore de grosses années », confirme le principal intéressé. Chaque saison l'amène à participer à sept ou huit opéras, principalement en Europe, et à aborder jusqu'à cinq nouveaux rôles. Les contrats ayant tendance à s'enchaîner, il lui arrive de séjourner dix mois consécutifs sur le vieux continent, ce qui ne comporte pas que des avantages.

« Je pratique un métier extraordinaire, mais prenant, ce qui impose des sacrifices au plan personnel. C'est pour cette raison qu'à un moment donné, je vais réduire le rythme afin de passer plus de temps auprès de ma famille. J'ai maintenant deux petits-enfants », fait remarquer l'interprète originaire du Saguenay.

Outre l'éloignement, les exigences de la carrière lui font vivre régulièrement des journées de 12 heures. Loin de la scène, en effet, il y a plein de choses qui sollicitent son attention. Il faut entretenir la voix, son outil de travail, étudier les partitions, se déplacer, donner des entrevues, participer à des réunions de tous ordres. Pour tenir le coup, ça prend une santé de fer, ainsi qu'une discipline digne d'un athlète olympique.

La récompense, elle, épouse plusieurs formes. Dans le cas de Jean-François Lapointe, elle se manifeste lorsque l'Opéra de Marseille le réinvite systématiquement, lorsqu'on l'associe à des projets d'enregistrements comme les deux dont on verra la couleur dans la prochaine année, lorsqu'on lui confie des rôles de jeunes premiers parce qu'il a encore le physique de l'emploi.

Ce qui est nouveau, c'est le fait de le voir camper des personnages nécessitant un surcroît de maturité, un privilège que Jean-François Lapointe attribue en partie à sa voix de baryton. « Ça me permet d'assumer des rôles de père et de mari jaloux, en plus des jeunes premiers. Ce sera long avant que j'en fasse le tour », énonce-t-il.

C'est ainsi que dans l'un de ses opéras préférés, le Pélléas et Mélisande de Debussy, il a troqué le rôle de Pelléas pour celui de son frère aîné, Golaud. « Il est plus dramatique et m'a permis de continuer à faire cet opéra que j'adore. J'ai participé à plus de 200 représentations en l'espace de 24 ans et je ne m'en lasse pas. Cet univers est si complexe », affirme le Saguenéen.

Son unique regret tient au disque, un support qui a connu de meilleurs jours. Certes, il a prêté sa voix à une douzaine d'enregistrements, mais c'est bien peu, comparativement à ce qu'ont pu accomplir ses camarades plus âgés. « Je suis arrivé 20 ans trop tard. Avant, j'aurais été associé à un plus grand nombre de projets », constate Jean-François Lapointe.

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