Trac ou les périls de la pêche

Trac des Clowns Noirs... (Photo Le Quotidien, Michel Tremblay)

Agrandir

Trac des Clowns Noirs

Photo Le Quotidien, Michel Tremblay

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Daniel Coté
Le Quotidien

Avant le début de la pièce Trac à la pêche, l'un des membres des Clowns Noirs, Diogène, a accueilli le public rassemblé mercredi soir, à la Salle Murdock de Chicoutimi. « Il s'agit de la deuxième représentation et vous verrez une chose rare dans la région : un comédien payé », a annoncé le personnage campé par Martin Giguère.

Après cette excellente nouvelle, on a vu apparaître son camarade dans le décor luxuriant - trois escabeaux encadrés par deux arbres de Noël - du lac aux Trois Testicules. Ramant sur le plan d'eau au milieu d'une cacophonie de cris d'animaux, affichant une mine ostensiblement sereine, il avait l'air tout droit sorti d'une publicité vantant la retraite à 55 ans, ou encore d'un reportage montrant Justin Trudeau faisant du canot vêtu d'une veste en peau de daim.

Il ne s'est pas écoulé cinq minutes, cependant, avant que la belle mécanique ne se déglingue. Soudain, Trac s'est mis à pleurer. Lui dont la vie n'est qu'une succession de combats, le plus prenant étant celui contre les ennemis de la culture, avait encore besoin d'entraînement avant de réconcilier son moi intérieur avec la notion de normalité. Il y a trop d'images qui « spinnent » dans sa tête.

Ce n'était qu'une récréation, pourtant, comparativement à ce que lui a réservé l'heure suivante. Réalisant qu'il se trouvait à proximité d'un repaire de tortionnaires, un genre de secte ayant pour mission d'éradiquer l'art, cette chose tellement inutile, voire nuisible au non-avancement de la société, le clown n'a eu d'autre choix que de livrer bataille.

On arrêtera la description à ce stade, puisque les péripéties abondent et qu'il serait bête de péter la balloune du merveilleux. Retenons quand même l'interprétation très physique de Patrice Leblanc, ainsi que l'ingéniosité de la mise en scène qui, en l'espace d'une poignée de secondes, lui permet de se muer en monstre ou en gourou fanatique. Ça roule. Il n'y a pas de temps morts et on se dit qu'à la tombée du rideau imaginaire, l'homme doit être épuisé.

Côté technique, on remarque l'utilisation abondante et ratoureuse de la bande sonore. La musique aux accents classique-pompier, comme dans un spectacle de Messmer ou une émission de TVA, ajoute une touche d'ironie à des scènes qui, en principe, comportent une part de drame. C'est pareil avec les accessoires, notamment les figurines et les poupées qui tiennent lieu de personnages. Même leur mort prête à rire.

Derrière la comédie, quand même, on voit poindre des images tristement familières, ce qu'illustre le discours tenu par le gourou de la secte anti-culture. Vêtu de blanc, portant un chapeau pointu, il harangue des prisonniers et fait penser à ces fous qui ont détruit des monuments et des oeuvres d'art en Afghanistan, en Syrie et en Afrique, en plus de semer la mort au nom d'une conception dévoyée de la religion. On rit, mais un peu jaune.

C'est le troisième spectacle de Trac en solo et le niveau demeure élevé,... tellement qu'il comprend une résurrection. Pour assister à ce miracle, il suffit de se pointer au Centre des arts et de la culture de Chicoutimi à 20 h, du mardi au samedi. La pièce produite par le Théâtre du Faux Coffre tient l'affiche jusqu'au 29 octobre.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer