Le créateur a pris le dessus sur la maladie

Quelques sculptures réalisées par Hervé Leclerc font partie... (Photos Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie)

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Quelques sculptures réalisées par Hervé Leclerc font partie de la collection personnelle de ses parents, Mercedes Laforest et Jean-Yves Leclerc.

Photos Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie

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Daniel Coté
Le Quotidien

La longévité que le corps d'Hervé Leclerc n'a pu lui procurer viendra-t-elle de ses oeuvres? C'est le voeu que formulent ses parents, Mercedes Laforest et Jean-Yves Leclerc, de même que son ami, Nicolas de la Sablonnière. Ils misent sur ses sculptures, entre autres, pour assurer la postérité de l'artiste décédé prématurément en 2014.

«Il a trouvé une façon de se renouveler en dépit des limitations que lui imposait le cancer. Hervé n'a pas laissé beaucoup de pièces, mais c'est hallucinant, le temps qu'il pouvait mettre dessus», fait observer Nicolas de la Sablonnière. «C'était un perfectionniste», avance la mère du Jonquiérois en guise d'explication.

Combien de fois l'a-t-elle vu plancher sur un projet, encore et encore, dans le but de rendre l'objet pleinement conforme à ses désirs? Un bon exemple est fourni par Globules rouges, globules blancs, une sculpture qui a sollicité ses facultés créatrices - et drainé son énergie - pendant plusieurs années. Elle était toujours en chantier, mais pas loin de l'étape finale, le jour où son fils a rendu l'âme.

«Nicolas en parle comme de son oeuvre magistrale. Il s'agit d'une sculpture constituée de sept composantes, des formes rectangulaires superposées», mentionne Mercedes Laforest. «J'étais avec Hervé lorsqu'on a acheté la potée appliquée sur la surface, un produit qu'on utilise pour réparer la carrosserie d'une auto. Il avait choisi le rouge Ferrari», se souvient Jean-Yves Leclerc en esquissant un sourire.

Toujours à propos de Globules rouges, globules blancs, Nicolas de la Sablonnière trace un lien avec le parcours de son auteur. «C'est la synthèse d'une vie, puisque Hervé s'en faisait avec son sang. En plus, cette oeuvre représente à la fois une sculpture, un tableau et une installation, une pièce futuriste et hyper-symbolique», énonce-t-il.

C'est pour mettre en relief le travail de son ami que deux livres seront lancés dans quelques jours. «Il s'agit d'un baume, la preuve que la vie d'Hervé ne se termine pas avec sa mort. Il y a une continuité», estime Mercedes Laforest en faisant allusion à Reconstructions et Les ectoplasmes. Son avis est partagé par Nicolas de la Sablonnière qui, lui-même artiste, est sensible à l'idée voulant que les oeuvres survivent à leur auteur.

«Aujourd'hui, d'une certaine manière, j'ai l'impression que sa maladie est vaincue. C'est le créateur qui a pris le dessus. Il est un peu plus immortel. Pour Hervé, ça fait juste commencer», affirme son ami.

Atterré par le «dead pool» du bar à Pitons

Hervé Leclerc ne voulait pas qu'on sache qu'il était atteint du cancer. «Il partageait peu son intimité, sauf avec des gens comme moi, Pascal Picard et Marielle Couture. C'était pour éviter qu'on le prenne en pitié», souligne l'un de ses amis, Nicolas de la Sablonnière. Même dans les derniers mois, alors que son corps, ses cheveux, portaient la marque des traitements, son premier réflexe consistait à garder le silence sur son état.

«Lors d'un spectacle présenté par Phano à Péribonka, mon mari donnait un coup de main à Hervé lorsqu'un membre du groupe lui demandé: ''Comment ça se fait que ton père transporte ton matériel? '' Hervé faisait tout pour qu'on ne sache pas qu'il se portait mal. À ce moment-là, il avait pris 50 livres et ses cheveux avaient blanchi. Il avait l'air plus vieux que son père», rapporte la mère de l'artiste, Mercedes Laforest.

On peut imaginer l'impact qu'a eu ce commentaire sur le moral du Jonquiérois dont le rôle, ce soir-là, consistait à superposer des images aux chansons créées par le récipiendaire de la Bourse Objectif Scène. Ce n'était rien, cependant, comparativement à l'expérience qu'il a vécue à la toute fin de sa vie, lors d'une visite au bar à Pitons de Chicoutimi.

«Comme il était branché sur une bonbonne d'oxygène et que son poids était plus élevé, Hervé s'était retiré du monde. Il demeurait avec nous et ne sortait plus, mais un soir, l'idée lui est venue de se rendre au bar à Pitons pour rencontrer ses amis. Il a alors découvert l'existence d'un ''dead pool'' à cet endroit. Son nom se trouvait en haut de la liste de ceux à qui on prédisait la mort la plus hâtive», relate Mercedes Laforest.

Elle et son époux, Jean-Yves Leclerc, ont tout de suite mesuré l'impact de cette sinistre blague sur leur fils. Triste, sérieusement ébranlé, il s'est épanché sur cet incident en écrivant un texte dénonçant le manque de respect des auteurs du «dead pool». Spéculer sur la mort d'un individu, passe encore lorsqu'il s'agit d'un Keith Richards qu'on ne verra jamais à Chicoutimi, mais c'est autre chose lorsque la personne ciblée fait partie de la communauté.

«C'était un jeu stupide fait par des gars qui fréquentaient le bar, commente Nicolas de la Sablonnière. Un tel geste, ça manque de classe. Hervé est mort 17 jours après.»

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