Le charme improbable de Tribus

Voici la famille qui se trouve au coeur... (Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie)

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Voici la famille qui se trouve au coeur de Tribus.

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Daniel Coté
Le Quotidien

Si vous avez cru qu'une pièce abordant le thème de la surdité serait aussi ennuyeuse qu'un film chinois doublé en serbo-croate, vous avez eu tort.

Ceux qui ont rempli presque tous les sièges de la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière vendredi soir, afin d'assister à une représentation de Tribus, n'auraient qu'à évoquer les nombreuses fois où ils ont ri, les autres moments où les personnages les ont touchés, pour montrer à quel point cette oeuvre présentée par le Théâtre La Rubrique, dans le cadre de sa programmation destinée au public adulte, se révèle attrayante.

Précisons que l'histoire imaginée par Nina Raines se déroule en Angleterre et met en scène une famille pour qui le mot dysfonctionnel semble avoir été inventé. Autour de la mère incarnée par Monique Spaziani, la seule personne presque fréquentable, gravitent son mari Christopher (Jacques L'Heureux), un narcissique pétri de certitudes, ainsi que leurs enfants Daniel (Benoît Drouin-Germain) et Alice (Catherine Chabot), dont les névroses fourniraient suffisamment de matériel pour inspirer dix Woody Allen.

Ils ont un frère, Billy (David Laurin), mais en raison de sa surdité, on le sent à part, comme isolé du clan, ce qui ne constitue pas nécessairement une malédiction. Quand les autres se chamaillent, que le père traite Alice et Daniel de parasites parce qu'ils sont revenus à la maison, incapables de gagner leur vie ou de dénicher une bonne âme capable de les endurer, il se montre aussi serein qu'un bouddha. Lui non plus ne travaille pas, mais personne ne lui en tient rigueur, tant qu'il s'occupe du jardin.

L'une de ses particularités réside dans le fait qu'on lui a appris à lire sur les lèvres et à s'exprimer à l'aide d'un appareil qui amplifie les sons provenant de sa gorge. Ses parents, surtout le paternel, ont en effet refusé de le voir assimiler la langue signée. «Faire de la surdité le centre de son identité, c'est le début de la fin. C'est comme venir d'une région», lance ainsi Christopher, le jour où l'autre personnage de Tribus, Sylvia (Klervi Thienpont), atterrit dans sa vie. C'est par elle que viendra la part de drame qui, peu à peu, prendra le dessus sur les rires.

Contre toute attente, puisqu'il semblait promis à un éternel célibat, Billy devient son compagnon. Leur complicité est immédiate, d'autant que la jeune femme maîtrise la langue signée et qu'il exprime le désir de communiquer de cette manière. Elle vit un deuil, cependant, puisque son ouïe est en train de s'étioler. Dans quelques mois, comme ses parents, elle n'entendra rien et ne pourra plus parler, ni jouer du piano. Et contrairement à eux, contrairement à Billy, Sylvia sait ce qu'elle va perdre. Et ça l'angoisse.

Un autre qui broie du noir est Daniel. Déstabilisé par le départ de son frère, ce fort en gueule entend des voix, recommence à bégayer. Sa façon de trébucher sur les mots est franchement inquiétante, comme si c'était sa pensée qui se disloquait. En le voyant évoluer, on devine la somme de travail qu'a dû déployer Benoît Drouin-Germain pour dépeindre ce jeune homme en perdition. C'est aussi impressionnant que les séquences où David Laurin et Klervi Thienpont utilisent la langue signée. Même si on n'arrive pas à la décoder, leurs gestes tantôt déliés, tantôt brusques, traduisent bien ce que ressentent Billy et Sylvia.

À vrai dire, tous les interprètes jouent avec justesse et la mise en scène de Frédéric Blanchette aide le public à négocier en douceur le virage du rire vers le drame. Celui-ci arrive à petites touches jusqu'au moment où on réalise à quel point ces personnages qui, au départ, avaient quelque chose de caricatural, deviennent réels, attachants, un brin pathétiques. Comme ils seront de retour samedi à 20h, à l'Auditorium Fernand-Bilodeau de Roberval, ceux qui aiment le théâtre seront bien inspirés d'aller à leur rencontre. Ils s'offriront l'un des plus beaux spectacles de la saison.

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