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1:54 de Yan England: un film qui ne laisse personne indifférent

Yan England, réalisateur de 1:54, se déplace partout... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Yan England, réalisateur de 1:54, se déplace partout à travers la province afin de présenter son film. Il s'agit du premier long métrage de celui dont le court métrage Henry avait été nommé aux Oscars en 2013.

Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque

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Anne-Marie Gravel
Le Quotidien

Mardi, 16 h. Une représentation du film 1: 54 figure à l'horaire du cinéma Odyssée de Chicoutimi. Le réalisateur, Yan England, est sur place pour présenter son film sorti depuis le 13 octobre dernier. Chose qu'il fera à nouveau à 19 h, puis le lendemain à Québec, avant de se rendre à Gatineau, Sherbrooke et ailleurs encore.

Yan England a pris le temps de rencontrer... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque) - image 1.0

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Yan England a pris le temps de rencontrer le public mardi soir après chacune des représentations offertes au cinéma Odyssée de Chicoutimi.

Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque

Le premier long-métrage de Yan England dure 1 h 45. 1 h 45 où chacun des spectateurs suit l'histoire de Tim, rivé à son siège.

Tim (Antoine Olivier Pilon) est un adolescent de 16 ans, bientôt 17. Il est victime d'intimidation depuis le début de son secondaire. Il en a assez. Il veut que ça change. Pour ce faire, il décide d'affronter son agresseur sur une piste d'athlétisme. Il est doué pour la course, tout comme son bourreau. 1:54, c'est le chrono qu'il doit atteindre pour le battre.

1:54, c'est une histoire d'intimidation, mais c'est aussi un film sur le dépassement de soi, le sport, la rivalité.

Pas de répit

L'histoire se déroule à l'école, sur le terrain d'entraînement, mais aussi à la maison, la fin de semaine, dans les «partys». Avec les médias sociaux, l'intimidation ne donne pas de répit.

1: 54 n'offre pas de répit, lui non plus. Il propose aux spectateurs la vision des choses d'un jeune victime d'intimidation.

À la fin du film, le générique défile, sans musique. Dans la salle, il n'y a pas un bruit. Personne ne se lève.

Yan England réapparaît devant le public. Il parle de sa démarche, répond aux questions.

Il invite ensuite les cinéphiles à le rencontrer à la sortie.

Personne ne quitte le cinéma sans lui adresser quelques mots, des félicitations surtout. Quelques personnes présentes ont même affirmé avoir vu le film pour une deuxième fois en quelques jours.

Une chose est certaine, personne n'est demeuré indifférent à l'histoire qui venait de lui être servie. Tim nous rappelle tous quelqu'un qu'on connaît ou qu'on a connu.

Dire que les institutions ont refusé de subventionner le projet parce qu'elles jugeaient le sujet «dépassé».

Trois prix

1: 54 cumule déjà trois prix, soit le Valois du meilleur acteur (pour Antoine Olivier Pilon) et le Valois Magelis au Festival de film francophone d'Angoulême en août dernier, ainsi que le prix du jury junior au Festival international du film francophone de Namur (FIFF) en Belgique. Il a aussi été présenté à Vancouver, en Corée du Sud et à Chicago.

Comme quoi l'intimidation est malheureusement un sujet actuel et universel.

« J'aime aller à la rencontre des gens »

Yan England est le genre de cinéaste qui prend les choses en mains. Quand il s'est vu refuser le financement pour son projet de film, il s'est relevé les manches et a usé d'imagination pour atteindre son objectif. Maintenant que 1: 54 est en salle, il l'accompagne partout au Québec, afin de poursuivre l'expérience avec le public après le visionnement.

«J'aime aller à la rencontre des gens», explique simplement Yan England après la présentation de son film au Cinéma Odyssée de Chicoutimi, mardi.

Le cinéaste a travaillé pendant quatre ans sur son film qui a finalement été tourné il y a exactement un an, malgré l'absence de financement des institutions.

«Quand j'ai su que le projet n'était pas retenu par les institutions qui affirmaient que le sujet était dépassé, je suis tombé en mode solution», raconte-t-il. «Les institutions ont droit à leur opinion. Moi, j'avais une urgence de présenter ce film. Je ne voulais pas raconter cette histoire dans dix ans.»

Des gens ont tout de même cru au projet, les productrices Denise Robert et Diane England d'abord, puis toute une brochette d'acteurs qui ont embarqué dans l'aventure.

«On a trouvé un peu d'argent et plein de solutions. C'est dans les contraintes qu'on est le plus créatifs.»

Son équipe d'acteurs, le réalisateur n'en est pas peu fier. «C'est la crème de la crème», affirme-t-il sans hésiter. «Ils ont eu un dévouement total. C'était un tournage difficile mentalement et physiquement. Ils ont dû s'entraîner pour devenir de vrais athlètes», souligne-t-il, faisant référence au fait que les personnages de Tim (Antoine Olivier Pilon), Jennyfer (Sophie Nélisse) et Jeff (Lou-Pascal Tremblay) excellent à la course.

Ils ont aussi tourné dans une vraie école secondaire, avec les 1200 étudiants de l'endroit comme figurants, ce qui a pu compliquer parfois le travail.

Avec 1: 54, Yan England avait une idée précise en tête.

«Je n'ai jamais voulu être moralisateur. Je voulais faire vivre des émotions au public via le personnage principal. Ce que je propose, c'est le point de vue de Tim, la façon dont il vit les choses, dont il les perçoit. Ce n'est pas une critique de la jeunesse, des parents ou des enseignants», insiste-t-il.

Yan England a déjà été victime d'intimidation, mais il ne propose pas une autobiographie ni l'histoire de quelqu'un en particulier. Par contre, au fil des ans, son métier de comédien et animateur d'émissions jeunesse l'a amené à rencontrer des jeunes de partout et à jouer le rôle de confident.

Des histoires d'intimidation, il en a entendu plusieurs. «Quand un jeune tend une perche, il faut l'écouter. C'est ce que je fais. Je réponds aux messages, même si, en ce moment, j'ai beaucoup de retard!»

Comme les personnages du film, Yan England est aussi un coureur au 800 mètres. Il a également entraîné de jeunes nageurs pendant des années. Les relations parents-enfants et coach-adolescent ne lui sont pas étrangères.

Maintenant que son film est en salle, le réalisateur souhaite que les écoles se rendent dans les cinémas pour le voir. «Ce sont des zones neutres. Dans l'école, dans la classe, c'est le territoire du bourreau», explique-t-il, soulignant que partout où il passe le film ouvre le dialogue.

«En plus des prix reçus, les critiques sont très bonnes. Je ne m'attendais pas à ça. Je reçois aussi énormément de témoignages et de messages du public. La plus belle chose, c'est que les gens en parlent. Le fait que le film permette d'ouvrir le dialogue, c'est du bonus. C'est extraordinaire quand on pense que l'intimidation, c'est la fermeture du dialogue.»

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