Marcel Marois, l'enseignant heureux

Marcel Marois... (Photo Le Quotidien, Yohann Gasse)

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Marcel Marois

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Daniel Coté
Le Quotidien

Récipiendaire du Prix d'excellence, volet Leadership, une distinction attribuée récemment par le Réseau de l'Université du Québec, Marcel Marois a formé la plupart des artistes qui oeuvrent au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Toujours aussi motivé, aussi stimulé par ses échanges avec les étudiants, il aborde la nouvelle session avec le même enthousiasme qu'en 1972, l'année où ce fils de la Beauce a donné son premier cours à l'UQAC.

« D'une certaine manière, les étudiants ressemblent à la personne que j'étais lors de mon passage à l'Université Laval. Je faisais alors de la tapisserie, tandis que chez eux, le goût de la matérialité prend d'autres formes. Certains ont envie de faire de la céramique et d'autres s'intéressent au macramé, ce qui ne les empêche pas d'avoir une pratique en art numérique », a souligné l'universitaire mardi, lors d'une entrevue accordée au Quotidien.

Professeur au département des Arts et lettres, il dirige également la galerie L'OEuvre de l'Autre, nichée au Pavillon des arts de l'UQAC. C'est donc à lui que s'en remettent les étudiants d'aujourd'hui au moment où ils s'appliquent à trouver leurs repères, où ils préparent leurs projets d'expositions, tandis que les anciens aiment revenir à la galerie pour montrer comment évolue leur carrière.

« Mon enseignement est dynamique. Il se veut motivant. Je suis très disponible et, tout au long de leurs études, j'accorde beaucoup d'attention aux élèves, raconte Marcel Marois. En même temps, je trouve ça important de continuer à les appuyer, une fois qu'ils sont devenus des artistes accomplis. Chaque année, je leur donne l'occasion de présenter des expositions. »

Un réseau costaud

C'est l'UQAC qui a piloté la candidature de l'enseignant, ce dont il lui sait gré. On a ainsi salué ses longs états de service, autant que sa contribution à l'avancement des arts. Signe que la barre était haute, Marcel Marois est seulement le deuxième professeur de l'université à décrocher le Prix d'excellence en enseignement, volet Leadership. Notons que cet honneur a aussi été conféré à Jeanne Simard, des Sciences économiques et administratives.

« Il s'agit d'un gros concours, constate le récipiendaire. Je suis fier et très heureux d'avoir obtenu cette belle reconnaissance qui vient du réseau, mais également de l'université, puisque c'est elle qui m'a sélectionné, en plus de préparer mon dossier. Grâce à ce prix, j'ai le sentiment que mon enseignement a eu une portée au sein de la communauté. »

À ses débuts, le module des arts n'existait pas. Il n'y avait que trois professeurs couvrant ce champ d'activité, mais déjà, le Saguenay-Lac-Saint-Jean avait beaucoup à offrir, se souvient Marcel Marois. « J'étais fier de voir à quel point l'infrastructure était riche, ici. Il y avait le Centre culturel à Jonquière, ainsi que la Société des arts à Chicoutimi. Hors de Québec et Montréal, c'est la seule région où la culture existait vraiment », énonce-t-il.

Le réseau est devenu encore plus costaud. Les artistes créent des oeuvres dont le mérite ne fait aucun doute, ce qui réjouit l'enseignant qui ne regrette qu'une chose, soit qu'ils aient peu tendance à exporter le fruit de leur talent. « Je trouve que nos créateurs montrent peu leur travail à l'extérieur, alors que celui-ci mériterait une diffusion plus large, mentionne-t-il. Je vois peu les personnes que nous formons sortir à Montréal ou Toronto, par exemple. »

Lui-même l'a fait très tôt en tant qu'artiste, si bien qu'en Europe, où la tapisserie s'appuie sur une tradition plusieurs fois centenaire, il a réussi à trouver sa niche. « Je n'avais pas accès à des laines aussi raffinées, ni aux mêmes teintures, mais à Paris, on avait aimé le fait que j'utilisais des produits de chez nous, reflets de notre climat et de nos limites. Parce que l'art, c'est l'expression, bien plus que la précision », soutient Marcel Marois.

Autres temps, autres moeurs

Ce qui a le plus changé depuis l'arrivée de Marcel Marois à l'UQAC, en 1972, ce sont les pratiques artistiques. Celles qui ont été privilégiées par les étudiants de l'université au fil de sa carrière d'enseignant reflètent l'évolution des grands courants internationaux.

« À l'époque, on ne jurait que par des choses comme l'art cinétique, l'art optique ou l'art géométrique, dont l'un des protagonistes les plus connus était Vasarely. On assistait alors au rejet de la figuration », fait observer l'universitaire.

Poursuivant son tour d'horizon, il note l'émergence des installations et des performances dans les années 1980, ce qui a donné un vigoureux coup de pied à l'ordre établi. « On a assisté au décloisonnement des moyens, ce qui a fait vaciller les esthétiques reconnues », énonce le professeur.

Plus récemment, c'est d'Allemagne qu'est venue la mutation identifiée au mouvement néo-expressionniste. « On parle de formats monumentaux et d'art engagé », résume Marcel Marois, qui aime cette approche ouvrant la porte à toutes les libertés. « J'ai un étudiant qui, l'an passé, produisait des oeuvres en faisant du tricot », note ainsi l'enseignant.

Un autre signe de l'évolution des mentalités tient à la place qu'occupent les femmes. Elles forment la moitié des effectifs parmi les étudiants au baccalauréat et à la maîtrise à l'UQAC, tout en ayant la possibilité de faire jeu égal avec leurs collègues masculins, une fois leur carrière amorcée.

« Comme en musique, les femmes ont été reconnues tard, malgré le fait qu'elles créaient des oeuvres aussi valables », croit Marcel Marois, qui est heureux de constater que la ligne de démarcation entre les deux sexes s'apparente désormais à une ligne imaginaire.

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