Le retour d'un monument

Jacques Michel donnera un spectacle au Théâtre Banque... (Archives Le Soleil, Patrice Laroche)

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Jacques Michel donnera un spectacle au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, samedi soir. Il approche de la fin de sa tournée, la première depuis 30 ans.

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Daniel Coté
Le Quotidien

Jacques Michel l'admet d'emblée: la fin de sa tournée amorcée en 2015, la première depuis 30 ans, le rend tout chose. «Ça m'attriste de voir qu'elle se terminera bientôt. Ça me donne la chair de poule. Je me demande comment j'ai fait pour me passer de la scène aussi longtemps», a-t-il confié mardi, à l'occasion d'une entrevue téléphonique accordée au Quotidien.

Puisque l'homme est âgé de 75 ans et qu'au Québec, on a l'habitude de laisser un peu d'espace entre deux séries de spectacles, les probabilités de le revoir sont minces. C'est donc un rendez-vous exceptionnel qui attend ceux qui se pointeront au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, samedi à 20h. Un monument de la chanson se produira dans la région pour la dernière fois, du moins en solo.

Signe que l'échéance le titille, il a changé ses habitudes en intégrant une ou deux pièces qui sont livrées sans ses excellents complices, les guitaristes Yves et Marco Savard. «Elles varient d'un soir à l'autre et même s'ils savent que je ne les ai pas répétées, qu'il y a une part d'improvisation là-dedans, les gens aiment ça. C'est devenu un moment très apprécié», raconte Jacques Michel.

À son ultime présence à Québec, par exemple, ses fans ont eu droit à un morceau de patrimoine, Dans les rues de Québec. «Mes musiciens n'étaient pas nés en 1963, l'année où j'ai écrit cette chanson, lance-t-il d'un ton amusé. Je me trouvais alors à Trois-Rivières et je venais de donner un spectacle à Québec, peut-être au cabaret Chez Gérard. J'ai voulu évoquer cette belle expérience.»

Le choix est vaste au moment de former le programme, quelque chose comme 300 titres. Même en faisant abstraction des 24 qui sont offerts en trio, dans des versions à trois guitares, ça laisse beaucoup de latitude à Jacques Michel. C'est ainsi qu'à Québec, il a également repris Ton verre est vide, l'une de ses compositions les plus populaires, créée en 1974. Et il y en a plein d'autres qui se sont incrustées dans la mémoire collective.

Pas de demi-mesures

Le coeur du spectacle, ce sont les chansons enregistrées sur l'album Un nouveau jour, sorti l'année dernière. À côté des deux nouveautés, La dernière lettre à Charlie et L'enfant d'abord, on remarque les classiques de l'artiste, des incontournables comme Salut Léon, Pas besoin de frapper, Vodka cola, Amène-toi chez nous, Un nouveau jour va se lever.

«Je n'ai pas le choix de les chanter et je le fais avec plaisir, à partir d'arrangements différents. À ces gens qui ont eu la patience de m'attendre pendant 30 ans, je veux donner tout ce que peux, avec les frères Savard. Nous passons deux heures sur scène, sans compter l'entracte, et il n'y a pas de demi-mesures», assure Jacques Michel.

Il précise que la tournée prendra fin en Abitibi-Témiscamingue, là où tout a commencé en 2014, dans le cadre du Festival des Guitares du Monde. On l'avait invité à interpréter trois de ses compositions aux côtés de ses futurs complices. Cette expérience avait généré tant de plaisir que l'idée de monter un spectacle s'est imposée à lui.

«La condition était que les frères Savard participent et, à force de jouer avec eux, j'ai pris de l'assurance en tant que musicien. Je me considère comme un "gratteux" de guitare, mais je me suis amélioré. Je me sens aussi plus confortable dans ma peau parce qu'aujourd'hui, je n'assume plus le rôle de gérant, comme c'était le cas dans les années 1970. Désormais, je suis sur scène uniquement pour avoir du plaisir», énonce Jacques Michel.

Désormais de plus petits ronds dans l'eau

«On a amené le bazou au garage et là, je vais super bien. J'ai retrouvé ma fougue», affirme Jacques Michel. Six mois ont filé depuis qu'il a subi une chirurgie au coeur, résultat d'une sténose aortique sévère. Sa vie était menacée jusqu'au moment où on lui a greffé une valve prélevée sur un veau. L'intervention a si bien fonctionné qu'en août, l'homme de 75 ans reprenait la route à la faveur d'une tournée de l'est du Québec.

Ses ennuis de santé ont entraîné l'annulation ou le report de plusieurs spectacles, dont celui qui, finalement, aura lieu samedi, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi. «Je me considère chanceux parce que trois rendez-vous seulement n'ont pas été reportés», souligne l'artiste. C'est bien la preuve qu'on ne l'avait pas oublié, malgré sa longue absence des planches.

Sans rien garantir, il laisse maintenant la porte ouverte à un retour, mais ça ne se fera pas en solo. Si on le revoit en spectacle, ce sera pour une dizaine de représentations et dans le contexte d'un projet collectif. «Je ne serai pas seul et je ferai uniquement de grandes salles et des festivals. Ce que j'entrevois, c'est une tournée-événement», révèle Jacques Michel.

Dans l'immédiat, cependant, c'est l'appel du large qui se fera entendre. Sa tournée se terminera le 23 novembre et, dès le 4 décembre, il prendra l'avion en direction de l'île de Grenade. C'est là que mouille son voilier, en effet, et l'objectif consiste à le ramener au Québec en juillet 2017. Par ses propres moyens.

«J'ai réalisé que si j'étais décédé, la présence de ce bateau là-bas aurait constitué tout un problème. Imaginez le trouble que ma blonde aurait eu. C'est pour cette raison qu'à l'avenir, je naviguerai sur le fleuve et dans les Maritimes. Je ferai des plus petits ronds dans l'eau», mentionne l'artiste avec humour.

Quant à sa carrière, outre la possibilité d'un retour sur scène, elle pourrait le pousser à entrer en studio. De nouvelles chansons existent, en effet, et il y a plein d'anciennes qui mériteraient d'être refaites dans un esprit similaire à celui de l'album Un autre jour. «Je ne peux rien promettre, vu l'état de l'industrie du disque, mais il y a toujours l'option d'envoyer ça sur Internet», laisse entrevoir Jacques Michel.

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